Netflix ou Disney+ ? Club Illico ou ICI Tou.tv ? Spotify ou Tidal ? Les offres d’abonnements numériques pullulent, et bien des consommateurs, comme notre journaliste, ne choisissent pas : ils les prennent tous. Ou presque. Il y a pourtant des façons très efficaces d’éviter le « surabonnement numérique », a-t-il constaté en consultant les bonnes personnes.

Publié le 27 mars
Karim Benessaieh
Karim Benessaieh La Presse

Cinq cents dollars par mois. J’ai réalisé l’automne dernier, avec un simple fichier Excel, à quel point j’étais le client idéal pour les vendeurs d’abonnements numériques et les sociétés de télécommunications.

Bon, enlevons de ce total les 320 $ pour l’internet de la maison et du chalet, ainsi que les quatre forfaits cellulaires de la famille. Quelques économies à aller chercher là, mais ce sera pour un autre dossier.

Il nous reste 180 $ par mois d’abonnements numériques qui se sont accumulés avec les années.

Ça commence avec Spotify et Netflix en format familial et 4K, parce que chacun veut sa propre musique dans sa pièce et que personne ne veut écouter des films en basse définition : 40,21 $ par mois.

Comment se passer d’Apple Music, de ses listes incroyablement adaptées et de la possibilité d’avoir sa propre bibliothèque musicale dans tous les appareils Apple ? Allez, prenons le grand forfait Apple One, à 18,34 $, qui nous donne en plus Apple TV+, Arcade et 50 Go de stockage. Difficile de ne pas craquer pour la musique haute définition de Tidal, avec un casque d’écoute de qualité pour les marches de fin de soirée. Je l’ai probablement annulé quatre fois depuis deux ans pour rembarquer quelques mois plus tard.

Ensuite, 79 $ par année pour recevoir les colis d’Amazon en moins de deux jours sans frais de livraison, tout en profitant de Prime Video et Music, c’est une bonne affaire. Ajoutons à cela des abonnements aux services de jeux vidéo en ligne PS Plus et Xbox Gold, pris pour essayer un jeu en particulier et jamais annulés. Sonos Radio HD et Amazon Music Unlimited, même indolence. Cafeyn et ses centaines de magazines français pour 14,91 $ ? Une aubaine, même si je n’ai jamais le temps de les parcourir.

ICI Tou.tv, pour 8,04 $, c’est peu pour espérer que mes filles regardent un minimum de contenu québécois. Un échec total. Et la liste s’achève avec Disney+, essayé gratuitement l’an dernier et qui est devenu impossible à annuler sans susciter une insurrection dans la maison.

Et dire qu’on s’était débarrassé du câble en 2017 pour économiser.

« Une large famille »

« C’est effectivement la réalité de beaucoup de gens, constate Anaïs Beaulieu-Laporte, analyste à l’Union des consommateurs. Dans bien des cas, les gens ont mis fin à leur abonnement au câble parce qu’ils le trouvaient trop cher, et passent à des plateformes à 15 $ qui s’accumulent. Il faut être conscient que les coûts montent très vite. »

On ignore quel pourcentage précis de Québécois souffrent de cet abus d’abonnements. Un petit coup d’œil au plus récent Portrait numérique des foyers québécois, le NETendances édition 2021, donne toutefois quelques indications en ce qui concerne les plateformes vidéo.

Selon ce rapport, 71 % des Québécois sont abonnés à au moins un service payant de visionnement en ligne. À l’autre bout de la lorgnette, additionnez les pourcentages des différents services : on obtient 143 %. Autrement dit, les Québécois abonnés auraient environ en moyenne deux services de visionnement en ligne.

Aux États-Unis, selon une enquête de Deloitte Insights menée en février 2021, ce serait encore plus spectaculaire : les abonnés auraient en moyenne quatre services vidéo.

Consultez les résultats de l’enquête Deloitte Insights 2021 (en anglais)

Bref, je suis loin d’être seul. « Tu fais partie d’une très large famille », me rassure Bruno Guglielminetti, animateur de la balado d’actualités numériques Mon carnet. « J’ai Netflix, Prime Video, Club Illico, je me promène entre Apple TV et Disney+, je les annule, je rembarque, et je vais à l’occasion sur CraveTV. Et j’ai aussi Google Stadia. »

PHOTO FOURNIE PAR BRUNO GUGLIELMINETTI

Bruno Guglielminetti, animateur de la balado d’actualités numériques Mon carnet

Gabrielle Thibault-Delorme, qui se présente comme « blogueuse pour la simplicité semi-volontaire », a justement traité de cette question dans un article pour le magazine Urbania.

