À l’aube de la quarantaine, Clément* et Sophie* sont conjoints de fait et parents de deux enfants en bas âge (4 ans et 8 mois). Cette jeune famille bénéficie de bons revenus d’emplois (environ 215 000 $/an en tout) qui, combinés à un train de vie raisonnable, lui procurent une forte capacité d’épargne.

Publié le 9 janvier
Martin Vallières
Martin Vallières La Presse

La situation

C’est ainsi que Clément et Sophie ont pu accélérer le remboursement de leurs prêts hypothécaires sur leur maison, avec un solde total réduit au tiers de sa valeur marchande d’environ 700 000 $. Aussi, Clément et Sophie ont déjà établi des régimes d’épargne-études (REEE) de quelques milliers de dollars pour chacun de leurs deux enfants encore d’âge préscolaire.

En contrepartie, les régimes enregistrés d’épargne-retraite (REER) et les comptes d’épargne libres d’impôt (CELI) de Clément et de Sophie affichent encore des soldes considérables en cotisations inutilisées, à hauteur de 300 000 $ en tout.

Aussi, Sophie a reçu récemment une somme de 250 000 $ en guise de legs présuccessoral de la part d’un proche parent.

Dans ce contexte, Clément et Sophie cherchent des conseils sur les meilleures façons de canaliser leur forte capacité d’épargne en vue de leurs projets familiaux à moyen terme et à long terme.

Entre autres, ils planifient des travaux de finition du sous-sol de la maison familiale, environ 40 000 $ dans deux ans, et le remplacement à neuf du véhicule familial, estimé à 60 000 $ (taxes comprises), aussi dans deux ans.

À plus long terme, Clément et Sophie veulent planifier la constitution d’un actif financier pour un projet de retraite hâtive de Sophie dans une quinzaine d’années, à 55 ans. Sophie serait alors admissible au premier niveau de rentes (environ 37 000 $ par an) du régime de retraite à prestations déterminées de son employeur.

En parallèle, Clément et Sophie cherchent des conseils afin d’optimiser la situation fiscale de leur budget et de leur patrimoine familial en fonction de leurs revenus à taux d’imposition déjà élevés.

La situation et les préoccupations de Clément et Sophie ont été soumises pour analyse-conseil à Julie Tremblay, planificatrice financière et conseillère en sécurité financière chez IG Gestion de patrimoine dans la région de Lévis, près de Québec.

Les chiffres

Clément*, 40 ans

Revenu d’emploi : 105 000 $
Régime enregistré d’épargne-retraite (REER) : 55 000 $
(cotisations inutilisées : 75 500 $)
Compte d’épargne libre d’impôt (CELI) : 95 000 $
(cotisations inutilisées : 60 000 $)
Compte d’épargne non enregistré : 20 000 $

Sophie*, 40 ans

Revenu d’emploi : 125 000 $ par an
Régime enregistré d’épargne-retraite (REER) : 55 000 $
(cotisations inutilisées : 112 000 $)
Compte d’épargne libre d’impôt (CELI) : 95 000 $
(cotisations inutilisées : 52 000 $)
Compte d’épargne non enregistré : 270 000 $

Actif familial

Régimes enregistrés d’épargne-études (REEE) : 15 000 $ pour l’enfant de 4 ans, 3000 $ pour l’enfant de 8 mois
Maison familiale : environ 700 000 $

Passif familial

Solde de prêts hypothécaires sur la maison : 210 000 $

Budget familial

Débours de résidence familiale : environ 25 000 $
Débours de style de vie familial : environ 55 000 $

Les conseils

Avant de leur faire part de conseils en planification financière et fiscale, Julie Tremblay estime important de rappeler à Clément et Sophie de bien vérifier l’adéquation de leurs documents d’ordre conjugal et successoral.

« Lorsqu’un couple vit comme conjoints de fait, et que les membres du couple sont parents d’enfants en bas âge, il est particulièrement important que ces ententes et ces documents [contrat de vie commune, testaments et mandats en cas d’inaptitude, assurance vie et invalidité, tuteur des enfants en cas de décès des deux conjoints, etc.] soient bien adaptés à la continuité des obligations financières et personnelles en cas de perturbations majeures à la situation familiale », indique Mme Tremblay.

PHOTO ERICK LABBÉ, LE SOLEIL

Julie Tremblay, planificatrice financière et conseillère en sécurité financière chez IG Gestion de patrimoine

Cela dit, en matière de planification financière et fiscale, Julie Tremblay constate que Clément et Sophie bénéficient de bons revenus comme « point de départ » en matière de planification budgétaire pour leurs projets importants à moyen et à long terme.

Toutefois, souligne Mme Tremblay, ce niveau de revenu familial rehausse d’autant l’importance de bien considérer les impacts fiscaux de leurs prochaines décisions en matière de planification financière.

Les revenus de Clément et Sophie sont importants, ce qui signifie que leurs taux d’imposition sont relativement élevés. C’est pourquoi je les encourage à prioriser la réduction de leur montant d’arrérages de cotisations à leur REER. C’est leur meilleure façon d’épargner pour la retraite tout en optimisant leur situation fiscale au fil des ans.

Julie Tremblay, planificatrice financière et conseillère en sécurité financière

Dans le cas de Sophie, Julie Tremblay lui recommande d’« utiliser son héritage de 250 000 $ pour combler ses arrérages de 112 000 $ en cotisations REER inutilisées, et de réduire ainsi son impôt pendant quelques années ». En second lieu, Mme Tremblay recommande à Sophie de combler ses arrérages de cotisations de 52 000 $ dans son CELI.

Quant au solde de 86 000 $ du montant de l’héritage, Julie Tremblay suggère à Sophie de le scinder en deux portions. Une première portion de 46 000 $ serait mise dans un compte d’épargne-placement non enregistré, et une deuxième portion de 40 000 $ pourrait servir au devancement des travaux sur la maison familiale, « mais après que cet apport singulier de Sophie dans l’actif immobilier familial eut été inscrit dans le contrat de vie commune avec son conjoint de fait », souligne Mme Tremblay.

En ce qui concerne la situation financière de Clément, Julie Tremblay lui recommande aussi de prioriser la réduction de ses arrérages de 75 500 $ en cotisations REER afin d’en optimiser le rendement fiscal durant ses années de revenu imposable élevé.

« Clément aurait même avantage à retirer des sommes de son CELI afin de maximiser ses cotisations annuelles à son REER. Il en obtiendrait de bons remboursements d’impôts qui pourraient ensuite servir à, notamment, rembourser les retraits effectués de son CELI jusqu’à la limite du montant annuel », explique Mme Tremblay.

Par ailleurs, en s’efforçant de combler leurs arrérages d’épargne en comptes avec avantages fiscaux, Clément et Sophie pourront aussi optimiser leur marge de manœuvre financière en vue de leurs prochains projets de grosses dépenses : les travaux sur la maison, prévus à hauteur de 40 000 $, et le remplacement à neuf du véhicule familial, estimé à 60 000 $.

« Selon l’évolution des taux d’intérêt d’ici là, et le rendement de leur épargne en CELI ou en compte non enregistré, Clément et Sophie pourront alors choisir le meilleur moyen de financer ces projets entre l’utilisation de leur marge de crédit hypothécaire et des retraits de leurs comptes d’épargne », dit Julie Tremblay.

* Bien que le cas mis en lumière dans cette rubrique soit réel, les prénoms utilisés sont fictifs.

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