L’auteure-compositrice-interprète Gabriella apprivoise encore son succès partagé entre le Québec et la France. Ces jours-ci, elle présente d’un côté et de l’autre de l’Atlantique son deuxième album, Étrangère. Gabriella s’y affirme comme chanteuse pop. À sa façon.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Gabriella Laberge vit entre son Québec natal et la France. Si sa carrière a débuté bien avant son passage à The Voice (l’équivalent français de La voix), elle a vraiment pris son envol depuis que la chanteuse et musicienne a été repêchée par Mika dans le populaire concours télévisé, en 2016.

Il y a eu cette reprise de The Scientist, de Coldplay, qu’elle a interprétée aux auditions à l’aveugle, en s’accompagnant de son violon. La vidéo de sa prestation a été vue 47 millions de fois sur YouTube à l’heure qu’il est. Gabriella ne s’est pas rendue en finale, mais cela n’a pas été nécessaire : au moment où elle a été éliminée, elle était connue du public français.

Si bien que la maison de disques Polydor l’a recrutée dans ses rangs. L’auteure-compositrice-interprète avait déjà ses attaches au Québec, avec La Tribu. Sous ces deux étiquettes, Gabriella a simultanément présenté son album Étrangère, hier. Pour le Québec, ce sera son deuxième disque. En France, où on ne la connaissait pas avant The Voice, il s’agit de son premier essai.

Mais c’est la sortie québécoise qui la rend la plus fébrile. « Ce sont des gens que je connais, c’est ma culture », dit la jeune femme de 26 ans. Elle connaît les « gens », ici, parce qu’elle a déjà donné près de 200 concerts sur le sol québécois depuis la parution de son premier album, The Story of Oak & Leafless, en 2015. « Je me suis fait un public, surtout par le bouche-à-oreille », raconte-t-elle.

Le Québec, puis la France

En ce qui concerne l’auditoire français, déjà partiellement conquis, il faudra finir de le convaincre. L’approche ne sera pas la même sur les deux territoires. Les concerts au Québec et en France ne seront pas tout à fait similaires, puisqu’elle veut présenter ses anciens titres aux Québécois. 

Et puis, le rapport au public n’est pas le même. 

Au Québec, je vais dans la salle, j’interagis avec les gens parce que je n’aime pas être mise sur un piédestal. Mais ce que je perçois en France, c’est qu’ils aiment que tu sois inatteignable.

Gabriella

L’artiste ne sait pas encore si elle va jouer la carte de l’inaccessibilité en France, au cours de sa tournée européenne qui débutera le 25 novembre.

Avant de s’envoler pour le Vieux Continent, elle commencera par faire un petit tour du Québec. C’est ici qu’elle vit principalement et c’est ici qu’elle souhaite d’abord présenter son travail.

Au moment où nous la rencontrons, dans les bureaux de La Tribu, rue Saint-Denis, elle a déjà fait une quarantaine de va-et-vient entre le Québec et la France. Ces quatre dernières années, elle a passé beaucoup, beaucoup de temps en avion, dit-elle. 

Celle qui vient d’ailleurs

Cette dualité en la France et le Québec, elle se transpose dans beaucoup d’autres aspects de la carrière musicale de Gabriella. Jusqu’au titre de son album, Étrangère, qui est aussi le nom de la première chanson du disque. Elle y raconte le fait d’être toujours perçue comme celle qui vient d’ailleurs lorsqu’elle est en France.

À Paris, elle a « un appartement, un copain et un chat », raconte-t-elle. Elle s’y sent à la maison. « Mais on me rappelle tout le temps que je suis étrangère. »

En créant son album, son intention était de rendre sa sonorité accessible (et appréciable) aux deux publics qu’elle veut rejoindre. Une partie de la création s’est faite au Québec, avec le réalisateur Christian Sbrocca (qui a collaboré avec Annie Villeneuve et Marilou). Puis, direction la France pour y ajouter une touche pop française, avec l’aide de William Rousseau (qui a notamment composé pour Roch Voisine).

Son premier album était exclusivement en anglais. Cette fois, elle mélange l’anglais et le français. « J’avais toujours composé en anglais, donc, au début, ce n’était pas naturel, reconnaît-elle. J’ai joué le jeu, j’ai découvert Christine and the Queens et Angèle. Et j’ai vu que le français est très rythmique. L’anglais est plus [mâché]. Mixer les deux, c’est l’idéal. »

Redécouvrir le violon

Le son d’Étrangère est différent par la pop franche qui y a été insufflée, mais aussi par le violon, dont Gabriella s’est servie comme jamais auparavant. Son instrument se fait entendre sur la plupart de ses chansons depuis son premier album. Quand elle est montée pour la première fois sur la scène de The Voice, c’était violon à la main.

« J’ai toujours joué de façon ultraclassique. Stan [Steff, troisième réalisateur du disque] m’a dit qu’on allait l’explorer différemment, en tapant dessus, en utilisant le pizzicato [en pinçant les cordes], en allant explorer les sonorités », raconte Gabriella.

Consciente d’être perçue comme « la fille au violon », elle sait que celui-ci lui permet de se distinguer. Avec cet album, elle redécouvre cet instrument dont elle joue depuis 20 ans, dit-elle. Gabriella veut aussi « montrer que le violon n’est pas juste classique », qu’« on peut en faire des choses plus rock ».

Gabriella espère que le public aimera son album. En même temps, elle est lucide : s’il y avait un temps pour angoisser, c’était durant les trois années de création.

« Maintenant, c’est un peu comme à la fin d’un marathon : à la ligne d’arrivée, tu es soulagé, tu es content que ce soit fait », illustre-t-elle. Soulagée, Gabriella se compte avant tout chanceuse de pouvoir partager cette musique.

IMAGE FOURNIE PAR LA TRIBU

L’album Étrangère de Gabriella