Lisez l’article « Quelques trucs pour moins dépenser sur vos abonnements numériques »

Elle écrivait en connaissance de cause.

« J’ai été abonnée à quasiment tout. Il y a quatre ans, j’étais tête folle en général. Je me suis ramassée avec une belle dette de 24 000 $. Mes dépenses, je les laissais aller et je ne faisais pas le portrait de tout ça. Je me suis retrouvée dans la schnoutte. »

Butiner les plateformes

Petite précision ici : il est plutôt exceptionnel que la multiplication des abonnements soit la cause principale de difficultés financières. « Le budget loisirs, c’est celui que les gens coupent quand ils n’ont plus d’argent », note Anaïs Beaulieu-Laporte, de l’Union des consommateurs. Constat qui semble confirmé à l’ACEF de l’est de Montréal, où on a épluché à la demande de La Presse les dossiers de consommateurs en difficultés financières depuis un an.

« Dans la quarantaine de dossiers sélectionnés au hasard, aucun d’entre eux n’avait d’abonnements à ces plateformes », précise Sonia Saint-Pierre, coordonnatrice.

La méthode de Gabrielle Thibault-Delorme pour éviter de retomber dans les dettes est simple : elle s’accorde des budgets précis pour différentes dépenses, notamment 30 $ par mois pour ses abonnements vidéo et audio. Comme elle conserve toujours Spotify, elle se promène tous les trois mois entre les différentes plateformes vidéo. Son principal critère : quelles séries sont offertes à un moment précis et qu’elle souhaite regarder.

« Apple TV+, je l’ai pris pour Ted Lasso, mais j’ai changé assez rapidement. En ce moment, je suis sur CraveTV parce que je voulais Succession. Je dépasse un peu mes trois mois, je suis vraiment satisfaite de Crave. »

Ce passage d’une plateforme à l’autre est d’autant plus facile que la plupart n’offrent pas d’incitations financières à prendre un abonnement annuel, note Bruno Guglielminetti. « Du point de vue des entreprises, je ne comprends pas. Elles ne mettent aucun incitatif à la fidélité, on n’a aucun avantage économique. Mais pour le consommateur, c’est intéressant et pratique. »

Couper dans le gras

Autre atout pour les abonnés, la plupart des plateformes offrent une période d’essai gratuite. « C’est super intéressant pour voir le contenu disponible, affirme Anaïs Beaulieu-Laporte. Quand il n’y a qu’une émission qui vous intéresse, on a une belle occasion de la visionner et de mettre fin à l’abonnement par la suite. »

Plus globalement, elle rappelle qu’il y a des « conseils de base » à suivre pour les abonnements, numériques ou autres. « On ne peut pas de façon réaliste tout consommer en même temps. Ça me paraît important de ne choisir que ce dont on a besoin. Il faut se rappeler qu’il n’y a que 24 heures dans une journée. »

J’ai suivi les conseils de mes interviewés. Peu avant la rédaction de cet article, j’ai fait un grand ménage dans mes abonnements numériques superflus. Je vous épargne la longue liste. Tidal, Apple One et Amazon Prime, entre autres, sont passés à la trappe, tout comme les jeux vidéo en ligne et les magazines trop peu lus. Amazon a multiplié les écrans pour me convaincre de rester, Cafeyn m’a fait passer par PayPal pour l’annulation, et ICI TOU.TV m’a offert un rabais de 3 $ pour six mois. Mais il a suffi d’une petite heure pour supprimer 116 $ de dépenses par mois.

Ou 1400 $ pour une année complète. À moins que je ne rechute d’ici là.

Abonnements numériques : quelques chiffres

66 %

Taux d’abonnement des Québécois à des services de télévision à la maison (contre 71 % pour des services de visionnement en ligne)

4,5 milliards

Revenus des services vidéo diffusés par internet au Canada en 2019

Source : Rapport de surveillance des communications, CRTC 2020

482 millions

Revenus des services sonores diffusés par internet au Canada en 2019

Source : Rapport de surveillance des communications, CRTC 2020

61 milliards US

Revenus mondiaux estimés de la vidéo sur demande en 2020

Source : Statista

13,4 milliards US

Revenus mondiaux de la diffusion de musique en ligne en 2020

Source : Statista