L’ensemble I Musici est à un tournant de son histoire alors que le chef Jean-Marie Zeitouni, qui avait succédé au fondateur Yuri Turovski, tire sa révérence après une décennie à sa tête. C’est son collègue Jean-François Rivest qui lui succède pour deux ans… ou plus, si affinités. Il fera ses débuts avec l’orchestre devant public ce jeudi.

Emmanuel Bernier collaboration spéciale

En entrevue avec La Presse en octobre dernier à l’occasion de son départ, Jean-Marie Zeitouni avait affirmé que l’orchestre « n’a[vait] pas commencé à chercher activement » quelqu’un pour lui succéder. Quelques semaines plus tard, I Musici annonçait pourtant la nomination de Jean-François Rivest comme « conseiller musical et premier chef invité » de l’orchestre à cordes.

Il n’est guère étonnant que l’ensemble soit allé chercher Jean-François Rivest, une des plus fines baguettes québécoises. Ce dernier est loin d’être inconnu du public montréalais, puisqu’il a été chef en résidence de l’Orchestre symphonique de Montréal de 2006 à 2009 et directeur artistique de l’Orchestre symphonique de Laval pendant 10 ans, en plus d’enseigner depuis près de 30 ans à l’Université de Montréal.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Le chef d’orchestre Jean-François Rivest lors d’une répétition avec l’ensemble I Musici

Il est fréquent que les institutions orchestrales fassent appel à un conseiller artistique pour tenir les rênes en attendant la nomination d’un directeur artistique attitré. Le communiqué pour le concert de ce jeudi invite pourtant le public à une « première rencontre » avec « son nouveau maestro Jean-François Rivest ». Il n’est nulle part fait mention d’un intérim.

Qu’en pense le principal intéressé ? « La vérité, c’est que je suis le chef d’orchestre d’I Musici en ce moment et pour les deux prochaines années, peut-être trois, je ne le sais pas. Le processus pour en chercher un autre va évoluer, on verra bien, ce n’est pas moi qui vais décider ça. On ne peut pas prévoir l’avenir, mais je suis ouvert, absolument. »

Selon des informations ayant filtré dans des médias l’automne dernier, le départ de Jean-Marie Zeitouni, qui aurait bien voulu continuer à diriger l’orchestre, découle d’une mésentente avec le conseil d’administration concernant la mission « sociale » de l’ensemble. Si Jean-François Rivest accepte de lui succéder, c’est naturellement qu’il consent à aller dans la direction voulue par les administrateurs.

Questionné à ce sujet, le musicien minimise les propos de son prédécesseur et de l’ancien président du C. A. David Sela, cités dans Le Devoir en septembre. « Il ne faut pas écouter tout ce que les journalistes disent », lance en riant le nouveau chef, dont le père, Jean Rivest, a été journaliste pendant des décennies à La Presse (il a notamment suivi l’OSM en tournée en Asie).

On en a parlé avec le C. A. Ils veulent qu’on soit bien impliqués dans la communauté montréalaise, donc faire des actions “sociales”, soit avec des arrondissements défavorisés, soit avec des publics ciblés, soit des actions pédagogiques avec des enfants, des écoles… C’est de la médiation, ce que les anglophones appellent du community outreach.

Jean-François Rivest

Le musicien donne comme exemple plusieurs projets à venir comme des cours de maître, des concerts dans des écoles et le concours Défi I Musici, des initiatives qui rejoignent « des tout-petits, des élèves du primaire, du secondaire et du cégep ». Certaines d’entre elles avaient été mises en branle à l’époque de M. Zeitouni. « Le côté pédagogique va continuer de fleurir. C’est un complément à la mission principale, qui est de faire d’excellents concerts de musique de chambre pour cordes », ajoute-t-il.

Retour à la musique de chambre

Étant lui-même violoniste, Jean-François Rivest entend-il donner une nouvelle tangente à l’orchestre sur le plan musical ? « Dans les dernières années, sous Jean-Marie Zeitouni, l’orchestre a joué dans d’assez grandes formations. C’est un type de travail que je ne ferai pas nécessairement. Je veux retrouver le répertoire fondamental de l’orchestre qui est plus pour orchestre à cordes au départ, basé sur la grande musique de chambre de Mozart, Schubert, Beethoven, Brahms, etc. »

Le programme de ce jeudi, constitué de Fratres, d’Arvo Pärt, et de deux jalons du répertoire pour quatuor à cordes – le Quatuor n8 de Chostakovitch et le Quatuor en ré mineur, K.421, de Mozart – est représentatif de ce virage.

Jouer un quatuor à 15 musiciens n’est pas pour lui « mieux » que de le jouer à quatre, mais « procure une sorte d’amplificateur émotionnel qui permet à ces œuvres d’avoir une aura un peu plus majestueuse. Il s’agit d’une autre façon de les voir, comme si on mettait des oreilles différentes pour les entendre autrement. C’est comme quand on fait un voyage à l’étranger et qu’on se met à apprécier davantage ce qu’il y a chez nous. Les changements de perspective nous permettent de mieux apprécier les choses ».

Le concert sera donné devant public ce jeudi 13 mai à 14 h à la salle Pierre-Mercure, puis sera offert en webdiffusion gratuite du 20 au 30 mai.

Consultez le site d’I Musici