Lorsqu’on cherche un emploi, les avantages sociaux offerts sont souvent évalués avec attention. Et une fois qu’on est en poste depuis plusieurs années, on risque de ne pas vouloir y renoncer, et ce, même si on n’est plus heureux dans son travail. Quelles sont les pistes de solution pour s’en sortir à bon compte ?

Publié le 12 juin
Martine Letarte
Martine Letarte Collaboration spéciale

La situation

Marie-Claude* est enseignante au secondaire dans un milieu très défavorisé de Montréal. À 51 ans, elle commence à être au bout du rouleau. « C’est très exigeant de travailler dans cette école et après 27 ans, je sens mon énergie et ma motivation diminuer, raconte-t-elle. Je souhaiterais terminer ma carrière sur une note positive et non en congé de maladie. »

Elle envisage donc différentes options, comme vendre sa maison et en acheter une dans sa Gaspésie natale ou dans une autre région, puis travailler dans une école privée ou dans un autre centre de services scolaire. Or, cela signifierait qu’elle perdrait son ancienneté et sa sécurité d’emploi. De plus, elle ne pense pas pouvoir obtenir une tâche complète en commençant. « Je ne souhaite pas subir une perte de revenu trop grande ni cesser de contribuer au Régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics [RREGOP] », précise-t-elle.

Elle envisage aussi de rester en poste jusqu’en 2029, année où elle pourra prendre sa retraite sans pénalité, mais pour y arriver, elle prendrait une réduction de tâche sans impact sur sa retraite. Elle jongle aussi avec la possibilité de prendre une retraite anticipée, avec pénalité, en 2025, donc à 55 ans, et combler le manque avec ses régimes enregistrés d’épargne-retraite (REER), ses comptes d’épargne libres d’impôt (CELI) et de la suppléance. « Quelle serait la meilleure option du point de vue financier ? », demande-t-elle.

Les chiffres

Marie-Claude, 51 ansSalaire : 92 000 $
Comptes bancaires : 18 000 $
REER : 113 000 $ en fonds équilibrés de croissance
CELI : 17 000 $ en fonds de revenus plus
Épargne annuelle : environ 5000 $
Valeur de sa maison à Montréal : environ 400 000 $
Solde du prêt hypothécaire : 51 000 $
Prix visé pour une maison en région : maximum 400 000 $
Dépenses annuelles : 42 000 $

Partir en région ?

D’autres enseignants et employés du système public se trouvent dans une situation semblable à celle de Marie-Claude, remarque Julie Paquin, planificatrice financière et vice-présidente, gestion privée, chez Optimum Gestion de placements.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Julie Paquin, planificatrice financière et vice-présidente, gestion privée, chez Optimum Gestion de placements

« Les dernières années n’ont pas été faciles avec la pandémie et il y a eu de nombreuses remises en question chez ces employés, remarque-t-elle. Mais en même temps, avec leurs avantages sociaux, ils se sentent dans une cage dorée et en sortir aurait de grands impacts financiers. Alors, plusieurs maintiennent le statu quo au détriment d’une qualité de vie et, bien souvent, de leur santé. »

Si on regarde d’abord la possibilité de retourner vivre en Gaspésie, ou ailleurs en région, l’avantage est que Marie-Claude pourrait changer de milieu de travail rapidement tout en gardant ses avantages sociaux et continuer à cotiser au RREGOP, qui offre des prestations déterminées garanties à vie.

« Elle devrait regarder dès maintenant en Gaspésie et dans d’autres régions qui l’intéressent pour voir si elle pourrait trouver un emploi à temps plein dans une école dans un secteur moins défavorisé que celui dans lequel elle œuvre à Montréal et s’informer des conséquences de sa perte d’ancienneté, affirme Julie Paquin. On est quand même en situation de pénurie de personnel. »

Pour ce qui est de vendre sa maison de Montréal, la planificatrice financière affirme que c’est un bon moment en raison des prix élevés. « Puis dépendamment d’où elle ira s’installer en région, elle pourrait probablement trouver une belle propriété pour le même prix ou pour moins cher, précise-t-elle. Mais il ne faut pas vendre avant d’avoir trouvé, parce qu’il n’y a pas beaucoup d’offres. »

Rester jusqu’à 55 ou 58 ans ?

Si Marie-Claude décide plutôt de rester en poste à Montréal pour quelques années encore, Julie Paquin explique que différentes options s’offrent à elle. D’abord, regardons l’hypothèse selon laquelle l’enseignante continue de travailler à temps plein et prend une retraite anticipée avec pénalité dès qu’elle est admissible, en novembre 2025. La planificatrice financière estime que l’enseignante aurait, une fois à la retraite à 55 ans, une rente de près de 41 500 $ à vie.

« Avec ses économies, elle aurait suffisamment d’actifs pour maintenir son train de vie de 42 000 $ indexé jusqu’à 95 ans, soit la longévité à tenir compte d’après les normes de l’Institut québécois de planification financière, et elle aurait toujours sa résidence », précise-t-elle.

En guise de comparaison, toutefois, si elle continue à travailler jusqu’en 2029, année où elle n’aurait pas de réduction de sa rente, elle recevrait près de 57 000 $ par année à vie.

« C’est une différence d’environ 15 500 $ par année : ce qui est quand même beaucoup d’argent », affirme Julie Paquin.

Retraite progressive

Marie-Claude pourrait aussi décider de demander une réduction de tâche à son centre de services scolaire pour adoucir les quatre ans qui lui restent au travail si elle décide de prendre sa retraite à 55 ans. Selon sa convention collective, elle devra prendre sa retraite après 60 mois maximum. Toutefois, pour que sa rente ne soit pas réduite, Marie-Claude devrait continuer à payer ses cotisations comme si elle avait son plein salaire.

Si elle prend une charge de travail de 80 %, soit quatre jours par semaine, la planificatrice financière évalue qu’elle aurait un salaire d’environ 73 600 $. « Alors que le montant de la cotisation annuelle pour son plein salaire est de 7900 $, elle devrait en assumer 20 %, soit 1580 $, sans l’aide de son employeur, ce qui demeure facilement absorbable », affirme Julie Paquin.

Par contre, ce serait plus difficile si elle allait vers une charge de travail de 60 %, soit trois jours par semaine, avec un revenu qui tournerait autour de 55 200 $.

« Mais il serait possible d’y arriver, affirme Julie Paquin. Un outil précieux pour Marie-Claude serait de réaliser un budget détaillé à suivre avec rigueur jusqu’au moment où elle commencera à recevoir ses prestations du RREGOP. »

* Bien que le cas mis en lumière dans cette rubrique soit réel, le prénom utilisé est fictif.

Vous planifiez un projet qui demande une utilisation judicieuse de votre argent ? Vous avez des problèmes financiers ?