Sous le thème « Grandeur Nature », l'inauguration de l'Espace 67, au parc Jean-Drapeau, s'est faite en grand hier, avec la présence de l'Orchestre Métropolitain et de son chef, Yannick Nézet-Séguin.

NATALIA WYSOCKA LA PRESSE

Le temps était splendide, le ciel clair strié d'orange, une douce petite brise en prime. Parfait pour le concert de l'Orchestre Métropolitain, qui inaugurait l'Espace 67, au parc Jean-Drapeau, hier soir.

Pourtant, tandis que, pour se rendre aux concerts que donne l'Orchestre Métropolitain au pied du mont Royal, il faut habituellement se frayer avec difficulté un chemin à travers une foule compacte, l'Espace 67 était clairsemé. Peut-être parce que la célébration coïncidait avec celle, d'ouverture officielle, du Festival de jazz ? Quoi qu'il en soit, cela n'a en rien nui à la qualité étoilée du jeu des 77 musiciens et à la verve signature du chef Yannick Nézet-Séguin. Il faut dire que la Suite no 2 de Carmen interprétée en début de soirée, c'est un succès assuré.

« C'est en musique qu'on vous a dit bonsoir au début ! », a lancé le charismatique chef en guise de bonsoir une fois le Bizet terminé. Avec chaleur, il a ensuite livré « le message » de ce concert sous le thème « Grandeur nature ». À savoir que la soirée se voulait « un hommage à tout ce qui fait nos influences, bien au-delà de nos racines francophones et anglophones ». Puis, tandis que le ciel se chargeait dramatiquement et poétiquement de gris bleuté, il a introduit les Variations Enigma d'Elgar. Soit, comme il l'a qualifiée, « l'une des plus grandes pièces jamais imaginées par un compositeur anglais ». Incidemment, c'est également la grande pièce que l'OM a présentée (le chef l'a rappelé) lors de sa supertournée européenne de l'an dernier.

« Vous êtes tous bien beaux et bien fins ! », a lancé le maestro aux spectateurs rassemblés dans l'inattendue et précieuse intimité de ce décor enchanteur avant d'offrir la première mondiale de Menahanis, une création composée pour l'occasion par la Montréalaise d'origine mexicaine Alejandra Odgers. Une pièce retraçant l'histoire des îles Sainte-Hélène et Notre-Dame de la période iroquoienne à aujourd'hui, feux d'artifice et F1 inclus. Et c'est là que le chef a retracé lesdites périodes historiques, racontant qu'il y avait eu l'époque de l'occupation anglaise, puis celle de l'occupation française... « S'cusez ! C'est l'inverse ! J'ai refait l'Histoire ! »

Rencontrée avant le début du concert, Alejandra Odgers nous a raconté qu'en abénakis, le titre de sa création signifie « petite île ». Celle qui a inspiré ce nom à la pièce, c'est du reste la musicienne Nicole O'Bomsawin, qui accompagnait l'orchestre au tambour abénakis, hier. Et comment est né ce grand projet ? En recevant la commande, Alejandra Odgers a confié avoir également reçu quelques consignes : respecter une durée de 11 minutes, insuffler à son oeuvre un esprit festif et insérer dans ses partitions des allusions à des évènements tels que la création du parc Jean-Drapeau, les Jeux olympiques et les Jardins des Floralies. Vous avez dit défi ?

Parsemant sa création de références à la nature, à l'eau et aux oiseaux, Alejandra Odgers confie avoir été particulièrement inspirée par Expo 67. « Parce que c'était l'ouverture sur le monde ! », explique-t-elle. Pour ce passage, la compositrice a « pris 27 mélodies de différents pays ». De petits motifs très courts qu'elle a entremêlés dans la pièce. « Pour évoquer ces multiples pavillons que l'on pouvait visiter à l'époque. » Et pour rappeler les voitures de course de la F1 ? « J'ai utilisé le trombone ! Et puis, j'ai appris que lorsque les coureurs automobiles montent sur le podium de la F1, il y a souvent un thème de Bizet qui joue. »

C'était peut-être un moment trop magique et unique pour durer. Après nous avoir prévenus qu'« une cellule orageuse » se déplaçait vers le parc Jean-Drapeau, l'Orchestre Métropolitain a entamé son « beau cadeau associé à Montréal », ce Boléro de Ravel qui met si bien en valeur tous les solistes. Quelques secondes plus tard, le courant était coupé par sécurité, et la musique s'est éteinte. Applaudissements, début de pluie, descente de scène. Mais Yannick Nézet-Séguin est revenu, a attrapé le micro et a remercié le public en lui souhaitant une bonne fin de soirée en sécurité.