Martin* a pris sa retraite en octobre dernier, un choix motivé par la pandémie. Il se demande quel serait le meilleur moment pour commencer à recevoir ses prestations du Régime de rentes du Québec (RRQ) et de la Sécurité de la vieillesse (SV) ainsi que pour sortir ce qu’il a accumulé dans son REER.

Martine Letarte Martine Letarte
Collaboration spéciale

La situation

Martin et sa femme Josée* ont terminé de payer leur maison, dans laquelle ils aimeraient habiter le plus longtemps possible. Martin a pris sa retraite en octobre dernier, à 63 ans. Sans régime de retraite de son employeur, il ne reçoit actuellement aucun revenu, mais le couple profite du fractionnement des revenus de retraite. À 66 ans, Josée est retraitée depuis 2011 et a une rente annuelle du Régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics (RREGOP). Elle reçoit ses prestations du RRQ et de la SV depuis trois ans. Josée et Martin n’ont pas de dettes. Leurs dépenses annuelles sont de 55 000 $, mais ils pourraient les réduire à 50 000 $ au besoin. « En plus de savoir quand Martin devrait demander ses prestations du RRQ et de la SV, nous aimerions savoir quel serait le meilleur moment pour commencer à sortir nos REER et jusqu’à quel âge nous pourrons maintenir notre train de vie », demande Josée.

Les chiffres

Dépenses annuelles du couple : 55 000 $
Valeur de la maison : 380 000 $
Josée, 66 ans
RREGOP : 39 600 $
RRQ : 11 400 $
SV : 7300 $
REER : 96 000 $
CELI : 89 000 $
Épargne non enregistrée : 161 500 $

Martin, 63 ans
Estimation RRQ : 770 $ par mois s’il la demande à 63 ans et 860 $ s’il la demande à 65 ans
REER : 518 000 $
CELI : 91 800 $
Épargne non enregistrée : 88 000 $

Une retraite confortable

Avec leur train de vie raisonnable, le régime de retraite de Josée et un patrimoine de 1,4 million de dollars sans aucune dette, le couple peut être rassuré par rapport à son avenir, d’après Hadi Ajab, planificateur financier indépendant et représentant en épargne collective inscrit auprès de Services en placements Peak.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Hadi Ajab, planificateur financier indépendant et représentant en épargne collective inscrit auprès de Services en placements Peak

Il a fait ses projections avec des dépenses annuelles de 55 000 $, indexées à 2 % par année. Pour les placements, il a prévu un taux de rendement moyen de 3,50 % pour les CELI et les REER ainsi que de 2 % pour l’épargne non enregistrée. En suivant les normes de l’Institut québécois de planification financière (IQPF), l’espérance de vie de Martin est de 94 ans et elle est de 96 ans pour Josée, ce qui les mènerait en 2052.

« Plus les projections sont lointaines, plus le risque d’erreur devient grand, mais en supposant que les différents éléments de leur situation ne varient pas d’ici là et en respectant un plan financier minutieux, il leur resterait 1,8 million en 2052, en plus de la valeur de leur maison, indique M. Ajab. Le couple pourrait donc aussi décider sans crainte d’augmenter son train de vie de 10 000 $ par année, voire plus. »

Retarder le plus possible le RRQ et la SV

Restons tout de même aux besoins actuels du couple, fixés à 55 000 $. Alors que Josée a un revenu brut annuel de 58 300 $, il manque peu d’argent pour couvrir les dépenses du couple. C’est d’autant plus vrai considérant que Josée et Martin fractionnent leurs revenus de retraite afin de réduire leur facture fiscale.

« Le couple a déjà environ 51 000 $ nets par année, il a donc besoin de 4000 $ nets de plus », évalue Hadi Ajab.

À ses yeux, il est évident que Martin n’a pas besoin de demander maintenant ses prestations gouvernementales. S’il est en bonne santé, il pourrait retarder à 70 ans ses demandes au RRQ et à la SV pour bonifier ces prestations respectivement de 42 % et de 36 %.

« La bonification de ces prestations est intéressante pour le couple, surtout en considérant que la rente du régime de retraite de Josée est très faiblement indexée, précise M. Ajab. En 2021, son indexation a été de 0,36 %, ce qui est beaucoup moins que l’augmentation du coût de la vie. »

Épargne non enregistrée

Le planificateur financier conseille au couple de commencer par piger dans son épargne non enregistrée, qui monte à environ 250 000 $. « D’abord, le couple doit revoir sa stratégie d’investissement afin de s’assurer que les placements sont bien diversifiés, qu’ils sont avantageux fiscalement, qu’ils tiennent compte de l’horizon de placement et qu’ils seront accessibles au fur et à mesure qu’ils en auront besoin. »

CELI

Hadi Ajab leur suggère également de retirer des sommes de leurs placements non enregistrés chaque année pour maximiser leur CELI. Ces sommes pourront donc continuer à croître à l’abri de l’impôt. En 2021, c’est donc 6000 $ de plus chacun qu’ils peuvent investir dans leur CELI.

« S’ils en venaient à épuiser leur épargne non enregistrée avant d’avoir 71 ans, je leur conseillerais de faire des retraits dans leur CELI », précise-t-il.

Transformer les REER en FERR

Comme Josée et Martin n’ont pas besoin de piger dans leurs REER pour couvrir leurs dépenses annuelles, Hadi Ajab leur conseille d’attendre le plus tard possible, soit à 71 ans, avant de transformer leurs REER en Fonds enregistré de revenu de retraite (FERR). Un retrait minimum, calculé selon l’âge et la somme accumulée, doit être fait chaque année avec le FERR.

Assurance

Alors que le couple tient à rester dans sa maison le plus longtemps possible, Hadi Ajab lui suggère aussi de se munir d’une assurance de soins de longue durée. « Les traitements spécialisés et les soins à domicile peuvent être très dispendieux, et ce type d’assurance leur donnera une rente qui pourra notamment servir à couvrir ces besoins. C’est important, parce que le couple veut rester le plus longtemps possible dans sa maison. Il a les moyens de se payer cette assurance tout en continuant à profiter de la vie. »

* Bien que le cas mis en lumière dans cette rubrique soit réel, les prénoms utilisés sont fictifs.

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