Les primes à l’achat sont anormalement élevées

André Dubuc
André Dubuc La Presse

Une once d’argent pur se vend moins de 30 $ CAN au comptant (spot price), mais bonne chance à l’investisseur capable de se procurer des pièces à ce prix.

Les principaux détaillants, tels Kitco, Gold Silver Bull et l’Imaginaire, vendent une feuille d’érable d’une once en argent autour de 39 $, soit une prime de 30 % au-dessus du prix au comptant.

Le gestionnaire de portefeuille chez Valeurs mobilières Desjardins Hugo Bonenfant a porté la situation à l’attention de La Presse.

« C’est impossible pour un investisseur au détail d’avoir de l’argent physique au prix spot, indique-t-il dans un entretien téléphonique. Les seuls qui y parviennent, ce sont les gros comme Sprott. Sa fiducie négociée en Bourse investie en lingots d’argent [PSLV.TO, 10,45 $] a ajouté 60 millions d’onces d’argent dans ses coffres en 2021. On suppose que la fiducie a acheté des contrats à terme sur l’argent et a exigé la livraison du métal à leur échéance, puisque la quantité d’argent disponible pour livraison au COMEX [le principal marché à terme sur les métaux] a baissé de 60 millions d’onces au cours de la période. »

Au 30 septembre dernier, la fiducie Sprott PSLV détenait en coffre 151 millions d’onces d’argent. Elle possédait 91 millions d’onces au 31 décembre 2020.

Toujours est-il que l’écart observé dans le marché de l’argent est anormalement élevé et qu’il est bien supérieur à l’écart existant dans l’or.

À titre de comparaison, l’écart entre le prix au comptant et le prix au comptoir d’une pièce de feuille d’érable d’une once d’or pur est de l’ordre de 7 % seulement. Le prix au comptant étant de 2250 $ et celui au comptoir de 2400 $ le 5 novembre.

La prime au-dessus du prix au comptant est fonction du volume. Par exemple, la prime sur le lingot de 100 oz peut être la moitié de celle sur une pièce de 1 oz, explique-t-on chez Kitco. Mais, la prime dépend d’abord et avant tout de la disponibilité des métaux pour les pièces d’investissement.

« Il y a deux ans, on envoyait une commande à la Monnaie royale canadienne et elle était remplie sans problème. Depuis plus d’un an, nous avons une allocation spécifique de la Monnaie royale canadienne, sans pouvoir en recevoir plus. C’est la même histoire pour tous les détaillants », indique Jonathan Da Silva, négociateur chez Kitco.

« Les prix sont fixés par les marchands de pièces d’investissement. Nous avons réussi à livrer nos produits d’investissement en argent de manière fiable et consistante toute l’année, sans interruption. Nous continuons de produire à pleine capacité pour répondre à la demande renforcée de notre clientèle », se défend la Monnaie royale canadienne, par la voix de son porte-parole Alexandre Reeves.

La COVID-19 entrave la production

« La prime sur l’argent est plus élevée que d’habitude, pour la peine », confirme de son côté Benoit Doyon, propriétaire de la chaîne de boutiques pour collectionneurs Imaginaire.

PHOTO FOURNIE PAR LES FESTIFS

Benoit Doyon, propriétaire de la chaîne de boutiques Imaginaire

Des lingots en argent d’une once de la Monnaie royale, j’en achète souvent 500 unités d’un coup. Je n’en ai plus. Ça fait plus d’un an que j’en cherche.

Benoit Doyon, propriétaire des boutiques Imaginaire

M. Doyon explique la limitation de l’offre de produits en provenance de la Monnaie royale par les contraintes de production liées à la COVID-19 et par la forte demande pour l’argent physique.

M. Da Silva constate lui aussi qu’à son niveau actuel, la prime est élevée sur une base historique. En mars 2020, quand les raffineries avaient temporairement fermé en raison du confinement, la prime sur l’argent physique a grimpé jusqu’à 9 $ US, fait-il remarquer.

« Chez Kitco, nous sommes nets vendeurs [elle en vend plus qu’elle n’en rachète]. Ça démontre qu’il y a un intérêt encore dans les métaux précieux, dit M. Da Silva. Mais, Kitco ne craint pas la rupture de stock.