Une panne historique a frappé les réseaux sociaux Facebook, Instagram, WhatsApp et Messenger, lundi, pendant près de sept heures. Il s’agit d’un deuxième coup dur en moins de 24 heures pour l’entreprise Facebook, qui a dû faire face aux révélations publiques d’une lanceuse d’alerte dimanche.

Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

« À l’immense communauté de personnes et d’entreprises dans le monde qui dépendent de nous : nous sommes désolés. Nous travaillons dur à vous redonner accès à nos applis et services et sommes heureux de vous dire qu’ils reviennent en ligne en ce moment », a déclaré Facebook sur Twitter lundi à 18 h 30, après sept heures de panne.

Facebook a indiqué tard lundi soir dans un communiqué que la panne majeure de ses réseaux et messageries avait été causée par un « changement de configuration défectueux » de ses serveurs.

Des experts en cybersécurité estimaient justement dans la journée que la panne était probablement liée à des mises à jour du système informatique qui permet de relier les serveurs aux noms de domaine.

« C’est comme si quelqu’un débranchait par erreur son modem à la maison. Un problème de ce type survient régulièrement dans les petites compagnies, mais une panne de cette ampleur-là, ça ne s’est jamais vu dans les gros médias sociaux numériques », a indiqué à La Presse Jonathan Bonneau, coordonnateur du Laboratoire de recherche en médias socionumériques et ludification.

Le groupe ne fournira sans doute pas beaucoup de détails sur la cause exacte de la panne, a précisé M. Bonneau.

La panne n’a pas affecté les informations personnelles, donc Facebook n’a pas la responsabilité de nous dire ce qu’il s’est passé, car ce n’est pas dangereux pour les citoyens.

Jonathan Bonneau, coordonnateur du Laboratoire de recherche en médias socionumériques et ludification

Plusieurs applications du groupe Facebook, soit WhatsApp, Messenger, Facebook et Instagram, ont été touchées par la panne. « Tous ces services sont gérés par Facebook, donc quand Facebook a eu son problème, tous les autres services ont été touchés, parce qu’ils utilisent tous la même infrastructure internet », a expliqué Sébastien Gambs, professeur au département d’informatique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en analyse respectueuse de la vie privée et éthique des données massives.

Facebook dans l’embarras

Facebook traverse l’une des pires crises sur sa réputation depuis deux semaines, à cause des révélations publiques d’une ancienne ingénieure informatique, Frances Haugen.

L’ingénieure a quitté le groupe Facebook en mai avec des milliers de documents, qu’elle a confiés au Wall Street Journal. Le journal a révélé à la mi-septembre que l’entreprise effectuait des recherches sur l’impact du réseau social Instagram sur l’estime de soi des adolescentes. Ces études ont notamment démontré que 32 % des adolescentes estimaient que l’utilisation d’Instagram leur avait donné une image plus négative de leur corps.

PHOTO ROBERT FORTUNATO, FOURNIE PAR CBS, ASSOCIATED PRESS

Frances Haugen, ancienne ingénieure de Facebook, en entrevue avec l’animateur de 60 Minutes, Scott Pelley

Dimanche, l’ingénieure Frances Haugen a accusé directement Facebook de choisir « le profit plutôt que la sûreté » de ses utilisateurs, dans une entrevue diffusée par la chaîne CBS.

« Si nous étions une société qui ne se préoccupe pas de sûreté, qui donne la priorité aux bénéfices, nous ne ferions pas ce genre de recherches », a fait valoir lundi Monika Bickert, vice-présidente de Facebook, au sujet des études sur les adolescentes.

Les révélations de Mme Haugen ont donné un nouvel élan aux critiques de Facebook, notamment les élus américains qui cherchent à reprendre le contrôle sur ses plateformes omniprésentes. La lanceuse d’alerte sera ainsi interrogée par une commission parlementaire ce mardi.

Selon les experts, il est peu probable que la panne et les déclarations de la lanceuse d’alerte soient liées.

« Il y a toujours un faible risque que ce soit un hacker qui ait causé la panne, mais habituellement, si ça avait été le cas, on aurait eu un message ou un groupe qui se serait manifesté. Peut-être que ça va arriver dans les prochaines heures, mais ce n’est pas comme ça que ça fonctionne normalement », a expliqué M. Bonneau.

Les petites entreprises touchées

L’impact d’une telle panne pour le groupe Facebook sera principalement financier, en plus de nuire à sa réputation, estime le professeur Gambs. En effet, les actions de Facebook ont chuté de 4,9 % en une journée, faisant fondre la fortune de Mark Zuckerberg­­­ de 7,4 milliards de dollars canadiens, selon le magazine économique américain Forbes.

Les entreprises qui utilisent les différentes plateformes du groupe Facebook pour de la publicité ont également été touchées par la panne majeure. « Ces compagnies ont perdu des ventes, avaient moins de trafic vers leurs sites et ne pouvaient plus communiquer avec leurs clients. Il y a beaucoup de compagnies qui ont perdu des milliers de dollars, ce qui peut faire la différence entre arriver ou non à la fin du mois », soutient M. Bonneau.

Un moment de repos

M. Bonneau ajoute que les utilisateurs des différentes plateformes ont aussi été pénalisés par la panne. « Les personnes qui ont eu un problème de connexion vont avoir vécu de la frustration. Ils vont avoir mis à jour leur téléphone, redémarré leur téléphone, recommencé Facebook, fermé Facebook, recommencé Facebook », a-t-il énuméré.

Malgré les désagréments, certains utilisateurs ont profité de ces quelques heures de panne pour s’éloigner de la pression des réseaux sociaux. « Une journée comme celle-là, ça permet de réaliser l’importance de prendre une pause de notre téléphone ou des applications. Certaines personnes ont dû paniquer un peu aujourd’hui, mais pour d’autres, c’était très relaxant de ne pas pouvoir avoir accès à ces plateformes », a conclu M. Bonneau.

Avec l’Agence France-Presse

5,6 millions

Nombre de signalements concernant la panne reçus entre 11 h 15 et 12 h 30 lundi

3,5 milliards

Nombre de personnes qui utilisent les applications du groupe Facebook chaque mois

Source : Agence France-Presse

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Nous sommes près de deux milliards à utiliser Facebook. Trois, si on inclut ses filiales Instagram, WhatsApp et Messenger. Cette plateforme numérique s’enrichit en vendant nos données personnelles, en plus de s’immiscer dans nos vies. Le média social est devenu si puissant qu’un de ses fondateurs réclame son démantèlement. Est-il trop tard pour maîtriser la bête ?

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