Finances personnelles, investissement, consommation… Une fois par mois, la chroniqueuse Stéphanie Grammond fait le tour des petites et grandes questions qui préoccupent les lecteurs de La Presse.

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

Q. « Pour une personne qui sera retraitée d’ici 3 ans, est-ce une bonne idée d’investir dans un REER du Fonds FTQ ? » — Paul A.

« Est-ce que je pourrais acheter 5000 $ de la FTQ et 5000 $ de la CSN ? Ou seulement 5000 $ de l’une d’entre elles ? » — Paul D.

« Je dois contribuer à mon REER et j’hésite à prendre celui de la FTQ. Je sais qu’il y a des particularités. Dans quel cas aller vers ce type de REER ? » — Élise

PHOTO PAUL CHIASSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le siège de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec à Montréal

R. Disons-le clairement : les fonds de travailleurs sont pratiquement un incontournable pour les épargnants qui approchent de la retraite. Leurs généreux crédits d’impôt procurent l’équivalent d’un rendement garanti que vous ne trouverez nulle part ailleurs, surtout en cette ère de taux d’intérêt faméliques.

Le crédit combiné fédéral-provincial s’élève à 30 % pour le Fonds de solidarité FTQ et à 35 % pour Fondaction de la CSN. C’est sans compter la déduction fiscale que vous obtenez, en fonction de vos revenus, si vous investissez dans un régime enregistré d’épargne-retraite (REER).

Si vous cotisez le maximum annuel de 5000 $, le crédit atteindra 1500 $ à la FTQ ou 1750 $ à la CSN. Mais impossible de passer à Go deux fois ! Le plafond est de 5000 $ au total, et non pas pour chacun des fonds.

Toutefois, ce cadeau fiscal vient avec des menottes.

En gros, on ne peut pas retirer ses billes avant d’arriver à la retraite, sauf exception (ex. : achat d’une première maison, retour aux études). Et ceux qui approchent de la retraite doivent laisser leur argent investi au moins deux ans avant de le récupérer.

Conséquemment, le bonbon fiscal n’a pas la même saveur pour tout le monde, comme le démontrent les calculs de Martin Dupras, de la firme ConFor Financiers, qui est aussi Fellow de l’Institut québécois de planification financière (IQPF).

Pour un travailleur qui prendra sa retraite dans deux ans, le crédit d’impôt de Fondaction représente un « rendement fiscal » annuel composé de 24 %. Énorme ! Et cela s’additionne au véritable rendement du fonds.

Pour quelqu’un qui est à sept ans de la retraite, le « rendement fiscal » baisse à 6,3 % par an, ce qui demeure hautement avantageux. Le rendement du crédit baisse à 2,9 % si on doit conserver le placement 15 ans, et à 1,4 % si on doit le conserver 30 ans.

Du côté du Fonds de solidarité, le « rendement fiscal » est légèrement plus faible : 19,5 % sur deux ans, 5,2 % sur sept ans, 2,4 % sur 15 ans et 1,2 % sur 30 ans.

Mais le constat reste le même. Ça vaut vraiment le coup ! « Près de la retraite, ces fonds sont durs à battre », estime M. Dupras. Même à plus long terme, l’avantage fiscal n’est pas négligeable.

En prime, votre argent est déployé dans l’économie locale en suivant des principes d’investissement responsable.

Mais il faut garder en tête que les rendements des fonds de travailleurs ne sont pas garantis. Bon an, mal an, ils se comparent à ceux des fonds communs équilibrés qui ont livré environ 5 % par année depuis 10 ans.

L’an dernier, Fondaction s’en est mieux tiré (+ 3,6 % au 31 mai 2020) que le Fonds de solidarité (+ 0,8 %). Mais historiquement, ce dernier a dégagé des rendements plus élevés (5,3 % sur 3 ans, 5,9 % sur 5 ans, 6,4 % sur 10 ans) que Fondaction (3,9 % sur 3 ans, 4,2 % sur 5 ans, 3,3 % sur 10 ans).

Si vous voulez faire une contribution forfaitaire, n’attendez pas trop tard. Lors de la campagne REER de l’an dernier, le Fonds de solidarité a cessé d’accepter les cotisations le 21 novembre et Fondaction le 17 décembre, pour respecter le plafond du gouvernement.

