« Dans ma tête, mon dernier album, c’est mon premier, dit Leif Vollebekk. Celui-là, c’est comme mon deuxième. » Oui, officiellement, New Ways, sorti vendredi dernier, est son quatrième effort. Mais Leif Vollebekk n’a trouvé la vraie couleur de sa musique qu’au moment de créer Twin Solitude, paru en 2017. New Ways est la « deuxième partie » de cet élan créatif, dit le musicien.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

« Avant Twin Solitude, j’étais à la recherche de quelque chose, mais je n’étais pas satisfait, affirme-t-il lorsque nous le rencontrons aux bureaux de sa maison de disques, Secret City Records. Mais Twin Solitude était exactement ce que je voulais faire. J’ai l’impression d’avoir vraiment commencé avec lui. »

C’est une bonne chose, croit-il, que le public n’ait commencé à vraiment le suivre qu’au moment de la parution de cet album, qui a été également très apprécié par la critique. « Je n’ai pas eu de hits avec les autres albums. Je n’ai pas de Creep [de Radiohead, que le groupe a même cessé de jouer pendant plusieurs années] : cette chanson que tout le monde veut que je joue, mais je n’aime pas vraiment », plaisante-t-il, en passant sa main dans ses cheveux. 

Cela s’explique peut-être par le fait que l’écriture de cet album s’est faite alors que son précédent n’était pas encore terminé. En lisant un article sur une de ses idoles, Prince (on sent d’ailleurs un peu de son influence dans New Ways), Leif a appris que le roi du funk, durant la période Purple Rain, avait commencé à travailler sur son projet suivant avant la parution de son album le plus célèbre. « Il voulait être honnête avec lui-même, analyse Vollebekk. Il ne voulait pas savoir la réaction du public [avant de continuer à créer]. »

Leif a un peu fait la même chose.

C’était loin d’être fini, mais j’avais l’idée. J’avais déjà commencé une ou deux chansons pendant que je mixais Twin Solitude. Je ne suis pas passé par une période où je me demandais ce que je voulais faire.

Leif Vollebekk

« Je ne dis surtout pas que j’ai créé un Purple Rain ! » ajoute-t-il rapidement, en riant. 

L’entrevue sera ponctuée de quelques fous rires. Leif Vollebekk a le sourire facile. Il ne se prend pas trop au sérieux. S’il compose une musique introspective, un folk émotif, le chanteur, en personne, vibre d’une énergie positive.

S’inspirer du changement

New Ways s’est créé d’une tout autre manière que l’album précédent. « Le premier [Twin Solitude] racontait toute ma vie, toutes mes impressions, dit Leif Vollebekk. J’avais pris beaucoup de temps off pour penser, être au calme dans mon ancien appartement. Je jouais du piano et j’attendais que les paroles me viennent. » Cette fois, tout s’est fait en mouvement. Sur la route, pendant un test de son à Chicago, durant une journée de repos à Paris : tous ces endroits agités, ces moments de sa vie, ont inspiré des mélodies, des textes. 

« J’avais des sentiments vraiment forts, il y avait beaucoup de changements dans ma vie et beaucoup de nouvelles personnes », dit Leif.

J’écrivais ce qui me venait. Je me disais que je devais le faire à l’instant et très rapidement. Parce que si je ne l’écrivais pas à ce moment précis, le lendemain, ça serait une autre chanson.

Leif Vollebekk

Il a donc arrêté ces instants dans le temps et les a transcrits en musique. Et, surtout, il ne s’est pas interposé entre les mots et le papier. Pour l’artiste, son rôle est celui de véhicule pour sa poésie. « J’ai appris à ne pas filtrer le processus, raconte-t-il. Dans le dernier album, il y a une chanson que j’ai voulu amener dans un certain sens. Ce n’est pas que le résultat est mauvais, mais je sens que je l’ai un peu abîmée : j’ai mis les mains sur les ailes du papillon. »

Peut-il nous révéler de quelle chanson il s’agit ? Road to Venice. La seule chanson que personne ne lui demande jamais de jouer, celle que lui-même ne réécoute pas vraiment, avoue-t-il ensuite en s’esclaffant. En fabriquant New Ways, Leif n’a pas cherché à analyser ce qu’il créait. « Mon travail est de laisser la chanson sortir et me tasser du chemin pour qu’elle fasse ce qu’elle veut, dit-il. Avec Hot Tears, par exemple, j’ai pris plus de temps à l’écrire parce que je me voyais m’interposer et je devais me retenir. »

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Être honnête

En raison de cette relation intuitive, tout ce que Leif Vollebekk crée touche les fibres personnelles de sa vie – ses amours (et la peine qu’ils causent), ses observations de voyageur, ses réflexions par rapport à la vie. « Je n’ai pas vraiment le choix, affirme-t-il. Même si certaines phrases sont difficiles, si j’en change un mot, tout s’écroule. »

Grand amateur de musique populaire, il parle alors de Leonard Cohen ou d’Amy Winehouse, dont les mots sont parfois durs, graphiques. Il admire la confiance envers le public, qui pousse les artistes à lui confier un moment sensible de leurs vies.

« Tu ne peux pas fuck up si tu es honnête », dit le chanteur. Alors, dans New Ways, il dit tout. Et il a choisi le titre New Ways en partie parce qu’en entendant ce qu’il avait créé, il a constaté que les chansons sonnaient différemment, avec du recul. Ce n’est que dans les derniers mois, en réécoutant ses mots, que le musicien a pu se « rendre compte de quoi les chansons parlent ». « Les chansons m’expliquent ce qui se passe dans ma vie, ajoute-t-il. Je me disais : “ Oh wow, j’ai écrit ça ? ” »

IMAGE FOURNIE PAR SECRET CITY RECORDS

New Ways, de Leif Vollebekk, Secret City Records.