Il y a plus de cinq ans que le studio Square Enix Montréal n’avait pas annoncé de nouveau jeu. L’attente est terminée ce jeudi, avec l’arrivée prochaine de Hitman Sniper Assassins et d’un remake avec réalité augmentée du grand classique des arcades, Space Invaders. Qu’ont fait les 171 artisans de ce studio durant tout ce temps ? Essentiellement préparer les fondations d’un nouveau modèle. Le directeur du studio, Patrick Naud, explique ce passage du « premium » au « freemium ».

Publié le 18 mars 2021

La Presse : Votre dernier jeu a officiellement été lancé en 2016, il s’agissait de Deus Ex GO. Que faisiez-vous depuis cinq ans ?

Patrick Naud : La réponse facile est de dire qu’on a converti tout le studio, passant de développeur de jeux mobiles AAA premiums, à faire des jeux de services freemiums. On passe de produits à services. C’est ça la grosse différence entre faire un jeu payant, premium, et un jeu freemium. C’est toute la structure du jeu, et toute l’infrastructure que ça prend pour opérer un jeu qui va être en continu et qui va durer cinq ou dix ans. On a augmenté la taille du studio de 300 %, 41 personnes ont été embauchées dans la dernière année.

LP : Pourquoi ce virage ?

PN : Il y a cinq ans, le marché premium était en décroissance. L’impact qu’on a eu en 2014 avec Hitman GO et Deus Ex GO en 2016 n’était déjà plus le même. Le marché global mobile augmentait radicalement, mais le marché premium était et est toujours en décroissance.

LP : Il y a une perception répandue que le freemium, ce sont souvent des machines à clic, des machines à faire de l’argent, alors que les premiums sont de petites œuvres bien fignolées. Est-ce qu’il y a du vrai là-dedans ?

PN : C’est sûr qu’il y a du vrai, parce qu’il y en a des jeux comme ça. Mais on oublie qu’il y a aussi des centaines de millions de personnes qui jouent à PUBG sur leur mobile, à Fortnite. Hearthstone, sorti en même temps que Hitman GO il y a huit ans, continue de rouler. Je le dis aux gens : il y en a de la qualité en freemium, et c’est une des raisons pour lesquelles le marché premium a réduit. Notre mandat, c’est de trouver comment on prend notre ADN de super-développeur de jeux, des meilleures expériences de l’industrie, pour l’amener au niveau freemium.

La quantité de nouveaux jeux sur mobile tous les jours, c’est astronomique. On voit parfois de nouveaux jeux et on se demande si on y a déjà joué. Tout se ressemble. Nous, notre rôle n’est pas de suivre le marché, mais de créer de nouvelles expériences que tout le reste de l’industrie va vouloir imiter.

LP : Faudra-t-il absolument sortir la carte de crédit pour avancer dans vos nouveaux jeux ?

PN : Aucun joueur ne va sentir qu’il est obligé de payer pour continuer à jouer. On offre un service : les gens peuvent jouer sans payer, mais il y a aussi beaucoup de joueurs qui vont vouloir progresser plus vite, qui vont vouloir plus de contenu plus rapidement, avoir une esthétique spéciale qui les représente. Chacun a une raison différente de vouloir payer dans un jeu.

LP : Quelle proportion de joueurs justement vont accepter de payer ?

PN : Entre 2 % et 5 %. Ce ne sont pas nos chiffres, c’est ce qu’on entend dans l’industrie.

LP : Parlons un peu des nouveaux jeux annoncés.

PN : Hitman Sniper Assassins (le nom n’est pas encore définitif) est prévu en 2021. Il faut revenir à 2015 pour le début de l’histoire, avec le premier Hitman Sniper. C’est autour de ce jeu qu’on a appris comment opérer en continu, à faire des décorations spéciales pour Noël, un fusil avec rubans et des grelots. Rien que ça a fait en sorte que plein de monde a recommencé à jouer. On s’est ensuite dit qu’on ferait ça cinq fois par année, pour l’Halloween, Noël, le Nouvel An chinois, le festival du printemps au Japon et le 4 juillet.

LP : Et pour Space Invaders ?

PN : On travaille avec nos amis de Taito, au Japon, qui font partie de Square Enix. Space Invaders, c’est une marque mythique, avec le petit crabe en pixels qui est devenu l’icône des jeux vidéo. On veut créer une nouvelle expérience en utilisant les dernières avancées en réalité augmentée. Technologiquement, ça va être quelque chose que personne n’a vu. C’est un peu pour nous aussi une célébration de Space Invaders en tant que fans.

Pour des raisons de lisibilité, cette entrevue a été éditée.