«Trop souvent, on essaie de voir tout un genre musical à travers la meurtrière», regrette Nicolas Boulerice, un des multi-instrumentistes de Vent du Nord.

Paul Journet LA PRESSE

Ce genre qui souffre d'une vision étroite, c'est la musique traditionnelle. Selon lui, beaucoup d'artistes lui accordent un statut particulier, comme si elle existait en marge des autres musiques. Ce qui risque de mener à sa fossilisation. «C'est vrai que le traditionnel est indissociablement lié à notre identité et qu'il faut le préserver, modère Boulerice. Mais on s'y prend mal. On veut reproduire quelque chose de figé à une autre époque. Plus le temps avance, plus cette musique risque de s'éloigner de nous. Jusqu'à ce qu'elle finisse par ne plus nous toucher.»

Sur le dernier disque de Vent du Nord, ces innovations s'entendent notamment dans les timbres. Le groupe enrichit l'instrumentation habituelle du trad avec son omniprésente vielle à roue, et aussi avec ses bouzoukis et slide bouzoukis, ses accordéons à deux rangées et ses violons accordés à la celtique ou à l'ancienne.

«Vent du Nord, c'est un groupe acoustique et sans percussions qui réussit quand même à rocker. Ça ne ressemble en rien au folk joué il y a 20 ans. Et ça me rentre directement dans le plexus», dit le conteur et chanteur Michel Faubert.

C'est à lui que le quatuor de Lanaudière a confié la mise en scène de son nouveau spectacle. «Michel a le double regard que nous cherchons, justifie Boulerice. Il joue du traditionnel et il connaît très bien le genre. Et en même temps, il a du recul. Il participe à des projets musicaux très différents.» Par exemple, Faubert a déjà travaillé avec Michel Langevin de Voivod, Jérôme Minière et plusieurs autres artistes du champ gauche.

L'histoire, terrain miné

Faubert insiste: on devrait écouter de la trad «comme on écoute du Radiohead». Pour apprécier de la bonne musique, simplement. Pas pour visiter un musée déformé par nos lunettes folkloriques.

Comment le constatera-t-on mercredi à La Tulipe? La mise en scène et les éclairages (Pyer Desrochers, qui a déjà travaillé avec Bashung) miseront sur les petits détails. Pour le reste, Faubert préfère garder la surprise. «Ce qui est certain, c'est qu'on va laisser plus de place aux textes», annonce-t-il.

Ce que Vent du Nord peut rarement se permettre. Car 90% de ses spectacles sont présentés à l'étranger, devant un public non francophone. Les textes, comme les musiques, sont autant des compositions que des extraits du répertoire. Les paroles de La part du feu sont probablement les plus politiques du groupe. Deux bons exemples: Octobre 1837, sur le Parti patriote formé de Canadiens, d'Irlandais et d'Anglais qui dénonçaient les nobles d'Angleterre. Et aussi Montcalm, qui parle de la victoire du général à la bataille de Carillon, en 1758, avant sa célèbre défaite.

«L'histoire est devenue un terrain miné au Québec, lance Boulerice. C'est rendu presque audacieux d'en parler. Regarde l'histoire du Moulin à paroles. Je pense que ce n'est pas normal...»

Vent du Nord, avec invité Grüv'N'Bass, à La Tulipe, le 20 janvier, 20 h.