Le répertoire musical francophone déborde de références félines. Inspirateurs ou protagonistes, les chats offrent, à travers la chanson, un panorama de l’âme humaine. En voici la preuve en six temps.

Charles-Éric Blais-Poulin Charles-Éric Blais-Poulin
La Presse

Vulnérable comme un bébé chat, de Bleu Jeans Bleu

C’était avant qu’il ne soit impossible d’enfiler un coton ouaté sans que nous passe par la tête en même temps que le col : « Heille ! Fait-tu frette ? » Nombreux sont ceux qui, en 2014, ont découvert Bleu Jeans Bleu grâce à l’album Haute couture. Comment donc exprimer le désarroi d’un homme qui a embarré ses clés dans son « char » ? « Je suis vulnérable comme un bébé chat, dans un parking de centre d’achats », a répondu, en chanson, la bande de Claude Cobra, groupe de l’année au 41e Gala de l’ADISQ. L’air chatoyant fait image, mais le clip, vu plus de 600 000 fois sur YouTube, fait davantage, grâce aux déhanchements de deux mascottes en peluche. Pour la petite histoire, les costumes ont été loués dans la réserve vintage de Radio-Canada. « Ils étaient trop petits pour nous, et on ne pouvait pas les fermer dans le dos, commente Claude Cobra. Résultat ? On a tourné tout le clip en prenant des shots de face pour éviter de voir que nos t-shirts paraissaient sur les trois quarts de la largeur de nos dos. Conduire le kart de golf était aussi un beau challenge parce que les trous des yeux n’arrivaient pas au bon endroit. »

Le petit chat est mort, de Renaud

IMAGE FOURNIE PAR CECI-CELA

La pochette du 45 tours Le petit chat est mort

Au beau milieu de l’album À la belle de mai (1994), Renaud aurait pu se contenter, avec Le petit chat est mort, d’une banale histoire sur le trépas d’un félin imprudent qui « est tombé du toit ». Or, le mec au foulard étant ce qu’il est – ou ce qu’il a été –, il a sorti les griffes pour s’en prendre au clergé – « On s’demande bien pourquoi, t’as jamais un pape sur les toits » et à la Mecque du fast-food, McDonald’s. Titrée en référence à une réplique de L’école des femmes de Molière, la pièce se veut avant tout une fable sur la liberté, que Renaud adresse soit à sa « môme », soit à sa « minette » : les avis divergent. Ce chat n’« était même pas prisonnier, de ton amour insensé », chante-t-il. Aussi interprète d’Un chat qui miaule, l’éternel gavroche s’est souvent porté à la défense des bêtes à poils. « J’ai un chien et un chat. L’espèce animale, qu’on maltraite, me touche infiniment », a-t-il entre autres confié au journal suisse Le Matin.

>> Extrait de Le petit chat est mort, de Renaud

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Brave Margot de Georges Brassens

PHOTO ROGER VIOLLET/PATRICK ULLMANN

Georges Brassens

Misogyne pour certains, magnanime pour d’autres, Brave Margot (1953) fait partie des titres essentiels du chansonnier français Georges Brassens. Elle raconte l’histoire d’une jeune bergère qui, dans un mélange d’altruisme et de naïveté, dégrafe son corsage pour donner « la gougoutte à son chat », sous l’œil intéressé de « tous les gars du village ». Les femmes ainsi « privées d’leurs époux » décident… d’immoler le chaton. Sans doute que Georges a pleuré autant que sa Margot. Le regretté parolier à la pipe est un ami notoire des chats. Il les a caressés tant devant les photographes que dans son œuvre (Putain de toi, Don Juan, Le testament). Dans le Sète natal de l’Occitan, la digue Georges-Brassens, où des dizaines de chats se prélassent, immortalise cette complicité entre moustachus singuliers.

