Les motocyclistes qui aiment faire du tapage en trafiquant l'échappement de leur moto feraient bien de profiter de leurs straight pipes cet été. Un ingénieur albertain croit être en bonne voie de faire certifier une machine à contraventions qui pince automatiquement les véhicules trop bruyants.

Denis Arcand LA PRESSE

Si tout va comme prévu, c'est lundi prochain que la Ville de Calgary devrait commencer le processus d'homologation du Noise Snare, un système de mesure des décibels qui s'installe sur le bord des routes, comme les radars-photos.

«On me dit que le conseil municipal de Calgary doit donner le feu vert le 4 juillet», raconte l'ingénieur Mark Nesdoly, joint par La Presse au siège social de sa compagnie, Street Noise Reduction Systems, à Edmonton. Durant tout l'été, la machine inventée par M. Nesdoly sera utilisée en situation réelle par la police de Calgary dans le cadre d'un protocole de validation. «Durant cet essai, la machine ne servira qu'à émettre des avertissements» aux propriétaires de motos et autres véhicules contrevenant aux règlements sur le bruit, a dit l'ingénieur.

Les contraventions en bonne et due forme pour bruit excessif pourraient suivre d'ici quelques mois. À l'automne, espère M. Nesdoly, Calgary adoptera un règlement municipal qui donnera au Noise Snare un statut juridique comparable à celui des radars-photos dans cette ville. Il pense qu'après l'homologation du Noise Snare par une première ville, sa machine se répandra rapidement ailleurs.

«De l'intérêt de partout au monde»

«Il y a un intérêt énorme. J'ai reçu des manifestations d'intérêt de partout au pays --y compris par chez vous-- et d'aussi loin que Singapour, la Finlande et l'Inde, dit-il. Mais les autorités routières sont extrêmement prudentes face aux innovations qui ont une incidence sur l'application des lois. Personne ne veut être le premier. Mais une fois que la glace sera cassée, ce sera comme une vague déferlante», dit M. Neslody, qui demande 112 500$ pour chaque Noise Snare.

Il dit que cela se paie en quelques mois. Si une municipalité n'a pas les moyens, il est prêt à lui céder un Noise Snare sans un seul sou au comptant, en échange d'un pourcentage des revenus de contraventions jusqu'au paiement complet de la machine.

Noise Snare est un ordinateur lié à deux micros stéréophoniques placés à une certaine distance l'un de l'autre le long de la route. Les micros alimentent un sonomètre qui mesure les décibels émis par chaque voiture qui passe. Par triangulation, tout bruit excessif est associé au véhicule qui l'émet. La moto ou l'auto fautive est aussi filmée par deux caméras HD placées elles aussi le long de la route, qui permettent de suivre sur vidéo son parcours sur la zone mesurée... et aussi de noter le numéro de plaque d'immatriculation.

Les motocyclistes qui roulent en groupe seront déçus d'apprendre que la machine peut faire plusieurs constats d'infraction simultanément, avec une précision suffisante pour un tribunal, affirme l'ingénieur Neslody.

Ne jamais se mettre à dos un ingénieur

M. Neslody, comme la plupart des gens, endurait la motocyclette illégalement bruyante d'un de ses voisins, jusqu'à ce qu'un événement change sa vie: il est devenu parent.

«Avant cela, j'entendais le gars passer sur sa japonaise à fond la caisse, quatre fois par jour, le matin, deux fois le midi, pour son lunch, puis le soir, raconte-t-il. Mais une fois, quand notre fille avait cinq ou six mois, je venais tout juste de parvenir à l'endormir et je venais de la poser tout doucement dans son lit, quand le gars est passé avec sa moto. Elle a ouvert les yeux tout grand!»

Sa réponse à son voisin bruyant, Noise Snare, est plus discret qu'un radar-photo: l'appareil tient dans une mallette et peut fonctionner tout seul des jours durant dans un caisson protecteur ou même dans une voiture stationnée sur le bord de la route. Les données sont transmises par internet au poste de police. Pas besoin de former tous les policiers patrouilleurs, un seul technicien assermenté comme agent de la paix peut faire tous les constats dans son bureau et témoigner en cour en cas de consestation.

Protocole à l'étude

Ici, selon le code de la route du Québec, la répression du bruit excessif des véhicules se fait par l'interdiction de certains types de pots d'échappement. Si un agent de police entend une moto ou une auto bruyante, il peut l'intercepter et l'inspecter à la recherche, par exemple, de straight pipes, des tuyaux d'échappement sans silencieux et droits (sans le coude qui contribue à amortir le son). Il peut aussi vérifier si les silencieux ont été évidés des matériaux isolants censés réduire le son. Comme cette infraction n'entraîne pas de points d'inaptitude, la SAAQ ne tient pas de statistiques sur le nombre de contraventions données au Québec.

Mais la SAAQ étudie, avec des chercheurs de l'Université Laval, un protocole qui mesurerait le son des motos et des autos, a dit à La Presse Gaétan Bergeron, chef du Service de l'ingénierie des véhicules à la SAAQ. La SAAQ veut une méthode qui respecterait les normes les plus récentes de prises de son de la Society of Automotive Engineers. Si la SAAQ recommandait un tel test sonore, et si gouvernement l'acceptait, ce dernier devrait modifier le Code de la route.

Certaines juridictions nord-américaines réglementent déjà le nombre maximum de décibels selon des normes anciennes de la SAE (par exemple, 105 décibels sur un sonomètre positionné à 20 pouces de l'échappement, quand le moteur tourne au neutre à un certain nombre de tours-minutes). Cette méthode implique que chaque véhicule doit être intercepté par un policier, qui doit faire la mesure selon les normes avant de rédiger un constat.

M. Neslody dit que Noise Snare est beaucoup plus efficace: «La norme SAE s'applique seulement aux véhicules immobiles.» Or, une moto dont le moteur tourne au neutre à 2000 ou à 5000 tours-minutes, sur le bord de la route, peut être bien moins bruyante que lorsqu'elle roule et que le moteur travaille, dit-il. «Le test stationnaire de la SAE a été conçu parce qu'on croyait qu'un test en mouvement était impossible. Mais le Noise Snare est capable de faire un test en mouvement, automatiquement et précisément.»

Photo fournie par Street Noise Reduction Systems

Noise Snare est un ordinateur lié à deux micros stéréophoniques placés à une certaine distance l'un de l'autre le long de la route. Les micros alimentent un sonomètre qui mesure les décibels émis par chaque voiture qui passe