Doit-on refaire ce qui a déjà été fait ? Où se situe la frontière entre redite et réinterprétation ? Cat Stevens s’est probablement posé la question avant de réenregistrer Tea for the Tillerman, son classique folk de 1970. Mais ça ne l’a manifestement pas empêché de poursuivre avec cette drôle d’idée.

Jean-Christophe Laurence Jean-Christophe Laurence
La Presse

Dans ce qu’il est convenu d’appeler un « remake », l’auteur-compositeur reprend dans son intégralité l’album qui l’a rendu mondialement célèbre, avec l’aide du même producteur, Paul Samwell-Smith. Certains morceaux, comme Sad Lisa et Where Do the Children Play ?, sont subtilement réarrangés, sans artifices, avec un son plus moderne. D’autres titres sont en revanche complètement revisités, comme Wild World, ici servie à la sauce tango, Longer Boats, qui intègre un rap, ou On the Road to Find Out, transformée en blues. Ces relectures, quoiqu’étonnantes, sont moyennement convaincantes.

Extrait de Father And Son

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La voix n’est plus ce qu’elle était. Le chanteur peine parfois à pousser dans les hautes. Mais il a l’honnêteté de ne rien masquer. Seule concession : il repique un vieil enregistrement de 1970 pour faire la partie du fils dans Father and Son.

Les textes et les thèmes restent pertinents. Les chansons de Tea for the Tillerman frappaient à l’époque par leur profondeur et la gamme des sujets explorés, de la dépression (Sad Lisa) à l’écologie (Where Do the Children Play ?), aux relations père-fils (Father and Son). À 22 ans, Cat Stevens voyait au-delà des modes. Il avait des choses importantes à dire.

IMAGE FOURNIE PAR UNIVERSAL

Tea for the Tillerman 2, de Cat Stevens

Cinquante ans plus tard, devenu Yusuf, puis redevenu Cat Stevens, il veut refaire passer son message. L’exercice ne semble pas complètement vain, mais forcément, la magie opère moins.

★★½

Folk. Cat Stevens. Tea for the Tillerman 2. Universal.