Elles sont placées sur le devant de la scène, mais paradoxalement, demeurent souvent dans l’ombre. Leur taille menue ne les empêche pas d’avoir non plus une influence énorme sur les sons dont nous nous abreuvons. Qui sont ces vedettes foulées du pied ? Les pédales d’effet pour guitare, célébrées et décortiquées dans un nouveau documentaire en ligne.

Publié le 22 mai 2021
Sylvain Sarrazin
Sylvain Sarrazin La Presse

Chorus, flanger, fuzz, trémolo, wah-wah… si ces termes ne vous évoquent rien, l’écoute des sons correspondants à ceux-ci vous rappellera certainement le morceau archiconnu de tel ou tel artiste. Petits boîtiers électroniques branchés entre une guitare et un amplificateur, placées au sol et activées au pied par un interrupteur, les pédales d’effet ont le pouvoir de moduler le timbre brut de l’instrument ; en le gonflant, le saturant, le doublant, le baignant dans une réverbération ou un écho, faisant varier son volume ou sa hauteur, et bien plus encore.

Ces pièces maîtresses dans l’arsenal de tout guitariste digne de ce nom, ayant donné une couleur indélébile à nombre de tubes (la wha-wha de Voodoo Chile, le fuzz de Satisfaction, le phaser d’Eruption, le delay de Pride (In the Name of Love), parmi des milliers d’autres…), ont désormais leur propre documentaire, The Pedal Movie. Produit par la plateforme de vente de matériel musical Reverb, il explore pendant 142 minutes l’histoire peu commune de ces petites bêtes de son qui accompagnent les bêtes de scène et les rats de studio.

S’appuyant sur une centaine d’entrevues d’artistes (dont Steve Vai, Marcus Miller, Billy Corgan, Paul Gilbert, Joe Bonamassa, etc.), d’ingénieurs, de fabricants et d’artisans, il explore leur influence et les modes qui se sont succédé au fur et à mesure de leur évolution, depuis l’invention du premier trémolo (variation rapide du volume) dans les années 1930 à l’accidentelle création du fuzz (son distordu et sali) en passant par les folles expérimentations des concepteurs.

Effet maximal

Nourri par des images d’archives et, il va sans dire, de nombreux extraits et démonstrations sonores, le film rend hommage aux pédales d’effet ayant été actionnées et exploitées par les plus grands guitaristes (la Big Muff, la Tube Screamer ou les increvables modèles de Boss, pour ne citer qu’elles), portant un éclairage sur leur mise en marché, leur fonctionnement, leurs bons coups et déclins, ainsi que la place qu’elles occupent sur les bandes et dans le cœur des musiciens.

PHOTO AETB, GETTY IMAGES

Utilisées seules ou combinées, les pédales d’effet s’activent au pied et garnissent souvent les scènes musicales. The Pedal Movie démystifie leur histoire et leur statut actuel.

The Pedal Movie arrive à point nommé, puisqu’en dépit de la colonisation du numérique dans le traitement du son, le succès de ces boîtiers colorés ne s’est jamais tari, les guitaristes pros et amateurs se tournant plus que jamais vers des productions artisanales, des pièces de collection, et s’essayant parfois à la fabrication maison – un véritable esprit de fascination proche du culte s’étant même échafaudé dans certaines communautés.

Ainsi, le documentaire montre comment ont émergé des artistes devenus, en plus de joueurs de guitare, de véritables « joueurs de pédales d’effet ».

Fouillé et pointu, The Pedal Movie s’adresse avant tout aux passionnés curieux de savoir ce que recèlent ces petites boîtes de Pandore, historiquement, musicalement et électroniquement parlant. Le format long de plus de deux heures vingt minutes faisant intervenir des experts au langage parfois abscons pourrait rebuter les non-initiés ; mais sans nul doute qu’ils ne verront ni n’entendront plus de la même oreille leur ravitaillement musical habituel.

Le Québec fait de l’effet

Si le documentaire explore le phénomène des pédales d’effet à travers la scène internationale, qu’en est-il au Québec ? Il existe effectivement un microcosme d’ateliers artisanaux, formés de toutes petites équipes, pour la plupart implantés à Montréal : Ground Control, Montreal Assembly, Mile End Effects, Screwed Circuitz…

Des pédales d’effet fabriquées au Québec

  • Des modèles de pédales au look industriel conçues par Fairfield Circuitry, dont un délai analogique, des fuzz et distorsions originaux, et bien d’autres.

    PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE FAIRFIELD CIRCUITRY

    Des modèles de pédales au look industriel conçues par Fairfield Circuitry, dont un délai analogique, des fuzz et distorsions originaux, et bien d’autres.

  • Les magnifiques réalisations de l’atelier montréalais Ground Control, ornées d’illustrations graphiques

    PHOTO TIRÉE DU SITE DE GROUND CONTROL

    Les magnifiques réalisations de l’atelier montréalais Ground Control, ornées d’illustrations graphiques

  • Le fuzz artisanal produit par Screwed Circuitz, à Montréal, à l’aspect de bois

    PHOTO TIRÉE DU SITE INTERNET DE SCREWED CIRCUITZ

    Le fuzz artisanal produit par Screwed Circuitz, à Montréal, à l’aspect de bois

  • Quatre modèles vendus par Montreal Assembly, au design sobre et à la fabrication à toute épreuve

    PHOTO TIRÉE DE YOUTUBE

    Quatre modèles vendus par Montreal Assembly, au design sobre et à la fabrication à toute épreuve

  • Deux modèles fabriqués par Mile End Effects, dont un délai et un fuzz à octave typé années 1970. Ils ont été produits en quantité très limitée et sont en rupture de stock, dans un esprit de création artisanale.

    PHOTO TIRÉE DU SITE DE MILE-END EFFECTS

    Deux modèles fabriqués par Mile End Effects, dont un délai et un fuzz à octave typé années 1970. Ils ont été produits en quantité très limitée et sont en rupture de stock, dans un esprit de création artisanale.

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L’un des plus importants, Fairfield Circuitry, se trouve à Gatineau. Nous avons parlé à l’un de ses artisans, Dave Walker, qui se dit peu surpris par la sortie de The Pedal Movie. « C’est la première fois qu’un documentaire se penche d’aussi près sur le phénomène des pédales, mais c’est la culmination d’un développement et de leur popularité qui se produit depuis les dernières années », constate ce témoin privilégié de l’émergence d’une « scène du boîtier d’effet ». « On pourrait la comparer à ce qui se passe avec les microbrasseries », illustre M. Walker.

La microentreprise commercialise actuellement une dizaine de modèles, dont des fuzz et des modulateurs extravagants, particulièrement prisés en Europe et aux États-Unis, ses plus importants marchés. Pour l’artisan gatinois, les musiciens, qu’ils soient québécois ou d’ailleurs, visent la même chose : « Les amateurs de pédales de boutique vont parfois chercher très loin pour trouver le son unique qu’ils convoitent, quelque chose de plus original, expérimental. Mais ils cherchent aussi un sentiment d’appartenance par rapport à une plus petite boutique, comparé à une grosse entreprise dont la pédale de distorsion n’a jamais changé de son depuis 30 ans. »

IMAGE TIRÉE D'IMDB

The Pedal Movie

The Pedal Movie
Offert en vidéo à la demande sur Google Play, App Store et Vudu
Sous-titrage en français disponible