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Le Qatar à l'avant-garde de l'art moderne

Richard Serra devant son installation composée de quatre... (Photo: AFP)

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Richard Serra devant son installation composée de quatre plaques d'acier de 15 mètres de haut.

Photo: AFP

Victoria Baux
Agence France-Presse
Doha

Des stèles monumentales du sculpteur américain Richard Serra s'élèvent en plein désert, d'énormes statues du Britannique Damien Hirst trônent devant un hôpital: le Qatar investit à fonds perdus dans l'art, au risque de choquer une société profondément conservatrice.

C'est sous l'impulsion de la princesse Al-Mayassa, soeur de l'émir, que ce petit pays du Golfe utilise sa richesse gazière pour s'imposer comme un acteur de poids sur la scène culturelle, après avoir manifesté un appétit insatiable pour le sport et les investissements en Occident.

La princesse a inauguré récemment en plein désert une installation permanente de Richard Serra intitulée Est-ouest/Ouest-est et composée de quatre plaques d'acier de 15 mètres de haut.

La première exposition du sculpteur au Proche-Orient, vient de s'ouvrir à Doha, et une oeuvre monumentale de sept plaques d'acier, 7, trône dans les jardins du Musée d'art islamique.

Comme les Medicis

«Pouvoir construire Seven et l'installation dans le désert à cette échelle, c'est comme travailler pour les Medicis au 15e siècle», dit Richard Serra, en référence au mécénat de la famille florentine.

«De telles opportunités sont rarement accordées à des individus», a ajouté l'artiste américain, soulignant que dans son pays, «l'art vient après le football et les divertissements».

C'est également cheikha Al-Mayassa qui a fait connaître au public du Qatar l'artiste britannique controversé Damien Hirst, qui a exposé l'an dernier à Doha. Une installation géante de l'artiste, «le voyage miraculeux», retraçant les étapes de la gestation de l'être humain, trône à l'entrée d'un hôpital de la périphérie de Doha.

La soeur de l'émir, qui dirige l'Autorité des musées du Qatar (QMA), a été désignée comme la personnalité la plus influente dans le monde de l'art contemporain en 2013 par le magazine londonien Art Review, selon lequel elle dépense environ un milliard de dollars par an sur le marché de l'art.

La QMA refuse de confirmer ces chiffres comme elle n'a jamais confirmé l'acquisition au prix fort de plusieurs oeuvres d'art, dont Les joueurs de cartes de Paul Cézanne qui aurait été acheté au prix record de 250 millions $.

L'Autorité des musées a fait appel aux plus grands noms pour construire les musées de la capitale du Qatar, qui va en compter cinq d'ici 2015. Un nombre étonnant pour un pays de moins de deux millions d'habitants, pour la plupart des étrangers dont une forte proportion d'ouvriers asiatiques.

Après l'Américain d'origine chinoise Ieho Ming Pei, architecte de la Pyramide du Louvre et qui a construit le Musée d'art islamique, dont la collection est prestigieuse, le français Jean Nouvel a été chargé du projet du Musée national du Qatar.

Le pays s'est également doté en 2010 du premier musée consacré à l'art moderne arabe. «Choisir tous ces artistes incroyables, ces architectes de renom, créer le musée d'art islamique... tout cela nécessite une vision», affirme Jean-Paul Engelen, directeur du département d'Art public de la QMA.

Réticences et conservatismes

La vision avant-gardiste de cheikha Al-Mayassa se heurte cependant aux réticences d'une société qatarie extrêmement conservatrice et minoritaire dans son propre pays.

La QMA a d'ailleurs dû déboulonner en octobre une immense statue d'Adel Abdessemed immortalisant le «coup de tête» de Zinédine Zidane contre l'Italien Marco Materazzi en finale du Mondial-2006.

L'installation sur la corniche de Doha de la statue a provoqué une campagne sur les réseaux sociaux dénonçant une idolâtrie interdite par l'islam, qui prohibe la représentation d'êtres humains ou d'animaux.

Les stèles de Richard Serra, elles, ne sont accessibles qu'en voiture tout-terrain, alors que les statues de Damien Hirst ont été couvertes de bâches, après leur inauguration officielle en janvier, durant plusieurs semaines.

«Je crois que cette attitude conservatrice est un peu une façon de se protéger face à l'inconnu», estime Tareq Al-Jaidah, directeur de la galerie Katara Art Center, dans le nouveau quartier culturel de la capitale.

Selon lui, «ces difficultés devraient être surmontées avec la prochaine génération».

L'Autorité des musées a en outre été la cible de critiques.

En août dernier, un article avait été publié dans un journal local pour dénoncer la «mauvaise gestion» de la QMA, et une campagne avait été menée sur les réseaux sociaux pour demander une enquête.

Son directeur exécutif, Edward Dolman, a quitté ses fonctions début avril sans explication.




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