Une étude conclut qu’ils sont de piètres investisseurs, réalisant en moyenne des rendements 3 % inférieurs aux indices de référence

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

Nous nous fions souvent à notre conseiller financier pour faire nos choix de placements. Mais quels placements se trouvent dans le portefeuille personnel de notre conseiller ? Plus important encore : est-il capable d’obtenir de bons rendements ?

Une nouvelle étude réalisée au Canada et publiée dans le numéro courant du Journal of Finance révèle que, contrairement à ce qu’on pourrait croire, les conseillers financiers sont de mauvais investisseurs.

Des chercheurs du Dartmouth College, une université privée du New Hampshire, ont réalisé que les conseillers financiers obtiennent des rendements annuels inférieurs de 3 % aux indices de référence, en moyenne, une fois les frais inclus, soit sensiblement le même rendement que celui de leurs clients.

Pour arriver à ces résultats, les coauteurs Juhani Linnainmaa, Brian Melzer et Alessandro Previtero ont eu accès aux données des portefeuilles personnels de plus de 3000 conseillers financiers canadiens et de 500 000 clients pour les années allant de 1999 à 2013.

Les chercheurs ont découvert que les « meilleurs » conseillers financiers avaient des rendements annuels moyens inférieurs d’environ 2 % aux indices de référence, tandis que les pires avaient des rendements inférieurs de près de 4 %.

« Ce sont les fausses croyances des conseillers financiers qui sont à l’origine de leurs coûteux portefeuilles », expliquent-ils dans leur étude intitulée « The Misguided Beliefs of Financial Advisors ».

Leur contre-performance découle de deux facteurs. Premièrement, les conseillers investissaient généralement leur propre argent et l’argent de leurs clients dans des fonds communs de placement (communément appelés fonds mutuels), des produits qui sont assortis de frais de gestion annuels élevés (souvent 2 % de la taille du portefeuille par année), ce qui freine la croissance des actifs.

Deuxièmement, les conseillers adoptaient de mauvais comportements d’investisseurs, ce qui leur coûtait de précieux points de rendement. « Cela incluait l’absence de diversification, une fréquence élevée de transactions, une tendance à favoriser les fonds qui avaient récemment connu des rendements élevés – et ce, en dépit du fait que ces stratégies sont associées à des sous-performances », écrivent les auteurs.

Consultez l’étude « The Misguided Beliefs of Financial Advisors » (en anglais)

L’étude montre que les conseillers financiers continuaient de sous-performer dans les marchés même après avoir quitté leur emploi, changé de travail ou pris leur retraite, ce qui indique qu’ils ne bâtissaient pas ces portefeuilles peu performants afin de promouvoir certains produits auprès de leur clientèle.

« Changer leurs croyances »

Selon les auteurs, les conseillers financiers doivent « changer leurs croyances » s’ils veulent améliorer leurs conseils et leur performance.

Peu de conseillers savent par exemple que la gestion active du portefeuille et la sélection de titres produisent typiquement de moins bons rendements et plus de volatilité que l’achat d’investissements passifs et diversifiés, comme des Fonds négociés en Bourse (FNB).

Richard Morin, président et chef de la direction d’Archer Gestion de patrimoine, note que l’étude utilise des données de 1999 à 2013, et que la plus grande popularité des FNB depuis quatre ou cinq ans pourrait justement améliorer le portrait global.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Richard Morin, président et chef de la direction d’Archer Gestion de patrimoine

Cela dit, l’étude déboulonne le mythe qu’un conseiller financier, c’est quelqu’un qui a une compétence unique pour faire fructifier l’argent. Il n’y a rien de plus faux que ça.

Richard Morin, président et chef de la direction d’Archer Gestion de patrimoine

Une contre-performance de quelques points de pourcentage peut paraître peu. Mais pour un investisseur, un manque à gagner de 2 % par année peut faire une différence de centaines de milliers de dollars, voire plus, au cours de sa vie, note Richard Morin.

« C’est la différence entre passer sa retraite à voyager ou passer sa retraite sur son balcon. »

Marc-André Turcot, gestionnaire de portefeuille chez Demos gestion de patrimoine familial (Raymond James) et chargé de cours à l’Université de Sherbrooke, remarque que les conseillers financiers analysés par les chercheurs ont les mêmes biais émotionnels que leurs clients – ce qui est loin d’être idéal.

« C’est la première fois que je vois une étude qui analyse à la fois le rendement des clients et de leur conseiller, et cela explique bien des choses ! », dit-il.

La plupart des conseillers courent après les rendements élevés, ce qui, paradoxalement, risque de produire des rendements inférieurs à ceux du marché, notamment lorsqu’on vend lors d’une correction importante, note-t-il.

« Le rendement à long terme de la Bourse est stable et se situe autour de 9 % », dit M. Turcot. Pourtant, très peu d’investisseurs ou de conseillers financiers obtiennent cette croissance.

On voit surtout un manque de gestion émotionnelle.

Marc-André Turcot, gestionnaire de portefeuille et chargé de cours à l’Université de Sherbrooke

Même si les FNB ont des frais de gestion souvent inférieurs de 80 à 90 % par rapport à ceux des fonds communs de placement à gestion active, ils ne sont souvent pas offerts aux clients parce que les grandes institutions financières n’ont aucun avantage à le faire, note Richard Morin.

« Pour elles, ces produits rapportent trop peu en frais de gestion. »

Marc-André Turcot note toutefois qu’un portefeuille de FNB peut aussi donner de mauvais rendements si l’investisseur ou le conseiller financier qui s’en occupe ne contrôle pas ses émotions et tente d’acheter et de vendre en prévision de la direction des marchés.

« Au-delà des frais, l’approche stratégique et la gestion émotionnelle sont des facteurs à considérer dans la gestion d’un portefeuille, qu’elle soit assistée d’un conseiller ou non. »

40 %

C’est la proportion des ménages canadiens qui utilisent les services d’un conseiller financier, selon le sondage The Canadian Financial Monitor (CFM).