Fleetwood Mac revient à Montréal sans un nouvel album à vendre. Pour une fois, Stevie Nicks, Lindsey Buckingham, Mick Fleetwood et John McVie ne joueront que leurs grands succès, qu'ils ont pondus en quantité industrielle, que les chansons que leurs fans veulent entendre. Et ils en sont fort aise.

Alain De Repentigny LA PRESSE

Le 10 février dernier, les quatre membres du Fleetwood Mac version 2009 étaient tous en ligne pour une téléconférence interminable à laquelle participaient des journalistes de partout au Canada et aux États-Unis. Du Fleetwood Mac classique - le groupe a eu plusieurs vies - qui a accouché en 1977 de Rumours, album pop parfait et un des meilleurs vendeurs de l'histoire, il ne manquait que Christine McVie, qui a tiré sa révérence à la fin des années 90.

 

Ils étaient au bout du fil tous les quatre pour parler de leur tournée Unleashed qui s'arrêtera au Centre Bell mercredi prochain, mais à vrai dire, le bassiste John McVie a balbutié quelques mots sans intérêt et le batteur Mick Fleetwood a surtout répondu aux questions historiques et industrielles, parfois avec une touche d'humour typiquement britannique. Quand Stevie Nicks a raconté qu'en retrouvant Fleetwood Mac, ça lui faisait du bien de ne plus être la patronne incontestée, celle qui décide de tout dans sa carrière solo, Fleetwood n'a fait ni une ni deux: «Maintenant, c'est moi le patron!»

Ce qui n'est pas faux. Si Fleetwood n'est pas le patron de ce groupe aux fortes personnalités, il est en tout cas, avec John McVie, le seul membre fondateur restant du groupe de blues des années 60. Avec une modestie qui l'honore, Fleetwood nous a dit cet après-midi-là que McVie et lui, qui ont donné leur nom au groupe en 1967, ont été la base essentielle qui a permis aux artistes qui se sont joints à Fleetwood Mac au fil des ans d'exprimer leur talent. On pense au génial guitariste de blues Peter Green, au talentueux chanteur de soft-rock Bob Welch, en passant par Madame McVie jusqu'au couple de jeunes inconnus qui a élevé Fleetwood Mac au rang des superstars de la musique pop-rock: Stevie Nicks et Lindsey Buckingham.

Quand Lindsey est de bonne humeur...

Les journalistes voulaient surtout entendre Nicks et Buckingham, et ils n'ont pas été déçus. Nicks a raconté qu'elle avait dessiné son «uniforme» de gipsy à 28 ans alors qu'elle venait de prendre trois kilos en trois mois, justement pour pouvoir porter ses vêtements de scène amples jusqu'à 60 ans - elle aura 61 ans en mai.

Les deux ex-amants n'ont pas non plus cherché à cacher que leur relation, si elle n'est plus aussi tumultueuse aujourd'hui, demeure fragile.

Nicks a reconnu qu'elle était catastrophée quand elle est devenue la seule femme du groupe après le départ de Christine McVie. Le printemps dernier, elle a même invité Sheryl Crow à se joindre à Fleetwood Mac; Crow a refusé. «J'ai dit à Sheryl: «Tu as pris la bonne décision. Tu as un petit bébé. Tu as survécu au cancer du sein et à Lance Armstrong. Je ne pense pas que ce soit la bonne chose à faire pour toi, Sheryl.» «

De toute façon, Nicks a ajouté qu'elle n'a plus besoin d'intermédiaire entre elle et Buckingham: «Si Lindsey et moi ne pouvons régler nos problèmes nous-mêmes, aussi bien jeter l'éponge. (...) Et c'est bien certain qu'aucune autre personne ne peut le faire à notre place.» Plus tard, elle a dit: «Lindsey est d'une bonne humeur incroyable depuis le début des répétitions, le 5 janvier. Et quand Lindsey est de bonne humeur, tout le monde est de bonne humeur.»

Rien à réinventer

À en croire les critiques louangeuses parues depuis le début de cette tournée, la chimie entre Nicks et Buckingham n'a pas été aussi bonne depuis une éternité et ça crève les yeux sur scène. Sans doute que le fait de partir en tournée sans un nouvel album dans leurs bagages y est aussi pour quelque chose.

«Ça nous enlève un peu de pression parce que nous n'avons pas à réinventer quoi que ce soit cette fois, de dire Buckingham. (...) Et ça nous permet d'avoir un peu plus de plaisir qu'on en aurait normalement.»

Buckingham parle en connaissance de cause. Du plaisir, il n'en avait plus quand Fleetwood Mac est parti en tournée en 1987 et qu'il s'est arrêté au Forum. Le guitariste-chanteur s'était donc désisté et on l'avait remplacé par deux musiciens, Rick Vito et Billy Burnette, certes compétents, mais incapables de faire oublier le grand absent. Ce soir-là, quand Vito et Burnette se sont lancés dans Oh Well de Peter Green, c'était même un peu pathétique.

Mercredi prochain, Nicks, Buckingham, Fleetwood et McVie seront accompagnés de deux autres musiciens et trois choristes. Ils feront Oh Well, ils nous serviront aussi Say You Love Me de Christine McVie, en sachant toutefois qu'il y a suffisamment de chansons immortelles dans le répertoire de Nicks et Buckingham pour meubler les 2 heures et 20 minutes que durera le spectacle.

Fleetwood Mac, au Centre Bell, le 25 mars, 20h.