Le klaxon est sous-utilisé par les automobilistes dans les situations dangereuses, conclut une étude américaine. L'habitude de se servir du klaxon pour exprimer son mécontentement est à la base de ce problème.

Mathieu Perreault LA PRESSE

«Dans plusieurs accidents, il s'écoule assez de temps pour que le klaxon soit utilisé, explique Jeffrey Muttart, ingénieur de la Eastern Connecticut State University. Mais dans ces situations, on n'a pas le temps de réfléchir, on réagit. Le son du klaxon est désagréable pour la plupart des gens. On l'utilise pour protester contre le comportement d'un autre usager de la route; un chauffeur de taxi s'en sert pour signaler qu'il est arrivé. On n'a pas le réflexe de s'en servir pour avertir un conducteur qui change de voie alors qu'une voiture se trouve dans son angle mort.»

 

Dans une étude publiée en 2005 par la Société des ingénieurs automobiles, Jeffrey Muttart a analysé une centaine de collisions survenues, ou évitées de peu, à des intersections à Louisville, au Kentucky, et à Helsinki, en Finlande. Grâce à des collègues qui travaillaient pour ces deux municipalités et qu'il avait rencontrés lors de conférences internationales, M. Muttart a pu installer des caméras vidéo spécialement conçues pour archiver les instants précédant et suivant les collisions. La caméra identifiait les séquences à conserver à l'aide d'un senseur identifiant les bruits de freinage, de klaxon et d'impact.

Le klaxon était utilisé dans moins de 15% des cas, presque toujours dans des situations où un automobiliste allant en ligne droite se faisait couper par une autre voiture changeant de voie ou circulant dans la rue perpendiculaire. Et surtout, dans les cas de collisions évitées de peu, une fois sur deux, la personne qui klaxonnait s'était déjà tirée d'affaire et voulait simplement signifier son mécontentement. Pire, dans les incidents enregistrés la nuit (les intersections étaient bien éclairées) le klaxon n'était presque jamais utilisé, alors qu'il aurait été encore plus utile.

 Une autre étude, dévoilée en 2005 à un congrès de l'Institut des enquêteurs sur les accidents routiers du Royaume-Uni, confirme les données de M. Muttart. Seulement 14% des répondants disaient avoir klaxonné pour éviter un danger, et 47% d'entre eux affirmaient se servir du klaxon pour manifester leur mécontentement ou saluer quelqu'un, des actions qui ne sont normalement pas permises par la loi. Seulement 11% des automobilistes ayant participé à l'étude britannique avaient utilisé leur klaxon durant le mois précédent, et 44% dans l'année précédente.

La peur de paraître impoli

«On devrait donner un petit coup de klaxon chaque fois que l'on soupçonne qu'on pourrait faire un accident, par exemple quand on passe à côté d'une voiture dont le conducteur ne semble pas conscient de notre présence, dit M. Muttart. Ce genre de situation survient fréquemment, au moins chaque semaine. Peut-être que certains automobilistes ne klaxonnent pas dans ces cas parce qu'ils ont peur de paraître impolis.»

Ces résultats sèment le doute sur les systèmes d'évitement de collisions, selon M. Muttart. «Ces systèmes font nécessairement beaucoup de fausses alertes, pour ménager une marge de sécurité. Je crois que beaucoup d'automobilistes considèrent les alarmes sonores comme des reproches, par exemple celle qui sonne quand on n'a pas attaché sa ceinture de sécurité. En conséquence, le réflexe de s'attendre à un danger imminent quand on entend ces alarmes n'existe peut-être pas.»

L'incapacité de sortir des ornières de nos habitudes quand on se trouve en danger sur la route est appelée «fixité fonctionnelle». «En cas d'urgence, nous avons tendance à ne voir que l'utilité première des choses. Si les freins manquent de vigueur, peu de gens penseront au frein d'urgence. C'est pour cette raison que la série télévisée McGiver était si populaire: McGiver semblait vacciné contre la fixité fonctionnelle.»