Foires du livre annulées en France et en Allemagne, festival de musique annulé à Abou Dabi, pression pour reporter la sortie du prochain James Bond, tournées de Green Day et de BTS reportées en Asie : le coronavirus contamine le monde des arts partout sur la planète. Risque-t-on de voir la même chose se produire ici ?

Alexandre Vigneault
Alexandre Vigneault La Presse

Le monde de la culture encaisse depuis quelques jours les contrecoups de la propagation du coronavirus (COVID-19) en Europe. Pour un évènement reporté, comme la Foire du livre jeunesse de Bologne, plusieurs autres sont carrément annulés. L’éventualité d’une pandémie soulève déjà des questions au sein d’organisations culturelles québécoises, même si le ministère de la Santé et des Services sociaux se fait rassurant.

« On a demandé de retarder l’achat de billets d’avion pour deux équipes parce qu’on commence à se poser des questions. On commence à se prémunir contre des effets potentiellement négatifs sur le plan économique », explique d’emblée Martin Faucher, codirecteur général du Festival TransAmériques (FTA). En 14 ans au festival, il n’a jamais vécu une situation de ce genre.

On est hyper attentifs à l’évolution des choses.

Martin Faucher, codirecteur général du Festival TransAmériques

Le festival a mis le COVID-19 à l’ordre du jour il y a une semaine et s’interroge sur les gestes à adopter. Pour l’heure, aucun spectacle n’est compromis. Aucun projet artistique en provenance d’Asie, d’Iran ou d’Italie – les principaux foyers d’infection – n’était prévu pour la prochaine présentation du FTA, qui a lieu du 20 mai au 3 juin.

Marie Brassard, dont la nouvelle création est une collaboration avec des artistes japonaises, ne change pas son « plan de match ». « Elle va documenter le spectacle en tenant compte de la notion de pandémie », ajoute néanmoins le codirecteur du FTA. Il se pourrait que la créatrice doive faire preuve de flexibilité puisqu’une partie de son décor est fabriquée en Italie. Or, lundi, Martin Faucher se demandait à demi-mot si les éléments de décor se rendraient jusqu’à Montréal.

En observation

« La situation évolue, et j’ai vu moi aussi que l’une des premières décisions qui ont été prises il y a une dizaine de jours a été d’annuler le carnaval de Venise, dit Martin Roy, du Regroupement des événements majeurs internationaux (REMI). Partant de là, on a commencé à monitorer la situation de manière plus étroite. »

PHOTO JACK PLUNKETT, ASSOCIATED PRESS

South by Southwest, grand-messe techno et musicale annuelle, aura lieu comme prévu à Austin, au Texas.

Le PDG du REMI signale que des évènements ont été annulés, mais que d’autres ont été maintenus. South by Southwest, par exemple, grand-messe techno et musicale annuelle, aura lieu comme prévu à Austin, au Texas. Seule absence notable : Facebook n’y enverra pas de délégation. « On regarde les décisions qui sont prises dans les différents pays, selon les situations qui y prévalent », assure encore Martin Roy, dont l’organisation regroupe autant un festival comme Osheaga que Fierté Montréal et les Francos.

Pas d’annulation à Québec

Thomas-Louis Côté, de Québec BD, avoue qu’il s’est demandé ce qui arriverait si le Salon international du livre de Québec (SILQ) était annulé en lisant que le Paris Manga & Sci-Fi Show et le Salon du livre de Paris n’auraient pas lieu. Son festival de bande dessinée présente en effet des auteurs et des activités dans le cadre du SILQ, qui doit avoir lieu du 15 au 19 avril. Son inquiétude n’est pas justifiée pour le moment. Daniel Gélinas, directeur général du SILQ, a confirmé que les « activités menant à la réalisation du Salon se poursuivent normalement ».

« On a un avantage, parce qu’on n’est pas centralisés en un seul lieu, juge néanmoins Thomas-Louis Côté. On a une vingtaine d’expositions et d’activités dans différents lieux. » 

On en a parlé avec mon conseil d’administration et, à moins qu’on nous oblige à annuler toutes nos activités, on pourrait aller de l’avant, même si une fermeture était imposée aux grands évènements.

Thomas-Louis Côté, de Québec BD

La décision d’annuler ou non ne viendrait pas du SILQ, selon Daniel Gélinas, mais de la Santé publique ou d’une autre « institution compétente et responsable en cette matière ». La situation au Québec ne commande pas ce genre de réaction, assure-t-on au ministère de la Santé et des Services sociaux. « On n’en est pas là. La Santé publique n’en est pas là », insiste Marie-Claude Lacasse, porte-parole du Ministère.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

La situation au Québec ne nécessite pas l’annulation de rassemblement, selon le Ministère de la Santé et des Services sociaux, mais la loi permet de les interdire en cas de force majeure.

La loi permet en effet, dans des circonstances exceptionnelles, d’interdire les grands rassemblements. « Pour appliquer des mesures comme ça, il faudrait vraiment que le virus circule dans la communauté, ce qui n’est pas le cas actuellement », précise-t-elle. Il n’y a toujours qu’un seul cas confirmé au Québec, soit à Montréal, à l’heure actuelle.