S'il est un sujet autour duquel le milieu du motocyclisme risque de graviter au cours des prochaines années, c'est décidément celui de la relève. Les «vieux» s'en vont et, selon la plupart des constructeurs, la solution évidente consiste à les remplacer par des jeunes. Bien qu'elle ne soit pas en désaccord avec l'idée, la marque de Milwaukee n'y adhère pas vraiment pour autant.

Bertrand Gahel LA PRESSE

Contrairement aux constructeurs qui visent de très jeunes adultes, voire des adolescents, à qui elles rêvent de vendre ensuite des motos pour de très nombreuses années, chez Harley-Davidson, l'arrivée pour 2012 de la nouvelle Dyna Switchback démontre plutôt un intérêt à faciliter l'accès à la moto, et ce, sans vraiment s'attarder à l'aspect démographique de l'exercice. D'ailleurs, l'introduction de la Sportster 883 SuperLow l'an dernier avait exactement le même but d'accessibilité.

Alors que cette dernière s'adressait à un public débutant, la nouvelle Switchback, elle, vise plutôt une clientèle possédant une certaine expérience, mais pour laquelle les modèles de tourisme, comme l'Electra Glide, ou même de tourisme léger, comme la Road King, s'avèrent intimidants en raison de leur poids et de leurs proportions. D'ailleurs, en raison non seulement de sa légèreté relative et de son étonnante maniabilité, mais aussi de sa vocation de routière, la nouvelle Switchback peut être considérée comme une version trois quarts de la Road King.

Il ne s'agit pas d'un poids plume, pas plus que ne le sont les autres customs de tourisme léger, mais grâce à un centre de gravité bas et à la nature judicieusement compacte de la position de conduite, on jurerait que la Switchback est beaucoup plus légère que la balance ne l'indique réellement. La clientèle visée par Harley-Davidson comprend, on s'en doute, les femmes. Mais cette clientèle ne s'arrête pas là et compte aussi les hommes dont la plus petite stature ou le niveau d'expérience réduit compliquerait l'accès à un «vrai» modèle de tourisme. La Switchback, en d'autres mots, se veut le modèle de tourisme léger de ceux et celles que les traditionnelles motos de ce genre intimident en raison de leur gabarit.

On pourrait croire qu'il n'y a absolument rien de nouveau dans cette proposition, puisque les marques japonaises offrent depuis plusieurs années déjà, avec des modèles comme la V-Star 1300 chez Yamaha ou la VTX1300 chez Honda, des montures qui comblent ce besoin. La Switchback diffère toutefois considérablement de ces dernières sur plusieurs plans. D'abord, c'est une Harley, ce qui, pour la plupart des acheteurs intéressés par cette marque, élimine essentiellement toute autre option. Ensuite, la nouveauté de Milwaukee est propulsée par un V-Twin de 1,7 litre plutôt que 1,3 litre (presque toutes les grosses Harley-Davidson 2012 reçoivent le même moteur de 103 pouces cubes), ce qui transforme complètement l'expérience de conduite, surtout lorsqu'on tient compte du fait qu'il s'agit d'un modèle Dyna. En effet, en raison de son montage sur caoutchouc et de sa sonorité, il s'agit d'un moteur dont le caractère et la présence mécanique sont véritablement extraordinaires, ce qu'on ne peut dire des rivales asiatiques, surtout celles de cylindrées inférieures.

Les avantages de la Switchback ne s'arrêtent pas là, puisqu'il s'agit d'un modèle transformable. Grâce à ses valises latérales et à son pare-brise à détache rapide, quelques secondes à peine suffisent à en transformer l'apparence et la fonction. D'élégante boulevardière, elle peut ainsi très facilement se métamorphoser en monture de tourisme léger. Il faudra néanmoins se montrer raisonnable en matière de bagages, puisque le volume des valises latérales n'est pas énorme. Quant au pare-brise amovible, il offre une bonne protection, mais génère en revanche un agaçant niveau de turbulences, un défaut malheureusement trop commun chez les motos de ce type.

On se plaît souvent à dire que Harley-Davidson ne fait rien comme les autres et son approche du problème de relève qui touche actuellement l'univers de la moto démontre encore une fois la justesse de cette réputation. En ne ciblant pas les très jeunes, qui n'ont de toute façon probablement pas les moyens de s'offrir une belle de Milwaukee, mais en tentant plutôt d'intéresser un auditoire adulte en lui proposant un accès facilité au créneau de tourisme léger, la nouvelle Switchback chante en effet une chanson bien différente de celle d'une petite 250 vendue sous les 5000$. Bien bon celui qui devinera laquelle de ces approches résoudra le problème de cette industrie.

Bertrand Gahel est l'auteur du Guide de la moto.

Les frais pour ce reportage ont été payés par Harley-Davidson.

HARLEY DAVIDSON DYNA SWITCHBACK 2012

Prix : 17 559$

Garantie : 2 ans/kilométrage illimité

Moteur : bicylindre en V culbuté de 1691 cc refroidi par air

Transmission : à 6 rapports, entraînement final par courroie

Poids en ordre de marche : 330 kg

Frein avant : 1 disque avec étrier à 4 pistons

Frein arrière : 1 disque avec étrier à 4 pistons

Pneu avant : 130/70-18

Pneu arrière : 160/70-17