Avec des épisodes intitulés « Ma BFF a tenté de me tuer », « Le colocataire diabolique » et « Le propriétaire meurtrier », allô, c’était 100 % certain que j’allais me jeter dans la minisérie de crime réel Un bail en enfer, qui s’accroche aux premières places du palmarès de Netflix depuis deux semaines.

En anglais, le titre de la série en révèle davantage sur l’univers lugubre qui nous terrorisera pendant quatre heures : Worst Roommate Ever. Pire coloc du monde. Dans le sens que le partage d’une maison se termine toujours avec un assassinat crapuleux, de la torture d’animaux ou l’empoisonnement avec des bactéries résistantes aux antibiotiques achetées sur le dark web. Juste ça.

J’insiste : toutes ces histoires sont vraies et assemblées comme un film d’horreur, ce qui n’étonne pas, car le producteur de la minisérie, Blumhouse, a manufacturé des classiques de l’épouvante comme Get Out, Paranormal Activity et M3gan.

Et, contrairement aux productions de « true crime » plus classiques, basées sur des enquêtes journalistiques sérieuses, Un bail en enfer embrasse totalement son côté scabreux et scandaleux. Son approche tape-à-l’œil se calque davantage sur celle d’un tabloïd de type Caméra 89, mais avec un contenu vraiment plus fouillé.

Le résultat ? De la télé accrocheuse, parfois racoleuse et d’une efficacité redoutable. On enclenche le premier épisode et on embarque dans un enchaînement continu de « voyons donc, quel @$#%* de psychopathe » ou « sauvez-vous, mes chéris, avant de finir tronçonnés dans une valise » !

Netflix propose deux saisons d’Un bail en enfer, offertes en français et en anglais. Pas besoin d’avoir vu la première pour comprendre la deuxième et vice-versa. Chacun des chapitres se divise en épisodes bouclés, qui racontent des récits contemporains tellement abracadabrants et épouvantables qu’ils ont l’air d’avoir été écrits par des scénaristes professionnels.

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Les colocataires toxiques Janie et Rachel dans Un bail en enfer

J’ai englouti la deuxième saison, plus percutante que la première, en une seule soirée, ciao, bye. Le premier épisode (« Ma BFF a tenté de me tuer ») s’intéresse à Rachel, une blonde ambulancière qui élève seule son enfant autiste et emménage à Salt Lake City avec une de ses amies, la brune Janie Ridd. La relation toxique entre les deux femmes s’étirera sur une période de 25 ans, jalonnée par des infections mystérieuses à répétition, des guerres devant les tribunaux et une enquête du FBI à propos de l’achat d’une arme bactériologique, en 2020.

Le deuxième épisode (« Le colocataire diabolique ») est enrageant et se déroule en banlieue de Palm Springs. Une sympathique retraitée, Anita, n’arrive plus à joindre les deux bouts et publie une annonce pour louer deux des chambres de sa coquette résidence, propre et entretenue avec soin.

Plusieurs chambreurs bizarres s’y succéderont, dont Darrell, travailleur fraîchement divorcé et propriétaire de trois chats, ainsi que l’avocat gai Scott Pettigrew, un homme charismatique au tempérament orageux.

La pauvre Anita, une dame sans histoire, n’a aucune idée du drame – et du bordel généralisé – qui lui pend au bout du nez. Les chats disparaîtront (euphémisme), quelqu’un aboutira injustement en prison et un des résidants sera battu à mort, puis abandonné dans la piscine creusée.

Le troisième épisode (« Pas de fumée sans feu ») est le moins prenant d’Un bail en enfer 2. Nous y faisons la rencontre d’une jeune veuve de Colorado Springs, Tammy Fritz, qui héberge le meilleur ami de son défunt époux, le militaire James « Bo » Bowden.

Les premiers mois se déroulent de façon harmonieuse, sans acte suspect. Puis, James Bowden commence à perdre la carte après avoir bu des cocktails avec Tammy. Un incendie se déclare dans la chambre de Bowden et il subit une attaque sauvage à coups de bâton de baseball, qui le plonge dans le coma. Pourquoi, exactement ?

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La reconstitution des crimes d’Un bail en enfer se fait à l’aide de courtes bandes dessinées.

Au quatrième épisode (« Le propriétaire meurtrier »), on a l’impression de visionner le film super glauque de la vie du dépeceur Luka Rocco Magnotta, transposé en banlieue de Seattle.

Ça commence avec de véritables vidéos publiées sur TikTok, au printemps 2020, où trois ados découvrent des valises flottant près du rivage. À l’intérieur, des morceaux de corps humains. Une tête, un pied. À qui appartiennent ces restes ?

Le récit remonte rapidement à Michael Dudley, un sexagénaire en apparence « sain d’esprit », qui a cependant dormi trois jours avec le cadavre de son chien, avant de l’entreposer dans le congélateur de la cuisine. Ce même Michael accueillait des clients dans son Airbnb, dont deux jeunes toxicomanes, qui ne pensaient pas partir pour un voyage aussi barbare.

La reconstitution des crimes d’Un bail en enfer se fait à l’aide de courtes bandes dessinées, ce qui surprend au départ, je l’admets. Mais le procédé fonctionne bien et s’avère plus captivant que si des acteurs avaient rejoué les scènes les plus sordides.

Ma consommation frénétique de documentaires criminels m’amène à me poser des questions – oui, ça m’arrive de faire de l’introspection, mais pas trop souvent – sur le plaisir pernicieux que nous procure le malheur d’autant de gens souffrants.

Manquerions-nous d’empathie ? Deviendrions-nous insensibles et habitués à toute cette violence ? Notre curiosité morbide écraserait-elle nos scrupules personnels ?

La télévision montre presque toujours la colocation comme une source de joie et d’imbroglios sympathiques. Pensons à Catherine, Friends, Will & Grace, The Big Bang Theory, Le chalet ou New Girl.

Après avoir vu Un bail en enfer, vous aurez le goût de vivre seul à jamais, sans animal de compagnie, sans piscine creusée et sans congélateur.