Il aura 20 ans en janvier prochain et... il est parmi les recrues vers lesquelles pointent les projecteurs. Né d'une famille caribéenne émigrée à Brooklyn, Jo-Vaughn Virginie Scott a commencé tout jeune dans le rap. Il s'est d'abord surnommé JayOhVee; il a ensuite choisi le pseudo Joey Bada$$. Selon l'Urban Dictionary, «badass» signifie «ultra-cool motherfucker». Il n'y a donc pas lieu de s'inquiéter!

Alain Brunet LA PRESSE

Relayée par YouTube en 2010, une performance free-style du jeune homme a attiré l'attention de Jonny Shipes, président du Cinematic Music Group. Pro Era, collectif hip-hop auquel l'artiste participait et dont il était le membre le plus éloquent, a signé un contrat avec la boîte. Deux ans plus tard, Pro Era lançait les mixtapes The Seccs Tape et PEEP: The APROcalypse. Pendant cette période, un des membres du collectif, Capital STEEZ, passa à une autre dimension - étrange suicide, a-t-on rapporté sur la Toile...

En juin 2012, Joey Bada$$ a sorti un mixtape intitulé 1999, suivi de Rejex la même année. En juillet 2013, il a triomphé avec Summer Knights, mixtape très fort pour un kid de 17 ans. On pouvait y entendre les beats de réalisateurs respectés, dont DJ Premier. L'influence de ce dernier y est plus que limpide.

Summer Knights puise dans le meilleur du hip-hop des années 90; «sweet dreams stocked in the nineties», dit la chanson. On en déverse quelques cuillerées dans une casserole où mijote un soul food pas piqué des vers. R&B, reggae, jazz, électro se fondent dans ce hip-hop, le flow gravissime et enroué de Joey Bada$$ se cale magnifiquement dans le beat.

L'album d'une vie

Au sein de la communauté hip-hop, on estime que B4.Da.$$ (lire «before the money»), premier véritable album du rappeur dont la sortie est prévue à l'automne, est l'un des plus attendus de l'année. Des noms de réalisateurs circulent sur les sites spécialisés. Bada$$ pourrait même y reprendre un beat de feu J Dilla, mais aussi travailler auprès des vivants tels Madlib ou son plus proche collègue, Statik Skeletah, qui est son DJ de tournée.

«Toute ma vie s'y trouvera, tout ce sur quoi je travaille depuis mes débuts. Je suis très enthousiaste, raconte le jeune MC, joint en Floride il y a quelques jours. Aujourd'hui même, j'ai eu une séance d'enregistrement avec DJ Premier. C'est mon mentor; j'ai appris énormément de choses de lui. Il m'a fourni les bases du hip-hop.»

En pleine éclosion, Joey Bada$$ n'est certes pas un champion du discours sur la création, se limitant à des généralités sur l'instrumentation et l'écriture. Quoique...

«J'aime autant travailler avec des machines qu'avec des instruments. L'idée est de mélanger tout ça. Je n'ai jamais joué professionnellement avec un groupe sur scène; je le ferais volontiers.»

«Mes textes? Ils recoupent plusieurs sujets. Essentiellement, ce sont des réflexions inspirées de mon quotidien. À travers l'expérience d'une seule journée, on peut voir le monde sous un autre angle. Plusieurs choses me trottent dans la tête, mais je ne crois pas qu'un sujet particulier l'emporte.»

À l'âge qu'il a, Joey Bada$$ ne tient pas à se situer dans l'histoire du hip-hop.

«Bien sûr, j'ai écouté Tupac, Notorious B.I.G., Jay Z, comme tous les artistes hip-hop. Je suis de cette tradition. Mais j'aspire aussi à avoir mon truc. On me compare à plusieurs artistes des générations précédentes; c'est un honneur pour moi, j'en suis très flatté. C'est cool, mais il faut réaliser que je suis en train de construire ma propre affaire, mon propre monde, mon propre nom. Je me vois en train de monter, de grandir. Plusieurs artistes m'invitent à collaborer avec eux - Big K.R.I.T., Smoke DZA, Schoolboy Q, etc. Tout ça est en train de germer.»

À l'évidence, Joey Bada$$ profite d'une conjoncture favorable à son endroit, mais aussi à la relance du hip-hop de manière générale.

«Déjà, faire de la musique à temps plein est très gratifiant, estime-t-il. Je sens que le hip-hop intéresse plus que sa communauté en ce moment. Plusieurs excellents artistes se produisent à votre festival [ndlr: Osheaga], c'est ce que j'ai pu lire en tout cas. Le hip-hop fait vraiment partie de la grande affaire.»

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Sur la scène des Arbres, au parc Jean-Drapeau, samedi, 21h45