Avec la fin prochaine de la quarantaine obligatoire au retour, l’idée de s’envoler pour l’étranger devient plus intéressante pour de nombreux Québécois. À quel prix pourront-ils voyager ? Difficile à dire, mais les retardataires risquent de devoir délier davantage les cordons de leur bourse.

Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

Il faudra des années à l’industrie aérienne pour se relever de la pandémie de COVID-19, mais cela n’empêche pas certains créneaux de reprendre du poil de la bête. Les forfaits vacances vers les destinations soleil font partie de cette catégorie.

« Généralement, quelqu’un qui part entre janvier et février va réserver en septembre ou en octobre, relate Éric Boissonneault, propriétaire de l’agence Voyage Performa, située à Boucherville. Les gens qui attendent pour réserver auront à payer plus cher à la dernière minute. L’offre est là, mais la demande est plus tôt. »

La clientèle semble au rendez-vous pour réserver des vols prévus dans quelques mois, selon ce dernier. Entre-temps, il est toujours possible de dénicher des forfaits à des prix « intéressants » à moyen terme – jusqu’en octobre – dans certaines destinations comme le Mexique.

Mais en ce qui a trait à la prochaine saison hivernale, le propriétaire de Voyage Performa estime que la demande devrait être comparable à ce qui était observé en 2019, avant la crise sanitaire.

Il n’est pas le seul à avoir la même lecture. En marge du dévoilement des résultats du deuxième trimestre, le 10 juin dernier, la présidente et cheffe de la direction de Transat A. T., Annick Guérard, avait abondé dans le même sens.

« En juin, [dans l’industrie] nous étions à environ 25 % et 30 % du niveau de 2019, a souligné le président de l’Association des agents de voyages du Québec, Moscou Côté, également directeur général de Voyages Constellation.

Oui, il y a une hausse de la demande. Cela devrait normalement stimuler les prix. Mais les transporteurs vont aussi ajouter des vols.

Moscou Côté, président de l’Association des agents de voyage du Québec

Au sud de notre frontière, où les restrictions sanitaires ont été levées plus rapidement qu’au Canada, Delta Air Lines, qui s’attend à rappeler plus de 1000 pilotes d’ici l’été prochain, prévoit que le créneau du voyage d’agrément renouera avec son niveau d’avant la pandémie. Toutefois, les tarifs n’ont pas encore suivi la même trajectoire, selon cet important acteur du secteur aérien aux États-Unis.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Virginia Beach, sur la côte est américaine

S’il est difficile de prévoir les prix, une dépense s’ajoutera à la facture des consommateurs dès que l’on exige un test négatif à la COVID-19, comme on continuera de l’exiger au Canada pour les voyageurs pleinement vaccinés. Selon le type de test – PCR ou sérologique – et la destination, la somme à débourser peut osciller entre 100 $ et 250 $, selon M. Boissonneault.

Assez de place ?

Parallèlement à la demande, la capacité offerte par les transporteurs aériens peut également avoir un rôle à jouer sur la fluctuation des prix.

Par exemple, au cours de la saison hivernale 2019, l’offre entre le Canada et le Mexique, la République dominicaine, Cuba, les Caraïbes, la Jamaïque et l’Amérique centrale était de 4,7 millions de sièges, selon des données de Transat A. T. présentées aux investisseurs à l’époque. Le portrait pourrait être différent en raison de la pandémie.

« Les flottes de compagnies comme Air Canada, Air Transat et WestJet ont changé, souligne le directeur du groupe d’études en management des entreprises en aéronautique à l’UQAM Mehran Ebrahimi. Est-ce qu’il y aura des sièges pour répondre à la demande ? Les passagers, pour les destinations touristiques, vont être au rendez-vous. »

Mais pour constater une hausse générale des prix à l’échelle mondiale, les « astres doivent également s’aligner », souligne l’expert, en indiquant que la pandémie doit continuer de « s’affaiblir » et que la vaccination doit continuer à s’accélérer.

Si les forfaits vacances semblent avoir la cote pour l’instant, cela n’empêchera pas certains voyageurs d’opter pour d’autres types de séjours, comme en Europe ou ailleurs dans le monde. Encore là, il est difficile de prédire avec certitude que les acteurs du secteur touristique, comme les hôteliers, qui ont dû mettre en place des mesures sanitaires, refileront la facture à leur clientèle.

« Il y a des destinations dans le monde, comme la Grèce, où l’économie repose grandement sur le tourisme, illustre Marc-Antoine Vachon, titulaire de la Chaire de tourisme Transat et professeur à l’UQAM. Est-ce qu’on va prendre le risque que les tarifs soient élevés ? Il y a des entreprises qui ont besoin d’une entrée de fonds. »

À l’étranger, l’offre de vols à partir du Québec devrait augmenter progressivement, notamment avec le redémarrage des activités de Transat A. T. à compter du 30 juillet. À l’heure actuelle, les intervenants consultés ont observé des prix similaires à ceux d’avant la pandémie.

Il semble également difficile d’anticiper la demande à court terme, puisque bon nombre de Québécois ont déjà planifié leurs vacances.

« On ne voit pas grand-chose pour le moment en août, a analysé M. Boissonneault. Mais on se fait poser des questions pour 2022. C’est bon signe. »

De l’incertitude et beaucoup de questionnements

Un résultat négatif de test de dépistage de la COVID-19 est-il obligatoire ? Y a-t-il une quarantaine à l’arrivée ? D’un pays à l’autre, les exigences varient lorsqu’on veut voyager en période de pandémie. Les voyagistes espèrent que cette situation incitera les consommateurs à se tourner vers eux.

Bien conscient du fait qu’il plaide pour ses membres, le président de l’Association des agents de voyages du Québec, Moscou Côté, croit néanmoins que le rôle des agents peut s’avérer « plus utile » par les temps qui courent.

« Il y a des conseils à donner parce que les règles sont différentes d’un pays à l’autre et que ça change, explique-t-il. Au moment d’effectuer une réservation, votre conseiller va vous informer. »

On l’a aussi vu au début de la pandémie. Il y en a qui se sont retrouvés devant un casse-tête avec de longues heures d’attente au téléphone pour revenir au pays.

Moscou Côté, président de l’Association des agents de voyages du Québec

Il en va de même pour les questions entourant les remboursements pour les vols annulés à cause de la crise sanitaire, ajoute Éric Boissonneault, propriétaire de l’agence Voyage Performa.

Mais si les agents de voyages se targuent de pouvoir informer leur clientèle des restrictions en vigueur selon les destinations, les grandes plateformes de réservation comme Expedia, Booking.com et Kayak ne sont pas demeurées les bras croisés.

Le consommateur doit effectuer les démarches pour s’informer des règles sanitaires en vigueur à sa destination, mais des sections ont été spécialement aménagées à cet effet. Dans certains cas, les informations sont toutefois fournies par des tiers.

Des plateformes suggèrent ainsi aux voyageurs de s’assurer de la validité de ce qui est présenté auprès des autorités officielles du pays dans lequel ils doivent se rendre.