Vivre seul coûte plus cher que de vivre à deux lorsqu’on partage les dépenses. Et le choc peut être brutal lorsqu’on se sépare après de nombreuses années de vie commune.

Martine Letarte Martine Letarte
Collaboration spéciale

La situation

Johanne*, 53 ans, divorce après 17 ans de mariage et 37 ans de vie commune. Elle travaille à temps partiel comme éducatrice en service de garde scolaire et a très peu d’épargnes.

Le couple a un petit condo d’une valeur de 240 000 $. Il souhaite le vendre. Johanne se demande si elle devrait ensuite louer un appartement. Ceux qui l’intéressent sont généralement loués entre 1400 et 2000 $ par mois. Elle a aussi envisagé d’acheter un nouveau condo, mais les prix sont de 325 000 $ et plus. Elle se demande ce qu’elle devrait faire pour se loger et elle souhaite aussi commencer à économiser pour ses vieux jours.

Les chiffres

Salaire annuel : 25 000 $

CELI : 500 $

Valeur du condo du couple : 240 000 $

Part du régime de retraite de l’employeur de l’ex-conjoint : valeur encore inconnue

Part du Régime de rentes du Québec (RRQ) de l’ex-conjoint : valeur encore inconnue

Elle utilise sa carte de crédit d’une limite de 2000 $ pour ses dépenses courantes

La solution

Traverser un divorce après plusieurs années de vie commune est un évènement lourd de conséquences sur ses finances personnelles. « Il faut prendre le temps de regarder combien on gagne d’argent brut par année, combien on a réellement dans son compte de banque chaque mois, quelles sont ses dettes, quelles sont ses dépenses, à quels postes budgétaires on pourrait faire des coupes pour dégager des sommes, etc. », explique Hadi Ajab, planificateur financier indépendant et représentant en épargne collective rattaché à Services en placements PEAK.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

Hadi Ajab, planificateur financier indépendant et représentant en épargne collective rattaché à Services en placements PEAK

Il s’inquiète aussi de voir que Johanne a seulement 500 $ de côté dans un CELI. « S’il lui arrive un imprévu, elle sera rapidement mal prise. Elle doit se constituer un fonds d’urgence qui équivaut au moins à trois mois de dépenses. Ensuite, elle devra aussi commencer à mettre de l’argent de côté pour sa retraite. »

Or, avec un salaire annuel d’environ 25 000 $, couvrir ses besoins de base est déjà un défi. D’autant plus qu’on sait que les prix de location des logements et de l’achat des résidences ont beaucoup augmenté récemment au Québec en raison de la vigueur du marché. « Johanne devrait évaluer l’option de commencer à travailler à temps plein afin d’augmenter son revenu », affirme Hadi Ajab.

Mais les différentes étapes de la séparation changeront aussi la donne. « Lorsque cela fait plus de 90 jours que le couple n’habite plus ensemble et qu’il n’y a plus de potentiel de réconciliation, ce n’est plus le revenu familial, mais le revenu individuel net de Johanne qui est pris en compte pour calculer les crédits et prestations auxquels elle a droit, explique Hadi Ajab. Ainsi, si l’ancien conjoint gagne un gros salaire, elle verra une bonne différence sur ce qu’elle recevra. »

L’étape suivante est la séparation de corps qui nécessite un jugement de la cour. « Johanne pourra alors régler la question du partage du patrimoine familial, indique M. Ajab. Comme le couple est marié, il est aussi possible qu’elle ait droit à une pension alimentaire. Ce sera le cas si le revenu de son ancien conjoint est élevé, mais s’il n’a pas de revenu, elle pourrait devoir lui en verser une. »

La séparation du patrimoine

Johanne était mariée les 17 dernières années, sans avoir choisi de régime matrimonial, donc c’est celui de la société d’acquêts qui s’applique. Elle privilégie le partage des biens accumulés pendant le mariage, tout en permettant à chacun des époux d’exclure certains biens, comme un héritage.

Mais peu importe le régime matrimonial choisi, les règles du patrimoine familial ont préséance. « La résidence familiale et ses meubles en font partie, de même que les véhicules utilisés par le couple, le régime privé de retraite, le RRQ et le régime enregistré d’épargne-retraite (REER) », énumère le planificateur financier.

Par contre, les sommes accumulées avant le mariage, donc pendant les nombreuses années où ils ont vécu comme conjoints de fait, sont exclues du patrimoine familial.

D’où l’importance, pour les conjoints de fait, de faire un contrat de vie commune. Il faut documenter ce qu’on a au début de la vie commune et s’entendre sur le partage des actifs en cas de séparation. Un contrat de vie commune peut aller très loin, même inclure le partage du RRQ et une pension alimentaire. Mieux vaut parler de ces questions lorsque le couple va bien.

Hadi Ajab, planificateur financier

Le coût d’être propriétaire

Johanne verra ainsi combien elle aura en revenus chaque mois et pourra calculer si c’est suffisant pour être admissible à un prêt hypothécaire. L’Agence de la communication en matière financière du Canada a un outil d’évaluation d’admissibilité à un prêt hypothécaire qui recommande de ne pas dépasser 32 % pour l’amortissement brut de la dette, soit le montant du versement hypothécaire, le chauffage et les impôts fonciers par rapport au revenu brut. Avec 25 000 $ de salaire annuel brut, c’est 666 $ par mois. Le taux monte à 40 % si on inclut les autres dettes.

Il faut aussi savoir qu’à partir du 1er juin, les règles pour être admissible à un prêt hypothécaire au Canada seront rehaussées.

Comme le budget de Johanne est serré, Hadi Ajab lui suggère d’évaluer l’option de rester dans le condo acheté en couple en obtenant un refinancement pour racheter la part de son ex-conjoint.

« La moitié du condo est seulement 120 000 $, donc les versements seraient peu élevés et elle éviterait de payer la taxe de mutation immobilière et le déménagement, indique-t-il. Par contre, avec l’effervescence du marché actuel, il faudrait faire appel à un spécialiste afin de s’assurer que la valeur marchande du condo est réellement de 240 000 $. »

Si l’achat d’une propriété n’est pas possible, Johanne devra partir à la chasse au logement pour en trouver un à prix raisonnable en fonction de son revenu. L’objectif est qu’elle puisse vivre confortablement tout en commençant à mettre un peu d’argent de côté. « À 53 ans, indique Hadi Ajab, il est vraiment temps qu’elle prenne en main ses finances. »

Consultez l’outil d’évaluation d’admissibilité à un prêt hypothécaire du gouvernement du Canada

* Bien que le cas mis en lumière dans cette rubrique soit réel, le prénom utilisé est fictif.