Le garage de F1 est entouré d’une certaine aura de mystère. Qui ne sera pas dissipée puisque Red Bull nous demande en entrant de ranger cellulaires et appareils photo. Secret industriel.

Jean-François Tremblay Jean-François Tremblay
La Presse

On va quand même briser quelques mythes : le garage… est un garage. Mais c’est un gros garage, comme l’a si bien dit Elvis Gratton. L’endroit est d’une propreté irréprochable. Tout est compartimenté. On voit un peu partout des kyrielles de boîtes de plastique grises, où se trouvent les milliers de pièces qui composent la voiture. Les bruits d’outils accompagnent à merveille la visite. Hier après-midi, les mécaniciens avaient encore beaucoup de boulot, à voir le squelette incomplet de la monoplace.

En entrant, on voit tout de suite à gauche une salle où sont analysés des échantillons d’essence, pour évaluer la performance. À droite, une mer d’appareils de télécommunications. Puis les boîtes, les unes par-dessus les autres, savamment rangées, et finalement les voitures en construction.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Quand il est question de sommeil, les membres de l’équipe aussi doivent se conformer aux mêmes exigences que les pilotes.

Red Bull se déplace à chaque Grand Prix avec une soixantaine d’employés, dont des mécaniciens et des ingénieurs. Les boîtes arrivent le week-end précédant la course, les ingénieurs s’envolent le mardi et sont à la piste le mercredi.

À l’usine Red Bull, à Milton Keynes, à un peu plus d’une heure de Londres, ils sont 900 employés. Certains d’entre eux travaillent sur divers projets technologiques, et évidemment, sur les performances de la F1. Chaque course, des ingénieurs de faction dans ce qu’ils appellent l’ops room (la salle des opérations) analysent des gigs et des gigs de données en temps réel. L’écurie recueille 400 gigaoctets de données par course.

« Il y a beaucoup de choses qui se passent chaque week-end à l’usine de Milton Keynes, explique le pilote Red Bull Pierre Gasly. Il y a des ingénieurs à la piste qui donnent de l’information aux mécaniciens. Il y a aussi tous ces gens qui travaillent pour trouver ce qu’on peut améliorer au niveau des réglages de la voiture.

« Moi et Max Verstappen, on donne des rétroactions comme pilotes sur ce dont on a besoin pour aller plus vite. Que ce soit la traction avant ou arrière, les freinages, peu importe. On doit être le plus précis possible. »

L’équipe dans l’ops room établit une stratégie en analysant les données. Ils ont de l’information sur les pneus, sur la météo, ils voient ce que les autres équipes font à l’aide de la diffusion télé de la course. Ils ont des algorithmes pour décider des meilleurs scénarios. Ils envoient leurs analyses à la piste, où les ingénieurs sur place prennent les décisions.

Sommeil

On pourrait aussi penser que les pilotes ont des temps libres lors d’un week-end de Grand Prix, puisqu’ils ne passent que quelques heures en piste. Il n’en est rien, assure Gasly.

« On vient à la piste, il y a des rencontres avec les ingénieurs. On parle de stratégie pour la course. On parle avec différents ingénieurs, pour le départ, pour les pneus, ainsi de suite. On passe beaucoup de temps dans les bureaux des ingénieurs. Dans le garage, c’est bien de parler aux mécaniciens un peu avant la course. Il y a la parade des pilotes, et après, je prends 15 minutes pour dormir un peu. »

« Je fais toujours une sieste avant la course. Quand je me réveille, je me sens prêt. Je fais mes échauffements, puis je m’installe dans ma voiture. » — Pierre Gasly

Gasly ne peut se passer de son power nap, sans quoi il juge qu’il est moins précis dans sa prise de décisions et que ses réflexes sont moins aiguisés. Le pilote français fait d’ailleurs partie de ceux qui ont besoin de beaucoup de sommeil pour être au sommet de leur forme.

Et quand il est question de sommeil, les membres de l’équipe aussi doivent se conformer aux mêmes exigences que les pilotes. Ils sont soumis à un couvre-feu à la piste : ils sont sommés de quitter le circuit à une certaine heure et de ne pas revenir avant une certaine heure le lendemain. Pour les obliger à récupérer convenablement.

« On n’a pas beaucoup de temps de repos, assure Gasly. On parle aux ingénieurs, on fait des apparitions marketing, des présences médiatiques, des séances d’autographes avec les amateurs. L’horaire est bien rempli. On mange en 30 minutes et c’est notre seul moment de repos. Ça fait partie du boulot. C’est intense, mais c’est pour cette raison qu’il faut s’assurer de bien récupérer. Je dois gérer mon énergie à travers la saison. »

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Les volants des voitures de Formule 1 sont certainement dignes des manettes de jeux vidéo les plus complexes. Sur notre photo, un volant d’une monoplace de l’écurie Red Bull.

À côté de la voiture, il y a une boîte de métal sur le sol. C’est là que se trouvent les précieux volants, dignes des manettes de jeux vidéo les plus complexes. Les mots ne leur rendent pas justice. C’est pour cette raison que nous avons cette photo.

Ils sont configurés en fonction des préférences des pilotes, tout comme les sièges, d’ailleurs, pour assurer un confort optimal en course. Les changements de vitesse se font avec une sorte de clenche située à l’arrière. Le pilote peut procéder à des ajustements selon son jugement, mais il recevra aussi des indications de ses ingénieurs.

Les nouveaux paddocks

« C’est superbe. Ça leur a seulement pris les 13 ans que je cours pour y arriver. Avec le succès de cette course, je suis surpris qu’ils ne l’aient pas fait plus tôt. Ils ont fait un important investissement, ce qui signifie que la course sera ici pour longtemps. Comme elle doit l’être. Je vois toutefois qu’ils travaillent encore sur les routes à l’extérieur du circuit. Ce pont ! Je vous jure, je crois qu’ils travaillent dessus depuis que j’ai commencé en F1 ! Je ne sais pas s’ils vont finir un jour. » — Lewis Hamilton 

« C’est superbe. C’est beaucoup plus gros qu’avant. L’atmosphère est différente, on le voit tout de suite. » — Pierre Gasly 

« Ça a l’air plus grand, mais je ne sais pas. Le plus important reste la piste. J’ai seulement besoin d’une place pour m’asseoir. La piste est bien, certaines choses ont gardé leur aspect plus ancien. Les rénovations sont toujours les bienvenues. » — Daniil Kvyat 

« C’est superbe, c’est bon pour la ville et pour le Grand Prix. J’espère que la course restera ici pour longtemps, tout le monde aime venir ici. Les courses sont toujours excitantes. Je suis content pour Montréal. Profitons-en. » — Lance Stroll

« J’ai entendu que c’était mieux pour ceux qui y travaillent, donc je crois que tout le monde va l’apprécier. Mais on va savoir pour vrai ce qu’ils en pensent seulement après le week-end. » — Kimi Räikkönen