Perturbé par la pandémie, le festival Art souterrain a dû s’adapter avec un nouveau volet numérique et son volet traditionnel moins imposant que d’ordinaire dans les souterrains de la métropole. Ce volet physique, qui présente les œuvres d’une vingtaine d’artistes canadiens et étrangers, s’achève le 30 avril.

Éric Clément Éric Clément
La Presse

Il faut vraiment croire dur comme fer en l’art contemporain et ne pas avoir peur de se retrousser les manches pour organiser une édition d’Art souterrain en pleine pandémie. Son directeur général et fondateur (en 2009), Frédéric Loury, ainsi que son équipe en ont eu plein les bras cette année.

« Le climat sanitaire est anxiogène et étouffant, dit-il. Renforcé par le manque de culture, de contacts physiques et de liberté, il met nos vies à rude épreuve. »

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Frédéric Loury, directeur général et fondateur du festival Art souterrain

Pour ma part et plus que jamais, j’ai vu dans cette situation la place essentielle qu’occupe l’art dans la sphère publique. Sa capacité à créer des liens et à nous permettre de nous évader est un réel besoin que nous avons tous ressenti ces derniers temps.

Frédéric Loury

L’édition va quand même bon train, même si les circonstances font que moins de monde que d’habitude se déplace pour admirer les œuvres exposées. Bien des bureaux sont fermés au centre-ville et quand nous sommes passés à Place Victoria, les gens ne se bousculaient pas dans les couloirs…

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L’état des matières, œuvre de Katherine Melançon, exposée au Palais des congrès de Montréal

À cause de la pandémie et des mesures sanitaires, l’exposition s’étale cette année sur trois zones seulement : le Palais des congrès, le Centre de commerce mondial et Place Victoria. « Le parcours d’Art souterrain a été modifié plusieurs fois, et ce, jusqu’à trois semaines avant le lancement afin de répondre aux réalités des mesures sanitaires », dit Frédéric Loury.

Voyez le parcours de l’édition 2021

Place Victoria, les œuvres se trouvent sur deux niveaux. Au sous-sol, belle installation du Mexicain Julio Barrita, 16,5 gr. Gold. Avec des objets dorés au sol et dont la valeur correspond à l’équivalent de 16,5 g d’or : un vase, une lampe, une petite horloge, une coupe de vin, des chaussures à talon, etc. Le tout avec un fond sonore relié à l’extraction du minerai. Une critique de l’étalon or, de la spéculation économique et de la pollution minière.

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16,5 gr. Gold, de Julio Barrita, au 800, Square-Victoria

Tout près, dans une vitrine, l’œuvre justement intitulée La vitrine, de Pascale Leblanc Lavigne, artiste de Québec ayant de la suite dans les idées. Son installation cinétique et sonore sur l’obsolescence programmée est bien faite, avec ses chiffons qui essaient en vain de nettoyer une vitrine. Une œuvre qui nous parle de la pandémie, mais aussi d’obstination humaine.

Nous n’avons pas pu voir l’œuvre vidéo Peripheral Island de Roberto Santaguida (à cause d’un problème technique), par contre, Random Clock, de Bertrand Planes, située tout près, étonne. Il s’agit d’une bonne vieille horloge métallique murale. Mais celle du Parisien a une façon bien spéciale de faire avancer sa trotteuse. Bienvenue dans l’univers du temps aléatoire, ordonné par microprocesseur. La « seconde » dure entre 0 et 2 secondes, mais au bout d’une heure, 60 minutes auront effectivement passé…

Quelques œuvres exposées

  • Le corpus Dreams with Feathers de Kitoko Diva, au 800, Square-Victoria

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    Le corpus Dreams with Feathers de Kitoko Diva, au 800, Square-Victoria

  • L’œuvre History Shall Speak for Itself, de Caroline Monnet, au Palais des congrès

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    L’œuvre History Shall Speak for Itself, de Caroline Monnet, au Palais des congrès

  • Proposalo-R Nithology, de Juan C. Fontanive, au Centre de commerce mondial

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    Proposalo-R Nithology, de Juan C. Fontanive, au Centre de commerce mondial

  • Random Clock, de Bertrand Planes, à Place Victoria

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    Random Clock, de Bertrand Planes, à Place Victoria

  • Une photographie d’Annie Briard au 800, Square-Victoria

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    Une photographie d’Annie Briard au 800, Square-Victoria

  • The Source/Ingres to Deleuze, de François Couture, au Centre de commerce mondial

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    The Source/Ingres to Deleuze, de François Couture, au Centre de commerce mondial

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On a bien aimé aussi l’œuvre Dreams with feathers, de la photographe londonienne Kitoko Diva (qui expose aussi une vidéo au Palais des congrès). Un reportage autour du Mardi Gras en Louisiane permet de rappeler les relations fraternelles qui ont existé dans les bayous, au XVIIIe siècle, entre esclaves africains et autochtones locaux. Une tradition carnavalesque en est issue, dont Kitoko Diva fait état avec des photographies très colorées d’enfants déguisés pour célébrer leurs racines, la créativité locale et les bienfaits de la solidarité.

Même s’il est gratuit, Art souterrain a bien besoin de visiteurs cette année. Pour rendre hommage aux artistes et à l’équipe du festival qui offre une belle occasion de découvrir un art visuel de qualité d’ici et d’ailleurs. Art souterrain n’est pas en danger de disparaître, mais Frédéric Loury regrette que bien des commanditaires privés aient été absents de cette 13e édition et que trois bailleurs de fonds publics aient sabré leurs subventions en pleine pandémie.

« Nous avons eu un manque à gagner de plus de 150 000 $, dit-il. Cela ne nous a pas empêchés d’innover, d’allonger le festival, dans un format physique plus petit, mais avec des œuvres très pertinentes. »

> Consultez le site Info sur Art souterrain