Les parents dépeints dans la nouvelle comédie Survivre à ses enfants de Radio-Canada ne détestent pas leur progéniture. Ils ne se soûlent pas au vino pour oublier les matchs de hockey à 6 h le samedi matin, pas plus qu’ils ne plantent leurs préados devant une tablette ou un jeu vidéo pour partir sur la brosse.

Publié le 16 juin 2021

Bref, il s’agit de parents modernes et aimants, parfois dépassés, mais jamais indignes. Personne ne franchit la ligne de l’ignoble comme dans La galère, par exemple. Pas besoin d’appeler la DPJ, personne n’a été maltraité sur le plateau.

En fait, je m’attendais à un ton plus grinçant dans Survivre à ses enfants, d’autant que François Avard (Les Bougon) supervise l’écriture des textes de Jean-François Léger (Les Parent, Les petits malheurs).

Les discussions avec les parents y demeurent bon enfant (alerte au gag parental ici). C’est amusant, léger et ça décroche des sourires, mais pas de gros rires, hélas. Dans ce style de comédie familiale, j’ai nettement préféré L’œil du cyclone avec Christine Beaulieu en mère de famille délicieusement acerbe.

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Mani Soleymanlou et Mélissa Désormeaux-Poulin sont au centre de la série réalisée par Louise Archambault.

Mais revenons à Survivre à ses enfants, qui sera en ligne le 22 juin sur l’Extra de Tou.tv, puis diffusé à la télé de Radio-Canada l’hiver prochain. La sitcom suit trois cellules familiales dont les parents se fréquentent depuis des dizaines d’années. Le noyau dur se compose de Nadine (Mélissa Désormeaux-Poulin) et Kamyar (Mani Soleymanlou), couple solide et uni qui a eu deux filles et deux garçons.

Leur plus vieille, Arianne (Marguerite D’Amour), âgée de 17 ans, vient d’obtenir son permis de conduire. Le plus jeune, Benjamin (Alex Dupras), 8 ans, est une bombe d’énergie, probablement TDAH non diagnostiqué. Nadine et Kamyar sont aussi les parents de Sam (Liam Patenaude), 12 ans, qui vit avec un syndrome d’Asperger, et de Jasmine (Cassandra Latreille, découverte dans Toute la vie), une ado sarcastique avec des problèmes d’impulsivité.

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Mickaël Gouin (Philippe) et Catherine Bérubé (Annie) campent le couple de jeunes parents débordés.

Mickaël Gouin (Philippe) et Catherine Bérubé (Annie) campent le couple de jeunes parents débordés. Leur bébé Édouard, 13 mois, ne marche pas encore et ils capotent. Annie est du genre anxieuse et contrôlante, tandis que Philippe est plus docile, toujours prêt à décapsuler une bière pendant un 5 à 7.

Et il y a la mère seule Josée (Anna Beaupré Moulounda), maman de la petite peste Mégane (Emma Lafrenière), 8 ans. Le personnage d’Emma est joliment détestable. Elle manipule sa mère et la sollicite constamment. C’est une tannante possédée par le démon.

Styliste de profession, Josée s’est séparée de son ex Daniel (Maxime Denommée) il y a deux ans et fréquente aujourd’hui la policière Stéphanie (Marie-Ève Perron). Évidemment que la turbulente Mégane bousillera l’harmonie entre les trois coparents.

Cette série de 13 demi-heures, réalisées par Louise Archambault (Trop), aborde des sujets qui toucheront davantage les gens qui ont élevé des enfants dans les années 2000, période où les parents sont devenus les gentils organisateurs – les fameux G.O. de Club Med – de leurs enfants.

Malgré des dialogues qui manquent parfois de tonus, Mani Soleymanlou et Mélissa Désormeaux-Poulin s’en sortent très bien. Ils sont toujours bons, peu importe la situation. Les nouveaux parents (Mickaël Gouin et Catherine Bérubé) flirtent souvent avec le cliché. Ils mériteraient une petite réécriture.

Le personnage de Josée est super intéressant, sauf que son interprète semble hésiter entre un jeu burlesque ou naturel. Il y a des ruptures de ton. C’est d’ailleurs une des faiblesses de Survivre à ses enfants : les inégalités. Tant dans les répliques que dans l’interprétation.

Et il y a des scènes où la distanciation physique paraît beaucoup. En comparaison, dans la série Après avec Karine Vanasse, tournée par Louis Choquette dans les mêmes conditions, on n’y voit que du feu.

Les meilleurs moments de la sitcom se passent quand elle s’extirpe du carcan « politiquement correct ». Par exemple, quand Nadine (Mélissa Désormeaux-Poulin) pète sa coche après un match de ringuette de sa fille Jasmine (Cassandra Latreille), c’est savoureux. Ou quand Josée (Anna Beaupré Moulounda) se pointe aux auditions de l’émission Les petits prodiges, concours de chant à la Star Académie, et qu’on entend une autre maman chuchoter à son fils dans la salle d’attente : « Là, t’oublies pas de parler du cancer du côlon de grand-papa, hein. » J’ai éclaté de rire et j’aurais pris plus de phrases punchées comme celle-là.

Parfois, la solution pour des parents pressés qui en décousent avec des enfants futés ne passe pas par du pesto congelé en portions individuelles. Ça prend un truc plus fort, comme de l’humour très noir.