Les comédiens et animateurs Sarah-Jeanne Labrosse et Pier-Luc Funk ont pris part au point de presse du premier ministre Legault lundi afin de rappeler aux jeunes l’importance de respecter les consignes de santé publique. Un geste réfléchi dont la portée est essentielle.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

« On est là pour rappeler que les mesures, il faut continuer de les [suivre], a dit Sarah-Jeanne Labrosse. Il faut diminuer le plus possible les chances de propager ce virus et on ne sait pas, ni vous ni moi, si on l’a. Il faut vraiment faire attention à ça, parce qu’on sait les conséquences graves que ce virus peut avoir sur une personne ou sur une famille. »

Sarah-Jeanne Labrosse et Pier-Luc Funk, attablés de chaque côté du premier ministre, n’avaient pas de message inédit à passer. Mais leur présence a permis d’interpeller directement les adolescents sur l’importance de garder le cap sur les nouvelles habitudes en matière de sécurité sanitaire. Et ce, même si le déconfinement est en branle, même si les beaux jours s’installent et que le relâchement peut être tentant.

« Ce sont des porte-parole, des gens rassembleurs, soulève Arnaud Granata, président du groupe Infopresse. Faire transmettre le message par un jeune, par un pair, ça crée un lien de proximité, il y a moins de détachement. »

PHOTO PAUL CHIASSON, LA PRESSE CANADIENNE

François Legault, premier ministre du Québec, entouré des comédiens et animateurs Sarah-Jeanne Labrosse et Pier-Luc Funk, avant la conférence de presse de lundi

François Legault « peut paraître loin, déconnecté de la réalité » des jeunes, soulève-t-il. Selon lui, l’allocution de lundi « n’était pas moralisatrice ni infantilisante », mais plutôt très empathique, ce qui est important pour que le message soit assimilé. 

« Une personne plus âgée, même si elle n’essaie pas du tout de l’être, finit par être [moralisatrice], observe Arnaud Granata. Il y a un côté paternel, un côté grand-père. Sarah-Jeanne et Pier-Luc, ce sont des jeunes qui parlent à des jeunes. »

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Pier-Luc Funk, en conférence de presse, lundi

« Le message de M. Legault est globalement écouté, y compris par les jeunes », estime-t-il, mais grâce aux deux jeunes artistes présents lundi, il aura une portée décuplée.

Une situation « plus complexe »

Les jeunes ont donc été le public cible d’une majeure partie du point de presse du premier ministre lundi. Pourquoi s’adresser à ce groupe en particulier, alors que les règles s’appliquent à tous ?

Ève Dubé, anthropologue de la santé et chercheuse à l’Institut national de santé publique du Québec, affirme qu’aucune preuve solide ne démontre que les jeunes sont plus à risque de désobéir aux recommandations de sécurité sanitaire. Elle soulève cependant qu’il faut reconnaître le caractère « plus complexe » de leur situation. « Ils sont plus touchés par les conséquences, avec la fermeture des écoles. On sait que les jeunes ont un grand besoin de socialiser. Donc c’est certain qu’il y a quelque chose à travailler. »

« Les jeunes sont en train de vivre une étape de leur vie importante », a d’ailleurs fait remarquer Pier-Luc Funk, qui coanimera avec Sarah-Jeanne Labrosse le Bal Mammouth, un bal en ligne et à la télé pour les finissants privés de ce rite de passage.

[Les jeunes] sont en train de se libérer de leur lieu familial, devenir qui ils veulent devenir pour le futur, décider quels adultes de demain ils vont devenir. En ce moment, on leur demande d’être confinés, et c’est dur pour eux autres.

Pier-Luc Funk, en conférence de presse

Certains adolescents peuvent aussi avoir le sentiment de ne pas être vulnérables, puisque la COVID-19 ne les frappe directement que très rarement. « On sait que le fait d’être à risque et d’avoir peur de la maladie est un puissant moteur pour suivre les consignes », note Ève Dubé, qui est spécialiste de l’adoption de comportements et de la compréhension des messages en période de crises liées aux maladies infectieuses. 

C’est pour cela qu’on ne peut s’adresser aux plus jeunes avec les mêmes arguments qu’avec les plus vieux. « On ne peut pas leur dire qu’ils risquent leur vie, il faut penser à une autre approche », explique Arnaud Granata. Sarah-Jeanne Labrosse et Pier-Luc Funk ont donc beaucoup misé sur les conséquences pour autrui de la propagation du virus.

« Une délicatesse envers les jeunes »

Sarah-Jeanne Labrosse et Pier-Luc Funk sont jeunes, mais ce sont aussi des célébrités, ce qui importe également beaucoup dans la transmission du message. « On sait toute la puissance du rôle d’un modèle pour un jeune adulte, dit Ève Dubé. D’être face à une figure connue, ça va influencer l’adhésion au message. »

Depuis que la pandémie fait rage, plusieurs personnalités publiques ont été mises à contribution pour s’adresser aux citoyens. Pour parler aux aînés, des artistes plus âgés ont pris le micro. « Ça prend des porte-parole qui soulèvent le respect et l’admiration, dit Arnaud Granata. Les artistes sont en tête de liste des gens en qui la population a le plus confiance. »

L’auteure India Desjardins a quant à elle perçu l’intervention de Sarah-Jeanne et Pier-Luc comme « une délicatesse envers les jeunes qui vivent toutes sortes d’émotions en ce moment ». Car ceux-ci ont respecté les consignes du premier ministre jusqu’à maintenant, malgré « plusieurs petits et grands deuils de leur vie telle qu’ils la connaissaient avant la pandémie ». 

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

L’auteure India Desjardins

À ses yeux, « un petit mot de deux artistes qu’ils aiment, qui les remercient de suivre les consignes, normalisent leurs émotions [qui sont souvent jugées par certains adultes qui disent ‘‘qu’il y a pire en ce moment”] et qui rappellent les consignes qu’eux-mêmes suivent devient un moment rafraîchissant et positif pour eux » et a pu agir comme une « petite tape dans le dos ». 

« Je vais prendre la tribune pour répéter aux jeunes : bravo et merci, a d’ailleurs lancé Sarah-Jeanne Labrosse en point de presse. Vous êtes bons. Je me mets à votre place et je me dis que j’aurais rushé moi aussi. […] Moi aussi, j’aurais trouvé difficile de me faire annoncer que je devais vivre la fin de mon année scolaire en confinement [sans] proximité avec les amis. »

Lundi, la comédienne a affirmé avoir confiance en ces jeunes qui les écoutent. « Mettre un masque dans un endroit non contrôlé, quand il y a des gens qui nous entourent, c’est être fin, c’est être brillant, c’est prendre soin de sa société et de sa communauté, c’est être responsable, c’est être cool, c’est être tous les synonymes de cool que tu veux », a-t-elle conclu.