Le trompettiste américain Wallace Rooney, un habitué de Montréal et du Québec où il est venu à plusieurs reprises, a succombé au coronavirus. Il avait seulement 59 ans.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Celui que d’aucuns qualifient de musicien légendaire et de dauphin de Miles Davis, est mort mardi à l’hôpital St. Joseph’s University Medical Center de Paterson dans le New Jersey, a indiqué son attachée de presse Lydia Liebman.

Parmi les nombreux hommages qui lui ont été rendus, on note celui fait par les proches de Miles Davis sur le compte Twitter de ce dernier. « Nous sommes dévastés par la mort de notre frère trompettiste, y lit-on. Wallace était une force de la nature dans la communauté du jazz. »

Joint par La Presse, Joel Giberovitch, le propriétaire du Upstairs où Wallace Roney a joué deux fois, en 2017 (durant le FIJM) et 2018, s’est souvenu d’un homme humble en dépit de son statut de légende.

« Avant de travailler avec Wallace, il était sur ma “wishlist”, mais je ne savais pas si je serais capable de l’atteindre, dit M. Giberovitch qui possède le club depuis avril 1995. Or, nous avons échangé des courriels directement. Je n’ai pas eu à passer par un agent. Il ne parlait pas beaucoup et ne prenait même pas un verre entre deux sets. Mais sur scène, il avait une présence incroyable. Il maitrisait la trompette de façon exceptionnelle. Et il savait aussi laisser de la place à ses musiciens. »

Né le 25 mai 1960 à Philadelphie, Rooney roulait sa bosse dans le monde du jazz depuis depuis plus de quatre décennies. Il a enregistré plus de 20 albums personnels en plus de contribuer à de nombreux autres enregistrements.

Son album A Tribute to Miles, enregistré avec d’autres grands noms du jazz (Wayne Shorter, Herbie Hancock, Ron Carter) lui a valu un prix Grammy.

En 2010, le trompettiste était de passage à Montréal pour l’inauguration d’une exposition en hommage à Miles Davis au Musée des Beaux-Arts de Montréal. Interviewé par notre collègue Alain Brunet, il abordait prudemment le jeu des comparaisons.

« Si vous voulez parler de mon jeu de trompette, que plusieurs comparent trop facilement parce qu’ils n’en ont pas fait une écoute suffisante, il est effectivement tributaire de l’approche de Miles Davis, disait-il. Or, ce style inclut aussi des éléments de Clifford Brown que Miles n’aimait pas trop — bien que Clifford Brown vienne de Miles et dont le jeu présente des similarités. Clifford était un trompettiste “trompettistique”, alors que Miles était un trompettiste en quête d’innovation. »

De passage au Québec il y a à peine un an, en avril 2019, il s’était entretenu avec le journaliste Daniel Côté du journal Le Quotidien de Saguenay. Il revenait alors sur ses origines et sur l’importance de continuer à travailler chaque jour à sa musique.

« Chez moi, on écoutait beaucoup de jazz et de RnB, mais j’ai vite exprimé une préférence pour le jazz, disait-il alors. Je trouvais cette musique plus riche et j’ai choisi la trompette pour suivre l’exemple de Miles [Davis], l’un de ceux qu’on entendait à la maison. C’est une musique exigeante, cependant. Encore maintenant, je pratique sept ou huit heures par jour et je demande la même chose à mes collègues (de son band). C’est le prix à payer pour s’améliorer. »

Roney est le père de trois enfants. Selon un article de CNN, la famille songe à lui faire une cérémonie commémorative lorsque la crise actuelle sera passée.