Des analystes financiers ont montré une certaine préoccupation face à la crise qui frappe Ubisoft en interrogeant la direction lors d’une téléconférence en marge de la présentation des résultats financiers de l’entreprise.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Agence France-Presse

L’éditeur français, dont le plus grand studio est à Montréal, fait face à une série d’allégations de harcèlement et d’agressions faites par des employées. Cela a conduit au départ de plusieurs membres de sa direction, parmi lesquels le numéro deux, Serge Hascoët, responsable de la création, et le PDG des studios canadiens, Yannis Mallat.

Le PDG Yves Guillemot a notamment dû assurer aux analyses que l’entreprise « avait un très bon banc » de talents créatifs capables de combler le vide laissé par le départ de Serge Hascoët.

Ken Rumph, un analyste de la firme Jefferies, a aussi rappelé à M. Guillemot que « des personnes plus importantes que [lui] », présumément au conseil d’administration de l’entreprise, allaient se demander quel avait été son rôle dans la situation, notamment à quel point il était au courant de ce qui se passait au sein de l’entreprise, et si cela pouvait par exemple signifier qu’il n’en savait pas assez ou qu’il aurait dû agir davantage.

« Chaque fois que nous avons été mis au courant d’écarts de conduite, nous avons pris des décisions difficiles et nous sommes assurés qu’elles avaient un impact clair et positif, a affirmé M. Guillemot. Il apparaît maintenant clair que des individus ont trahi la confiance que j’avais mise en eux et n’ont pas agi selon les valeurs partagées d’Ubisoft. Donc je n’ai jamais fait de compromis sur mes valeurs et l’éthique. Je ne le ferais jamais. Je vais continuer à présider et transformer Ubisoft. »

Revenus en hausse de 18 %

L’éditeur de jeux vidéo a terminé le premier trimestre de son exercice 2020-2021 avec une progression de 17,6 % de son chiffre d’affaires, à 427,3 millions d’euros (663,2 millions CAN), profitant d’un niveau d’engagement important des joueurs sur plusieurs licences.

Les réservations nettes, indicateur mis en avant par le groupe, se sont élevées entre avril et juin à 410 millions d’euros, soit une hausse de 30,5 %, niveau bien supérieur à l’objectif envisagé par l’éditeur sur la période (335 millions d’euros).

« Nous avons réalisé un premier trimestre record et nettement supérieur à nos attentes, avec des niveaux d’engagement historiquement élevés. En particulier, la franchise Assassin’s Creed a connu une accélération impressionnante grâce à l’annonce d’Assassin’s Creed Valhalla (dont la sortie est prévue le 17 novembre) », a déclaré dans le communiqué le directeur financier du groupe, Frédérick Duguet.

Dans le même communiqué, le PDG Yves Guillemot a estimé que le groupe devait « néanmoins relever un défi très sérieux à la suite des récentes allégations et accusations de mauvaise conduite et de comportements inappropriés ». « Je suis déterminé à mettre en œuvre des changements profonds afin d’améliorer et de renforcer notre culture d’entreprise », a-t-il assuré.

Jeux majeurs à venir

En matière de résultats, le groupe profite également d’une très bonne croissance sur son jeu de tir en vision subjective Rainbow Six Siege, ainsi que du « retour en force » de sa franchise de danse Just Dance.

L’éditeur attend par ailleurs la sortie de plusieurs jeux majeurs au cours des prochains trimestres, parmi lesquels, outre Assassin’s Creed Valhalla, la prochaine version de Rainbow Six, Quarantine, ainsi que Watch Dogs : Legion ou encore Gods & Monsters.

Concernant ses objectifs, Ubisoft confirme ses perspectives pour l’exercice en cours, avec des réservations nettes attendues entre 2,35 milliards et 2,65 milliards d’euros et un résultat opérationnel prévu entre 400 millions et 600 millions d’euros.

Sur le trimestre en cours, les réservations nettes sont attendues autour de 290 millions d’euros, soit une baisse de 16 % par rapport à la même période lors de l’exercice précédent, qui disposait d’une base de comparaison favorable.