Après des années marquées par de nombreux changements d’orientation et une situation financière contraignante, CIBL, la radio communautaire de Montréal, retrouve son ADN. La fréquence du 101,5 veut être la voix des Montréalais, de tous les Montréalais.

Publié le 17 juin 2021

Je vous ai souvent parlé de CIBL, de ses hauts et de ses bas, mais surtout de sa façon de combattre les bas. Une radio communautaire, dans une ville comme Montréal, c’est David contre une armée de Goliath. Il n’est pas facile d’exister et de prendre sa place.

J’avoue que j’ai du mal à comprendre ça. Montréal est une ville qui fourmille de jeunes qui affichent clairement un intérêt pour tout ce qui est en marge, tout ce qui n’est pas standardisé. Et pourtant, CIBL ne fait pas partie de leurs habitudes de vie. Cette radio peine à retrouver le « buzz » qu’elle a déjà suscité dans les années 1980.

En mai 2018, j’écrivais que Jeanne Doré, qui venait de succéder à Thierry Holdrinet à la présidence du conseil d’administration, souhaitait brasser la cage et remettre sur les rails cette radio située dans l’édifice du 2-22, angle Sainte-Catherine et Saint-Laurent.

Trois ans plus tard, CIBL a une fois de plus bravé la tempête. Après une période presque exclusivement musicale, quelques vaillants animateurs ont rejoint les troupes et repris le flambeau. Tout cela sans directeur.

« Des bénévoles extraordinaires ont porté cela à bout de bras », dit Amélie Moncelet, la nouvelle directrice générale.

Cette dernière a été embauchée en novembre 2020 comme directrice des opérations, puis comme directrice générale en mai dernier. La jeune femme a une expérience en art public vivant. Elle a travaillé au festival Montréal complètement cirque et au Partenariat du Quartier des spectacles.

Un énorme travail de redressement financier a été fait afin d’aider la radio à se débarrasser de la dette qu’elle traînait depuis des années. Les revenus publicitaires liés aux publicités gouvernementales diffusées pendant la pandémie ont permis à CIBL de sortir de cette impasse.

Ces revenus nous ont aidés à accélérer les choses. Nous étions dans une remontée, et grâce à cela, nous avons pu procéder au remboursement des dettes handicapantes que nous avions.

Amélie Moncelet, nouvelle directrice générale de CIBL

CIBL devait, entre autres, 100 000 $ aux propriétaires du 2-22.

Une équipe est en train de se mettre en place. L’objectif est d’arriver avec une programmation mieux définie à l’automne. Amélie Moncelet veut proposer une programmation qui permettra à CIBL de retrouver son ADN, celui d’une radio libre qui donne la place aux voix émergentes.

« On veut offrir la parole à la communauté montréalaise dans toute sa diversité, dit Amélie Moncelet. Tout cela en mettant l’accent sur l’aspect décalé des choses. CIBL, c’est le Montréal à côté d’la track. C’est ça qu’on va tenter de refléter dans notre programmation. Si on se targue d’être la radio communautaire de Montréal, on se doit de donner la parole à tout le monde. »

Cette pluralité passe par une représentation de plusieurs communautés culturelles présentes à Montréal. Mais aussi par d’autres facettes. « Je suis heureuse de voir au sein de notre équipe des personnes très jeunes et d’autres plus âgées. Ce mélange des genres fait partie de nous. »

Fidèle à ses habitudes, CIBL bâtira sa programmation autour d’émissions musicales. Et pour cela, on entend bien embrasser tous les genres, sans exception. Ces émissions seront conçues en fonction de la personnalité et des goûts des animateurs et animatrices. Ceux-ci disposeront de beaucoup de liberté.

À l’heure des applications et de la musique en continu, cette approche est très recherchée par les auditeurs. Cette façon de faire porte d’ailleurs ses fruits avec Espace Musique, qui, en donnant davantage de corde et de place à ses animateurs, voit ses cotes d’écoute monter en flèche.

J’ai demandé à Amélie Moncelet comment elle entendait se positionner face à Espace Musique, qui poursuit le même but, celui de promouvoir la musique sous toutes ses formes. « Vous avez raison, et c’est pourquoi on réfléchit très fort à cela. Mais au-delà de la musique, CIBL a un rôle communautaire et social à jouer, il ne faut pas l’oublier. »

CIBL souhaite offrir une émission matinale. Des auditions et des entrevues ont lieu ces jours-ci afin de choisir celui ou celle qui prendra les commandes de ce créneau. Cette émission, qui bénéficiera d’une subvention du Fonds canadien de la radio communautaire, aura un caractère indéniablement « local ».

« Et elle gardera un angle fidèle à ce qu’est CIBL en donnant beaucoup de place à la culture, à la relève, aux enjeux locaux en information. »

Pour ce qui est du retour à la maison, il sera consacré à une discipline artistique distincte chaque jour (littérature, arts visuels, arts de la scène, etc.).

La direction de CIBL accueille les projets d’émissions jusqu’au 15 juillet.

Bref, si vous avez envie d’être l’une des voix du Montréal « décalé », c’est l’occasion ou jamais.

Consultez le site de CIBL