Les Francos et le Festival international de jazz de Montréal, deux rendez-vous phares de l’été culturel, se tiendront au seuil de l’automne, a annoncé l’Équipe Spectra. Le premier aura lieu du 9 au 12 septembre, alors que le second fera vrombir les cuivres du 15 au 19 septembre.

Charles-Éric Blais-Poulin Charles-Éric Blais-Poulin
La Presse

« Juin et juillet nous semblaient carrément impossibles compte tenu de la situation actuelle, explique Laurent Saulnier, vice-président à la programmation des deux festivals. Mais on se dit qu’en septembre, si la vaccination continue d’aller bon train, ça devient quelque chose d’envisageable. »

Le ciel avait beau déposer un léger tapis blanc sur la place des Festivals, mercredi matin, il était de nouveau permis de rêver à la belle saison, celle qui ramène normalement les foules et le fumet des hot-dogs géants. Laurent Saulnier tempère néanmoins les attentes, notamment en raison de l’incertitude autour des « nombreux variants ».

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

Laurent Saulnier lors du tournage de capsules musicales pour les Francos en 2020

On met toutes les chances de notre côté, mais on sait très bien qu’il va y avoir des restrictions. On va jouer dans le cadre de ces restrictions-là du mieux qu’on peut. Pour nous, ce qui est important, c’est de penser que ça se pourrait vraiment, en septembre.

Laurent Saulnier, vice-président principal, programmation, évènements culturels et festivals de l’Équipe Spectra

Il s’agit du mois, répète Ottawa, au terme duquel tous les adultes canadiens qui le désirent auront reçu deux doses de vaccin contre la COVID-19, de quoi nourrir l’espoir d’une certaine « immunité collective ».

« J’évalue qu’il y aura cet été quelques saisons de festivals différentes à l’intérieur de la même, en fonction de la situation épidémiologique, souligne Martin Roy, président-directeur général du Regroupement des évènements majeurs internationaux (REMI). Les évènements qui visent plus tard, au mois d’août ou de septembre, sont plus avantagés que ceux qui ont des dates en mai ou en juin. »

Dehors ou en ligne

Prudentes, les équipes des Francos et du Festival de jazz planchent sur deux avenues : les concerts en plein air et la diffusion numérique. « En extérieur, on risque d’avoir plus de chances de pouvoir présenter des shows devant un public nombreux, explique M. Saulnier. En salle, pour le moment, avec une limitation de 250 personnes, le modèle économique est loin d’être évident. »

En résumé : les concerts initialement prévus sous un toit en 2020 n’apparaîtront pas dans la programmation de 2021.

Il y a plusieurs shows pour lesquels on aura des annonces d’ici la fin de la semaine ou au début de la semaine prochaine maximum. Il y a des shows qu’on reporte, d’autres qu’on est dans l’obligation d’annuler.

Laurent Saulnier, programmateur des Francos et du Festival de jazz

Quant aux captations web, l’Équipe Spectra en a déjà fait l’expérience à l’été 2020. Le Jazz s’est déroulé de manière 100 % numérique, tandis que les Francos avaient privilégié une formule « hybride ». Le festival n’avait pu présenter qu’une poignée de concerts en salle avant que le rideau ne tombe sur les arts vivants. « Le numérique, c’est inévitable, croit Laurent Saulnier. Que ce soit en salle ou à l’extérieur, la capacité d’accueil va être limitée, alors on va essayer d’en faire profiter le plus de monde possible. »

Le monde à portée

L’un des avantages du numérique est bien sûr sa portée internationale, alors que les frontières risquent d’être encore étanches en septembre. « L’an dernier, on a bien vu qu’il y avait du monde d’un peu partout dans le monde qui étaient intéressés et à l’écoute », se réjouit M. Saulnier.

Le programmateur a peu d’espoir de voir des artistes faire tamponner leur passeport à l’aéroport Montréal-Trudeau. « Si, à la dernière minute, il nous reste de la place, que les frontières s’ouvrent et qu’il n’y a plus de restrictions de quarantaine, on va essayer de faire rentrer des artistes internationaux, mais je ne vois pas comment on pourrait leur demander de venir dans les conditions actuelles. »

Ce qui est vrai pour l’Équipe Spectra l’est-il aussi pour un autre promoteur du Groupe CH, evenko ? L’annulation complète du festival Osheaga, prévu du 30 août au 1er juillet, pourrait être annoncée ce jeudi, selon des informations de CityNews confirmées par The Montreal Gazette. Cardi B, Foo Fighters et Post Malone en étaient les têtes d’affiche.

Le destin du rendez-vous électro îleSoniq et de Lasso Montréal, nouveau festival country d’evenko qui doit être lancé les 13 et 14 août, fera aussi l’objet d’annonces imminentes.

Martin Roy, du REMI, remarque que le report d’évènements d’envergure vient avec son lot de défis : approbation des villes, permis d’occupation du territoire, sécurisation des espaces publics et des rues, sans compter la location des salles. « Est-ce qu’il y aura une suroffre à l’automne ? se demande-t-il. Bonne chance pour louer une salle de spectacle un vendredi ou un samedi. »

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Martin Roy, PDG du Regroupement des évènements majeurs internationaux

Difficile de savoir si la décision de l’Équipe Spectra aura un effet d’entraînement. M. Roy note que des membres du REMI tiennent beaucoup à leurs dates, porteuses d’une « certaine tradition ». « C’est possible que ceux-là fassent une petite édition hybride en juin ou en juillet et que, plus tard en septembre, ils fassent une sorte de spin-off, une activité présentée par le festival. » Des « collaborations interfestivals » pourraient aussi voir le jour, croit-il.

Martin Roy et Laurent Saulnier sont d’avis que les enjeux sanitaires restent la priorité. L’évolution de la pandémie dictera de nombreuses modalités quant aux capacités, aux déplacements, aux concessions alimentaires ou encore à la vente d’alcool. « On a fait au moins 20 plans différents pour trouver la meilleure façon d’accueillir le plus de monde possible, explique M. Saulnier. Tous ces plans-là sont sur la table à l’heure actuelle, et on verra en temps et lieu ce qu’on va vraiment pouvoir faire. Ce qui est important, c’est surtout de retrouver l’esprit du festival. »