Je suis déjà rendu à l’épisode 7 de la deuxième saison d’Euphoria, que Crave égrène à raison d’une tranche d’une heure tous les dimanches (en anglais) et mardis (en français). Je reconnais ici l’ampleur de mes privilèges sur le territoire non cédé de mon salon de Rosemont.

Publié le 19 janvier

Cette série sur la toxicomanie adolescente est capable du meilleur comme du pire. Le meilleur : la facture visuelle hyper soignée, la façon inventive et brutale de mettre en scène la descente aux enfers de l’héroïne Rue (épatante Zendaya) ainsi que la représentation très crue de l’hédonisme tragique dans lequel s’enfoncent ces ados aussi dégourdis qu’engourdis.

C’est à la fois superbe, enivrant et déprimant. Glauque, aussi. On regarde un seul plan et on sait tout de suite que nous entrons dans Euphoria avec ses maisons de banlieue surchargées aux murs en bois brun.

Et il y a maintenant un look Euphoria : maquillage pailleté et coloré autour des yeux, vêtements trop amples ou super révélateurs, ça oscille entre le porno-chic et le négligé étudié.

Le pire d’Euphoria, maintenant : cette accumulation d’effets de style relègue au second plan le jeu brillant des jeunes acteurs de cette télésérie de HBO. Il y a tellement de musique, de mouvements de caméra, de narration superflue et de déconstruction du récit qu’on finit par perdre le fil de l’histoire. En enlevant une épaisse couche de crémage sur le gâteau, Euphoria goûterait la même chose.

Mais en même temps, que serait Euphoria sans tous ces excès ? Les scénaristes ont vissé l’abus au centre des intrigues. Plus sombre et violente, la deuxième saison reprend la veille du jour de l’An, peu de temps après la rupture entre Rue et sa copine Jules (Hunter Schafer), qui a sauté dans un train pour disparaître au bout du chemin. Insérez ici une séquence de party rempli de fumée de vapoteuse, d’effluves de pot et de poudre de pilules, entrecoupée avec des images de pénis. Sans blague. Pas de tabou avec la nudité frontale masculine dans Euphoria.

PHOTO FOURNIE PAR HBO

Rue et Jules (Zendaya et Hunter Schafer) dans une scène d’Euphoria

Rue, qui a 17 ans, part en vrille. Elle s’aliène tous ses amis et joue quasiment dans un film de Quentin Tarantino. Il y a un épisode particulièrement exaspérant – mais brillant – où Rue, en sevrage d’opioïdes, fuit la police, effectue un cambriolage et frappe à la porte de tous les revendeurs du quartier. La scène de confrontation avec sa mère, qui dure 15 minutes, est bouleversante, à la limite du tolérable. C’est du lourd.

En excluant Rue, sa copine Jules et leur nouvel ami polytoxicomane Elliot (Dominic Fike), Euphoria s’intéresse moins aux autres camarades de l’école East Highland et c’est dommage. Il s’établit un lien intrigant entre Lexi (Maude Apatow), la jeune sœur responsable de Cassie (Sydney Sweeney), et le trafiquant Fezco (Angus Cloud, un de mes préférés), qui mériterait un épisode complet.

Le triangle amoureux qui se dessine entre Nate (Jacob Elordi), Cassie et Maddy (Alexa Demie) bouffe trop de temps d’antenne, et on s’ennuie du personnage de Kat (Barbie Ferreira), qui a perdu sa vivacité en une saison. Gaspillage.

Plus la saison progresse, plus elle se transforme en film de gangster. Le père de Nate joué par Eric Dane, alias McSteamy dans Grey’s Anatomy, s’enfonce autant que son fils, et un long retour en arrière jette un éclairage différent sur ce personnage de vilain.

Visuellement, Euphoria demeure la plus belle télésérie en ondes présentement. Et même si c’est parfois crispant, ça reste la meilleure télésérie d’ados de 17 ans campée par des acteurs qui en ont dix de plus.

Salut, bonhomme !

Je n’étais pas emballé par la description, sur papier, de la comédie La confrérie de Noovo. Une affaire de société secrète autour du Bonhomme Carnaval à Québec, non merci, ça m’intéressait pas mal moins qu’une poutine Ashton sauce piquante, extra saucisses, miam.

PHOTO FOURNIE PAR NOOVO

Pierre-François Legendre et Guillaume Cyr dans la série La confrérie

Après la diffusion de deux premiers épisodes, les lundis à 19 h 30 sur Noovo, force est d’admettre que c’est vraiment intrigant et original. On y suit Simon (Pierre-François Legendre), un propriétaire de casse-croûte à la vie rangée, qui renaît, en quelque sorte, quand son meilleur ami Patrice (Guillaume Cyr) lui demande de le remplacer dans le costume du Bonhomme des neiges. Cette opération mascotte doit rester top secrète, ce qui cause plusieurs imbroglios.

En enfilant les habits blanc et bleu du Bonhomme, le bon Simon déclenche une série d’évènements loufoques qui rappellent l’humour noir de la série Fargo. Sa conjointe fonctionnaire à la Ville de Québec, interprétée par Isabelle Blais, met elle aussi le bras dans l’engrenage et son couple éteint reprend de la vigueur en eau froide.

Vraiment, c’est rigolo et intelligent. La distribution de La confrérie comprend également Guillaume Lambert, Romane Denis, Alexandre Goyette et Florence Longpré. Tournée à Québec, cette série commence royalement, par un grand et joyeux déploiement !