La Belgique n'est pas réputée pour son ciel bleu. Mais le temps était exceptionnellement beau, hier soir, pour la première de la nouvelle tournée mondiale de Leonard Cohen, place Saint-Peters à Gand, un concert d'une rare longueur: presque quatre heures.

Publié le 13 août 2012
Jean-Christophe Laurence LA PRESSE

Disons-le: on ne s'attendait pas à un retour sur scène aussi rapide, Cohen ayant tourné quasiment sans relâche de 2008 à 2010. Mais avec un tout nouveau disque sous le bras (Old Ideas, paru en janvier), le chanteur de 77 ans pouvait difficilement rester loin des projecteurs. Personne ne s'en plaindra.

Et le concert? Impeccable. Généreux. Parfois émouvant.

Arrivé à l'heure, Cohen commence tout doucement son tour de chant. Il fait encore jour, l'homme de la nuit n'a pas encore trouvé ses repères. Chapeau sur la tête, les deux mains sur le micro, il brise la glace avec Dance Me to the End of Love. Terrain connu. Puis il joue ses dernières chansons, Amen, Darkness et Going Home, avant de revenir aux incontournables Bird on the Wire, Everybody Knows et Who by Fire. Le ton est donné: même s'il a un nouveau disque à «ploguer», l'auteur-compositeur ne sera pas avare de classiques.

Le public tarde pourtant à réagir. Huit mille personnes silencieuses écoutent leur prophète avec une révérence qui touche à l'apathie. Vrai que les concerts en plein air ne sont pas propices aux murmures et à l'intimité. Mais Cohen reste patient. «Le soleil se couche sur les arbres. Bientôt, nous serons seuls, vous et moi», lance-t-il avant de conclure la première partie avec Come Healing et Different Sides, deux titres de Old Ideas.

Une heure de rappel

Au retour de l'entracte, le soir est tombé et le chansonnier peut briller. C'est l'heure des confidences. Seul au clavier, puis à la guitare, Cohen interprète Tower of Song, Suzanne et Crazy To Love You. La foule réagit de plus en plus. Puis son groupe le rejoint sur scène pour une montée en crescendo: Heart With No Companion, The Gipsy's Wife, The Partisan, Democracy, I'm Your Man, Take this Waltz. Avec Hallelujah, la communion bat son plein.

Le plaisir de Cohen est palpable. Les yeux fermés, parfois à genoux, il donne sans compter. Le rappel dure ainsi près d'une heure. Après Marianne et First We Take Manhattan, on pourrait croire que l'affaire est réglée. Mais ce n'est que le début. Le chanteur poursuit avec Famous Blue Raincoat, Closing Time, I Tried to Leave You, Save the Last Dance for Me, Sisters of Mercy et Waiting for the Miracle. Gand savoure son privilège.

Généreux dans son offre, Cohen l'est aussi pour son groupe de neuf musiciens et choristes. Chacun a droit à son moment, sous le regard admiratif du chanteur.

Ici, le guitariste Javier Mas égrène ses fantastiques solos à l'espagnole. Plus loin, le violoniste moldave Alexandru Bublitchi fait dégouliner son violon tzigane. Puis les trois choristes brillent tour à tour. Les soeurs Webb interprètent deux chansons du maître (Coming Back to You, If It Be Your Will) à la guitare et à harpe. Enfin,la vieille complice Sharon Robinson interprète Alexandra Leaving, adaptation cohenienne d'un poème grec. À notre avis le maillon faible du concert, qui tombe soudain dans la guimauve.

Un détail, du reste, dans une soirée impeccable. Incarnation de l'élégance, Cohen a imposé son univers, au rythme du jour qui tombe. Plus en douceur qu'en amertume, son concert est d'une rare profondeur, loin du vacarme et de l'éphémère du monde moderne.

Reste à voir ce que ça donnera les 28 et 29 novembre au Centre Bell et le 2 décembre au Colisée Pepsi de Québec.