« J’ai fait un album qui parle que de ma meuf et de la société », souligne Orelsan à Gringe dans l’intro de Casseurs Flowters Infinity, aux deux tiers de Civilisation, l’album-évènement de l’automne en France.

Publié le 4 déc. 2021
Charles-Éric Blais-Poulin
Charles-Éric Blais-Poulin La Presse

En effet, cette heure de rap déclinée en 15 chansons décortique tantôt les profondeurs amoureuses – Bébéboa aborde l’alcoolisme au féminin, posture inusitée –, tantôt les abysses de la civilisation moderne ; sa crise climatique (Baise le monde), ses tensions raciales (L’odeur de l’essence), ses réseaux sociaux (Rêve mieux, Seul avec du monde autour).

C’est dans ce créneau que l’écriture nerveuse et verbeuse du rappeur convainc : la pièce-titre trempe la plume dans la plaie. Et que dire de Manifeste, hip-hop gonzo qui nous plonge avec force détails et autodérision au cœur d’une manif.

C’est là toute la force d’Orelsan : raconter crûment, avec ce petit côté brouillon et « incalculé ». Pour le reste, le rappeur rumine le passé, avec nostalgie et lucidité. « J’étais tout seul, on est des milliers, bientôt, vous allez tous m’oublier », convient-il sur la pièce d’ouverture, Shonen, aux couleurs de manga.

0:00
 
0:00
 

Les compositions instrumentales, très majoritairement signées Skread, oscillent entre explorations électroniques (pop, disco, drill) et ambiances acoustiques (piano, guitare, etc.). Si les discothèques raffoleront de Dernier verre (avec nul autre que The Neptunes) et de Du propre, des ritournelles comme La Quête – boîte à musique à l’appui – et la très « autotunée » et prévisible Jour meilleur nous laissent pantois. C’est tout gentil, quasiment autant que du Bigflo et Oli.

Par ailleurs, quelques références trop appuyées à la COVID-19 – ou « au COVID », comme disent les Français – risquent de mal vieillir. On l’espère, du moins.

Au su de la discographie d’Orelsan, Civilisation est un album moyen, mais force est d’admettre que le flow, les textes et les rythmes placent encore le rappeur une bonne coche au-dessus de ses camarades versificateurs de l’Hexagone.

Civilisation

Pop/rap

Civilisation

Orelsan

Wagram

½