Beatrice Rana avait 18 ans lorsqu'elle remporta, en 2011, le grand prix du Concours international de piano de Montréal. Grand prix tout à fait mérité, comme le confirme le récital qu'elle vient d'offrir à Bourgie, cette même salle où se produisait il y a quelques jours son professeur Benedetto Lupo.

Mis à jour le 24 févr. 2013
Claude Gingras LA PRESSE

Rana et Lupo, après Michelangeli, Ciccolini et Pollini. Il existe donc une grande école italienne de piano. Seule femme du groupe et, à 20 ans, la cadette, Beatrice Rana étonne sur tous les plans. Tout d'abord, sa concentration est totale et rejoint chaque auditeur. La petite parle à travers son piano, on ne veut rien perdre de ce qu'elle dit, parce que tout ce qu'elle dit est sublime, et le moindre bruit étranger, le moindre mouvement dans la salle, dérange au plus haut point.

Étonnement encore, cette technique qu'on décrira par une simple question: combien de pianistes de 20 ans, hommes ou femmes, peuvent traverser avec une telle force et une telle clarté les plus «injouables» des 24 Préludes de Chopin et, de Ravel, cet effrayant Scarbo qui couronne le triptyque Gaspard de la Nuit ou encore la réduction à deux mains de cet effervescent poème d'orchestre qu'est La Valse ?

En fait, dans La Valse, c'est l'orchestre tout entier que Beatrice Rana semble recréer, par son vaste éventail de couleurs et son geste sensuellement désinvolte. Précédemment, dans Gaspard de la Nuit, elle avait retrouvé la juste atmosphère de chaque tableau... retrouvé aussi ses notes après un départ chancelant.

Beatrice Rana ouvrait son récital avec, des 24 Préludes de Chopin, une interprétation bouleversante, ce qui rend d'autant plus inexplicable son enregistrement plein de maniérismes. Tout cela a disparu... ou presque. Au 13e Prélude, l'épisode «più lento» est inutilement pris «molto più lento». Au 16e, la folle chevauchée en doubles croches n'a pas tout à fait l'égalité voulue. Des détails. L'esprit y est, pendant ces 40 minutes, avec sa lumière, sa tristesse, son vertige, ses murmures, ses silences chargés d'expression, jusqu'à l'effondrement final sur les trois arrachés au plus grave du clavier.

La pianiste avait attiré un auditoire substantiel et accorda un rappel: Widmung, de Schumann.

BEATRICE RANA, pianiste. Dimanche après-midi, salle Bourgie du Musée des beaux-arts. Présentation: Société Pro Musica.

Programme:

Préludes op. 28 (1836-1839) - Chopin

Gaspard de la Nuit (1908) - Ravel

La Valse, pour orchestre (1919-1920) - Ravel, transcription pour piano de l'auteur