L'artiste jamaïcain le plus populaire de la dernière décennie, le deejay Sean Paul, débarquait à Montréal lundi soir dernier avec son sac à hits pour faire danser un Métropolis affichant pratiquement complet.

Mis à jour le 24 févr. 2010
Philippe Renaud, collaboration spéciale LA PRESSE

Imparfaite, mais néanmoins agréable soirée qui nous a permis de constater que l'artiste dancehall a gagné de l'expérience sur scène depuis sa première visite chez nous au printemps 2003, à l'époque du succès planétaire de son deuxième album, Dutty Rock.

La soirée était événementielle, alors que la liste des artistes invités en première partie était franchement généreuse: Karl Wolf, Bad News Brown, Mugz, le duo Dance O Die, et quelques autres. Il y avait foule sur scène pour réchauffer l'autre foule, au parterre, en attendant que la star de St. Andrew, Jamaïque, daigne enfin nous gratifier de sa présence, trois semaines plus tard que prévu, puisque le concert devait originalement avoir lieu le 2 février.

Sean Paul est monté sur scène vers 22 h 20. À ses côtés, deux danseuses, deux MC/hypemen et un selector (un DJ, pour parler nord-américain). Légère déception ici: lors de son concert en 2003 (et au Festival d'été de Québec en 2009, m'a-t-on confirmé), le deejay était appuyé par un orchestre complet.

C'est d'autant plus dommage que Sean Paul est loin d'être une bête de scène. En comparaison à ses collègues Beenie Man, Elephant Man ou Buju Banton (qu'on ne reverra pas de sitôt, lui qui attend la tenue de son procès pour importation de cocaïne dans sa cellule en Floride...), Sean Paul fait bien peu de vagues sur scène, déploie une énergie contenue, à l'image de son style vocal, tout en retenue. Une vraie présence humaine plutôt que des bandes préenregistrées aurait donné de la vigueur à sa performance.

Ça n'a toutefois pas eu l'heur de refroidir ses fans, qui l'ont accueilli bruyamment avant de danser sur chacune de ses bombes. Car Sean Paul a sorti l'artillerie lourde dès les premières minutes du spectacle, enfilant Get Busy, Give it Up to Me (de l'album The Trinity, 2005) et, peu après, Baby Boy, son duo avec Beyoncé. La foule était déjà sur les genoux!

La soirée était de bonne augure, Sean Paul chantait pour vrai (ça n'a pas toujours été le cas), il affichait l'assurance du type qui a passé les six dernières années à apprendre son métier. Non, ce n'est pas la bête de scène, mais le résultat est encourageant, le type se fait entraînant et drôle. Attentionné aussi, lorsqu'il prend la peine de saluer les fans d'origine haïtienne dans la salle par un virulent «Sak passé», puis en entonnant a cappella plus tard un refrain fédérateur.

La tension a monté d'un cran additionnel lorsque, à la sixième chanson, il a entonné Gimme the Light, l'un des succès qui l'a sorti de son île en 2003. Il n'y avait peut-être pas de véritable orchestre sur scène, mais des deux côtés, on a pris soin d'ajouter deux gros haut-parleurs pour être certain que les basses fréquences se fassent entendre jusqu'aux toilettes.

Fallait maintenant calmer le jeu, avec deux chansons lovers, sa chouette reprise du I'm Still in Love With You d'Alton Ellis, puis Hold my Hand, deux grooves reggae one drop fort agréables.

C'est après que ça s'est gâté, Paul faillant à retrouver la force d'impact de la première portion de la soirée, même s'il restait encore les Temperature, So Fin ou We Be Burning à balancer. Le concert a pris fin en moins de 60 minutes, mais nous sommes tous repartis avec l'assurance d'avoir tout entendu ce que Sean Paul avait à offrir.