Alors que son contrat comme directeur artistique et chef attitré vient d’être prolongé jusqu’en 2029, Alexandre Da Costa entend emmener l’Orchestre symphonique de Longueuil (OSDL) jusque dans les ligues majeures. Nous avons discuté de ses ambitions avec l’infatigable chef.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

Violoniste prodige qui a débuté alors qu’il avait à peine 18 ans, Alexandre Da Costa a été soliste vedette, membre de grands ensembles, enseignant. Après 20 ans de carrière, il assume son nouveau rôle de chef d’orchestre avec enthousiasme et sérieux, heureux de pouvoir être « autre chose qu’un outil ».

« J’avais ce désir d’être un leader. On s’est fait une idée romantique du chef, mais la baguette, elle ne fait aucun son. Un chef, c’est quelqu’un qui rassemble les troupes, a des idées, une vision créative, qui met tout ce qu’il a à l’intérieur de lui au profit des membres de l’orchestre. »

Il ne s’en cache pas : cette annonce qui assure son avenir pour encore huit ans lui fait plaisir.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LAPRESSE

Alexandre Da Costa au moment du lancement de son album Stradivarius BaROCK, en octobre 2019.

C’est la première fois que j’ai un horizon aussi lointain. Comme musicien itinérant, je n’ai jamais été rattaché à une patte de chaise pendant longtemps !

Alexandre Da Costa

Mais par-dessus tout, ce contrat à long terme assure une continuité pour l’orchestre, ce qui permettra au chef et directeur artistique, qui n'a jamais cessé de jouer du violon, de mener à bien ses nombreux projets. D’autant que le début de la pandémie l’a légèrement coupé dans son élan.

« J’ai été nommé au début de 2019. Mais mon vrai rôle actif avait commencé en septembre… et six mois plus tard, le couperet est tombé. On devait partir en tournée en Amérique latine, des enregistrements prévus, on avait plein de projets qui devaient donner le ton de ce qui s’en venait. »

Tout a évidemment été reporté, parfois même jusqu’en 2024. L’Orchestre symphonique de Longueuil s’est bien sûr « viré de bord » pendant la pandémie, avec par exemple une « tournée des balcons » devant des CHSLD partout dans la province, ou des captations qui ont connu un vif succès.

Mais sa présence assurée jusqu’à la fin de la décennie permettra à tout ce qui était en marche d’« arriver à bon port ». Grand défenseur de la démocratisation de la musique classique et du rapprochement entre le public et les artistes, le jeune chef – Alexandre Da Costa vient d’atteindre l’âge « vénérable » de 41 ans – entend en effet donner à son orchestre une unicité qui le distinguera « dans le panorama artistique de Montréal, du Québec, du Canada et du monde ».

Les musiciens ont le calibre qu’il faut pour se mesurer aux orchestres internationaux, croit en effet Alexandre Da Costa, et si l’OSDL est capable de développer son identité propre, poussé par une « saine compétition » et une émulation avec les grands orchestres montréalais, Longueuil pourrait très bien se faire un nom.

« La planète, c’est une grosse ville. Bien sûr, quand on dit Longueuil, personne ne sait où c’est. Comme on ne sait pas exactement où sont situés Maastricht ou Utrecht. Pourtant, il y a des orchestres dans ces villes qui sont très bien cotés, même si elles sont en périphérie de grands centres. »

Particularité

Une des particularités de l’Orchestre symphonique de Longueuil, c’est d’ailleurs son chef, qui dirige et joue du violon en même temps. Une aptitude rare – « On est juste quatre ou cinq à le faire au niveau professionnel, mais à Vienne, il y a des siècles, ça existait déjà » – qui lui donne un petit côté spectaculaire et pourrait en effet lui permettre de se démarquer.

« Je ne pourrais pas tout faire. Je ne dirigerais pas un opéra de Wagner, par exemple. Mais il y a un large répertoire qu’on peut faire, de grands classiques. On peut couvrir un autre terrain et ça donne un résultat différent et dynamique. »

La double tâche lui permet donc de ne pas s’ennuyer de sa vie de soliste et de l’époque où il pouvait donner 100 concerts dans 20 pays en une année.

Moi, c’est jouer d’un instrument que j’aime. En fait, je n’ai jamais été aussi en forme avec mon violon. Je pratique beaucoup, surtout en ce moment !

Alexandre Da Costa

Il se doit de toute façon d’être plus préparé que jamais sur le plan technique quand il se retrouve sur scène. « Je dois connaître en plus tout ce qui se passe dans l’orchestre en même temps, avoir des oreilles derrière, devant, sur les côtés. En plus de la logistique dont il faut s’occuper. Et de la vision artistique globale. »

L’après-pandémie

Même s’il a été très actif pendant la pandémie, Alexandre Da Costa a bien sûr très hâte au retour à la normale. Mais parmi les expériences qui ont été tentées depuis un an, il est convaincu que les captations et la webdiffusion sont là pour de bon.

« On s’est habitués à atteindre plus de gens en même temps. Et plus les gens vont aimer ce qu’ils voient, plus ça va leur donner envie de venir en salle. C’est du win-win. Mais il ne faut pas perdre de vue que c’est un outil. On a besoin de cette électricité qui passe entre les gens et les musiciens dans une salle de concert. »

Après avoir constaté que dans plusieurs pays les artistes ont été bien soutenus grâce à des plans qui étaient déjà en place, Alexandre Da Costa a par ailleurs beaucoup d’attentes pour l’après-pandémie.

Elles sont énormes, mes attentes. Comme société, on a besoin des artistes qu’on a formés ; ce sont des travailleurs essentiels, d’une certaine manière. Dotons-nous des budgets pour soutenir ça.

Alexandre Da Costa

Alexandre Da Costa rappelle que c’est toute une industrie qui est fragilisée en ce moment. « Pour un artiste, il y a un technicien et une personne à l’administration. »

Mais en attendant les spectacles et après 11 mois d’incertitude, même s’il avoue avoir lui aussi « broyé du noir » à certains moments, l’énergie d’Alexandre Da Costa ne se dément pas.

« J’ai l’impression que la musique est un bel ami, qui me donne un coup de pied dans le derrière quand j’en ai besoin, et ça arrive souvent ces temps-ci. Comme une étoile polaire qui me guide. »