Énergie rock, pulsation funk et envies presque disco, le groupe Imarhan, invité au Festival international Nuits d’Afrique, ouvre grand les horizons du blues du désert popularisé par Tinariwen et Bombino. Un peu beaucoup grâce à son sixième membre non officiel : YouTube.

Alexandre Vigneault Alexandre Vigneault
La Presse

« On fait partie d’une génération très connectée », dit Iyad Ag Ibrahim, alias Sadam, leader du groupe de Tamanrasset, dans le sud de l’Algérie. Là-bas, en plein Sahara, il fait comme tous les jeunes de la planète : il passe « beaucoup de temps » à écouter de la musique sur YouTube. Qui ? Quoi ? Il ne retient ni les noms ni les étiquettes. Juste l’essentiel : des sonorités et des grooves qu’il fond dans l’hypnotique musique traditionnelle touareg.

Imarhan fait partie de cette nouvelle génération qui porte et modernise cette musique qu’on appelle ici le « blues du désert ». « Avec Tinariwen et Bombino, on fait tous partie de la même famille, estime Sadam. D’abord parce que les Touaregs se considèrent comme une grande famille et que notre musique partage la même origine, ce qu’on appelle la musique assouf. La seule différence, c’est que chacun amène un style qui le différencie un peu des autres. »

Sadam a 28 ans. Il a appris la guitare vers 12 ans. « On est tous autodidactes », précise-t-il au sujet des membres d’Imarhan. Avant de mettre les doigts sur une vraie six-cordes, que ses amis et lui partageaient, il s’était fait de la corne aux doigts sur un instrument bidouillé à l’aide d’un bidon de plastique sur lequel il avait tendu des cordes.

« C’était dur, parce qu’on n’avait pas facilement accès à des instruments. On écoutait de la musique sur des cassettes et on apprenait à l’oreille. On avait cette volonté de rejouer ce qu’on entendait. »

Sadam, leader d’Imarhan

Le musicien a appris à la dure, mais il est devenu un guitariste au phrasé éloquent, capable de pincements délicats et de poussées rock aux contours sinueux emballants. Il a le mojo, quoi.

Rénover la tradition

La musique assouf est profondément inscrite dans la culture touareg. « La musique, dans notre communauté, c’est un peu comme le football pour les Brésiliens », illustre le guitariste, qui s’est fait l’oreille lors des baptêmes, mariages et autres cérémonies qui marquent les passages de la vie. Il y a une guitare « dans tous les foyers », selon lui. Et une fierté collective, assure-t-il, à voir des musiciens mettre cette tradition au goût du jour.

« Tinariwen a fait le tour du monde, alors ça fait rayonner la musique touareg », estime Sadam. Sa bande et lui entendent bien porter le flambeau. En bousculant encore plus la tradition, s’il le faut. Pas tant sur le plan rythmique : les motifs répétitifs sont en général tissés par des percussions traditionnelles (le tendé, notamment) et des claquements de mains. L’innovation s’entend surtout dans le jeu de guitare, le timbre et les emprunts bien dosés au funk, voire au rock psychédélique.

« C’est une musique de trip, guidée par l’échange d’énergie. »

Sadam, du groupe Imarhan

Le son d’Imarhan n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd : internet, média qui a nourri le groupe, lui a aussi permis de se faire connaître bien au-delà du Sahara. Sadam et sa bande se produisent en effet régulièrement en Europe depuis plusieurs années, après avoir été remarqués grâce à un enregistrement fait en Italie et diffusé sur YouTube. Le guitariste s’en réjouit, mais souhaite que cette reconnaissance à l’étranger se répercute un jour chez lui.

« On n’est pas connus en Algérie. Notre public se trouve à l’extérieur du pays. On aimerait aller jouer plus dans le nord [de l’Algérie], faire des tournées chez nous, dit-il. Il y a quelque chose qui manque quand un artiste n’est pas reconnu à la maison. » D’ici là, c’est avec le public montréalais que la connexion se fera.

Au Théâtre Fairmount, ce soir, 20 h