>> Extrait de Brave Margot, de George Brassens

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Le chat du café des artistes, de Jean-Pierre Ferland

PHOTO ANTOINE DÉSILETS, ARCHIVES LA PRESSE

Jean-Pierre Ferland, le 19 avril 1972

Le chat du café des artistes, titre mythique du tout aussi mythique album Jaune (1970), a bel et bien existé, assure Jean-Pierre Ferland au bout du fil. Il rôdait et miaulait jadis dans un petit bistro branché à deux pas de Radio-Canada, près du défunt hôtel Ford. « On l’appelait simplement minou, se souvient l’ancien annonceur du diffuseur public. C’était le chat de la propriétaire. Il était témoin de tous ces artistes qui venaient manger, prendre un verre. De toutes ces histoires d’amour et d’amitié qui sont venues au monde. » La chanson, composée par Michel Robidoux, a eu au moins neuf vies, sur scène ou sur disque : l’une des plus remarquables a été insufflée par Charlotte Gainsbourg et Beck en 2009. Une rumeur circule par ailleurs à l’effet qu’Une chance qu’on s’a aurait été écrite pour… un félin. Une interprétation qui fait sursauter Jean-Pierre Ferland. La pièce, dit-il, a bien sûr été imaginée pour une femme. Par contre, il note que c’est la mort de son chien, Badaboum, qui l’a poussé à gribouiller les paroles pour le « consoler » d’« un énorme chagrin ».

>> Extrait du Chat du café des artistes, de Jean-Pierre Ferland

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Belzébuth, des Colocs

PHOTO RÉMI LEMÉE, ARCHIVES LA PRESSE

Les Colocs en spectacle, avec Dédé Fortin, le 4 novembre 1998

À l’image du « petit chat » de Renaud, le Belzébuth d’André Fortin se veut aussi un angle d’attaque pour célébrer la liberté, même au prix de la mort : « J’irai, j’irai dans la ruelle, j’irai là où mon cœur m’appelle. » Le minet, que ses « petits bourgeois » de propriétaires veulent faire passer sous le bistouri, quitte son « appart’ tranquille » et se lance dans une cavale sanglante. En fin de piste, Belzébuth « chante l’amour » avec Élizabeth dans un hangar, puis reçoit la « griffe d’argent » fatal d’un matou jaloux. Voilà que le félin se métamorphose en oiseau. « Je vais enfin pouvoir m’enfuir, exactement comme dans mon plan », débite Dédé, dont le suicide, en 2000, teinte désormais ces sombres réflexions. L’opéra rock de quelque 10 minutes, qui apparaît sur l’album Dehors novembre (1998), est inspiré d’un projet de dessin animé que le regretté chanteur n’a jamais mis à terme. L’auteur-compositeur Richard Petit et l’ex-Coloc André  Vanderbiest ont eux aussi laissé leur empreinte sur le texte.

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Chats sauvages, de Marjo

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Marjolène Morin, le 31 décembre 1986

Déjà remarquée au sein de Corbeau, Marjo continue d’apprivoiser le succès, en 1986, alors qu’elle chante qu’« on n’apprivoise pas les chats sauvages » sur son premier album solo, Celle qui va. Une autre ode à l’autonomie qui prend pour inspiration de mignonnes bêtes velues. « Faut les laisser aller comme on les laisse venir au monde », clame Marjolène Morin, qui nous « jase d’amour et de liberté ». La pièce est désignée « chanson de l’année » par l’ADISQ l’année suivante. En 2013, Les sœurs Boulay ont offert une jolie version acoustique du succès de Marjo et du compositeur Jean Millaire, à l’initiative d’Espace Musique. Le blogue Littéraire déchu propose par ailleurs une hilarante analyse des paroles.

>> Extrait de Chats sauvages, de Marjo

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>> Visionnez la vidéo des sœurs Boulay
>> Lisez l'analyse du Littéraire déchu

Et bien d’autres…
Amour de félin, d’Émile Bilodeau
Charlot, de Lynda Lemay
Chat, d’Alain Bashung
Chat, de Brigitte Fontaine
Chat, de Plastic Bertrand
Joli minou, de Joe Dassin
La métamorphose de Mister Chat, de Dionysos
Le chat, de Claude Nougaro
Le chat, de Pow Wow
Le chat, de Téléphone
Le chat de la mère Michel, auteur inconnu
Le chat de la voisine, d’Yves Montand