(Toronto) Ceux qui n’ont pas demandé d’augmentation de salaire ces derniers temps risquent de passer à côté de ce que les recruteurs et les accompagnateurs en gestion et transition de carrière considèrent être une occasion en or attribuable aux tensions connues par le marché du travail.

Ian Bickis La Presse Canadienne

« C’est une lutte pour la main-d’œuvre, en ce moment, c’est un combat », observe Allison Venditti, accompagnatrice en gestion de carrière et fondatrice de Moms at Work.

Selon elle, de nombreux clients constatent que leur salaire actuel est en décalage de plusieurs dizaines de milliers de dollars par rapport à leur valeur marchande, alors que les entreprises se démènent pour embaucher des talents dans la foulée du départ de plusieurs personnes du marché du travail.

« C’est fou sur ce marché », assure-t-elle.

Statistique Canada a souligné, la semaine dernière, qu’il y avait un nombre record de 731 900 postes vacants au deuxième trimestre, soit un bond de 25,8 % par rapport à deux ans plus tôt, tandis que le salaire horaire pour tous les postes vacants était en hausse de 7,3 %, ou 1,55 $, à 22,85 $ l’heure sur la même période. Les recruteurs affirment que le marché n’a repris que depuis le début de l’été, lorsque les restrictions contre la COVID-19 se sont assouplies.

Pour savoir si un salaire est conforme aux taux actuels, on peut avoir recours à des sites comme Glassdoor et PayScale, mais pour des chiffres plus précis et plus à jour, il est aussi possible de consulter les offres d’emploi, où Mme Venditti a observé que les entreprises affichaient de plus en plus les échelles salariales pour attirer les candidats.

Pour savoir les salaires de collègues, Mme Venditti suggère d’utiliser la stratégie consistant à demander si un salaire est inférieur ou supérieur à un montant énoncé, car de nombreuses personnes sont encore mal à l’aise de parler de cette question souvent jugée personnelle. Elle ajoute qu’une de ses clientes a découvert, grâce à cette technique, qu’un collègue masculin gagnait 50 000 $ de plus qu’elle pour le même travail.

Or, certaines entreprises ne permettent pas aux travailleurs de discuter de leur rémunération, ce que la Loi sur la transparence salariale de l’Ontario devait interdire jusqu’à ce que le premier ministre Doug Ford empêche son entrée en vigueur.

De nombreuses entreprises ne sont pas non plus disposées ou en mesure d’offrir d’importantes augmentations à leurs employés. Ainsi, ceux qui veulent obtenir certains des meilleurs salaires du marché doivent être prêts à aller travailler ailleurs, a souligné Mme Venditti.

« S’ils disent non, alors on doit être prêt à partir. »

Pour ceux qui souhaitent rester, de nombreuses entreprises offrent une gamme d’autres avantages tels que des semaines de travail de quatre jours, le télétravail, un plus grand nombre de journées de vacances et des activités payées de réseautage et de formation. Mme Venditti suggère de déterminer ce dont on a le plus besoin — ce qui est, pour plusieurs personnes de nos jours, simplement du temps.

« Il faut regarder quelles sont nos options en ce qui a trait à ce dont on a besoin pour se sentir comblé ; ce n’est peut-être pas seulement davantage d’argent. »

Être prêt à livrer la marchandise

Alan Kearns, associé directeur et fondateur de CareerJoy, estime qu’il est important de faire présenter une analyse de ce qu’on apporte à son entreprise, pour ne pas que ne soit qu’une question d’argent.

« On ne veut pas seulement parler de finance, puisque cela peut donner l’impression qu’on est gourmand et qu’on a une vision à court terme. »

Il est également important d’être en mesure de « livrer la marchandise » si on demande une augmentation significative, ajoute-t-il.

« Si on fait une demande pour le « haut de gamme », on est certainement mieux de pouvoir fournir une valeur « haut de gamme », puisqu’il y aura désormais des attentes à cet égard. »

En outre, les occasions d’augmentations ne se trouvent pas seulement aux échelons supérieurs.

Travis O’Rourke, président de l’agence de recrutement Hays Canada, observe que si l’activité d’embauche se situait surtout dans les équipes de haute direction au début de la reprise économique, elle est maintenant généralisée et les personnes reçoivent plusieurs offres.

« En ce moment, le marché est vraiment actif aux niveaux inférieurs. »

La semaine dernière, le géant américain du commerce de détail en ligne Amazon a annoncé qu’il augmentait son salaire horaire d’entre 1,60 $ et 2,20 $ l’heure, pour le fixer dans une fourchette comprise entre 17,00 $ et 21,65 $, alors qu’il envisage d’embaucher 15 000 nouveaux employés pour ses entrepôts et ses centres de distribution.

M. O’Rourke note que le marché offre aux travailleurs horaires des occasions de faire le saut vers la stabilité d’un poste de salarié, alors que les entreprises cherchent à sécuriser les travailleurs dans un marché tendu.

Julian Hallett, directeur du développement de l’entreprise au cabinet de recrutement Bowen Group, dit avoir constaté une augmentation du nombre de personnes qui demandent 2 $ ou 3 $ de plus par heure pour des postes de premier échelon.

« Les gens savent qu’on leur offre beaucoup d’emplois, alors ils essaient d’obtenir le plus d’argent possible. »

Il faut cependant rester prudent, car les discussions anecdotiques sur la hausse des salaires ne sont pas encore clairement apparues dans les données, fait valoir Mikal Skuterud, professeur au département d’économie de l’Université de Waterloo.

Selon lui, les données sur les salaires moyens de Statistique Canada ont été faussées par l’évolution rapide de la composition de la main-d’œuvre. Entre-temps, ses recherches axées sur un groupe de base de travailleurs principalement dans le commerce de détail n’ont montré aucune preuve d’une augmentation de salaire au cours des derniers mois.

Malgré tout, les statistiques signalent clairement un resserrement des marchés du travail, dans une mesure assez remarquable.

« C’est certainement un marché de travailleurs, c’est un bon moment pour commencer à chercher. »