Mais cela ne touche pas les gens qui font de l’épargne systématique, ce qui reste la meilleure façon d’épargner sans douleur.

Allô ? Y a quelqu’un chez TD Assurance ?

PHOTO ANDREW VAUGHAN, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

« Il y a beaucoup de sable dans l’engrenage chez TD Assurance, alias Meloche Monnex », souligne notre chroniqueuse.

Q. « Mon véhicule assuré chez TD a rendu l’âme et je dois faire assurer le nouveau véhicule. Impossible de joindre quelqu’un. Mon concessionnaire m’a dit que des clients de TD ont dû changer d’assureur, faute d’avoir pu les joindre. Je me sens prise au piège. » — Christiane

« J’essaie de contacter mon assurance TD Meloche Monnex. Après quatre tentatives (2 heures, 1 1/2 heure, 3 heures et 3 heures), je suis toujours en attente. Je veux remettre l’auto de ma conjointe en circulation (dé-remiser). Impossible de parler à un préposé ! » — Richard

« Qu’est-ce qui arrive avec TD Assurance au juste ? Pourquoi les services sont lamentables à ce point ? » — Sylvie

R. Il y a beaucoup de sable dans l’engrenage chez TD Assurance, alias Meloche Monnex. De nombreux lecteurs m’ont raconté qu’ils étaient incapables de contacter la compagnie d’assurance, malgré tous leurs efforts. En désespoir de cause, certains se sont même déplacés au bureau de l’entreprise. Eh non, il n’y avait personne.

Je comprends que la pandémie a fait exploser le nombre d’appels, surtout que les assureurs ont offert des programmes d’aide pour soulager leur clientèle frappée par la COVID-19. Je comprends que les employés des assureurs ont eux-mêmes dû composer avec la pandémie.

Mais il me semble que la COVID-19 a le dos large ! Neuf mois après le début de la crise, ce n’est pas normal que les clients n’aient aucun service.

« Nous sommes profondément désolés des désagréments ou des inconvénients que cette situation a pu causer pour nos clients », dit la porte-parole de TD, Fiona Hirst. Elle jure que les équipes de TD Assurance travaillent de toute urgence à régler ce problème qui est leur priorité absolue.

« Nous avons embauché environ 60 conseillers additionnels pour soutenir nos clients au Québec, et nous comptons en embaucher d’autres au cours des deux prochains mois, explique-t-elle. Environ le tiers de nos nouveaux employés viennent de commencer à servir les clients, tandis que les autres commenceront à le faire dans les prochaines semaines, lorsqu’ils auront terminé la formation requise. »

Entre-temps, les clients peuvent utiliser les options libre-service disponibles sur le site web ou l’application mobile pour régler des questions simples (ex. : changement d’adresse, renouvellement).

Autrement, les clients peuvent manifester leur insatisfaction ici :

> Consultez le site de TD Assurance

Metro et les rabais différés

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Metro assure que les ruptures de stock de produits en solde ne sont pas monnaie courante.

Q. « Depuis le début de la pandémie, à plusieurs occasions, je me suis retrouvée à l’épicerie devant des étalages vides pour un produit qui était annoncé à très bon prix dans la circulaire. Chaque fois, je me suis dit que ce n’était pas grave puisque j’allais demander un bon d’achat différé. Eh bien non, ils n’en émettent plus. Est-ce légal ? » — Isabelle

R. Avec la COVID-19, Isabelle s’est retrouvée souvent devant des rayons vides de son épicerie Metro où elle s’était déplacée pour profiter d’un solde. Au printemps, c’était le filet mignon annoncé à 9,99 $/lb qui n’était pas dans les étalages. Même chose avec le homard à 6,99 $/lb. Cet automne, il n’y avait plus de liquide lave-glace à 1,66 $ le bidon pour une caisse de quatre.

Chaque fois, impossible d’obtenir un bon d’achat différé. « Les marchands ont beau jeu : ils peuvent annoncer tout ce qu’ils veulent à des prix imbattables sans se soucier de répondre à la demande. L’important, c’est d’attirer les consommateurs en magasin. À part me faire rager, il n’y a pas de conséquence », déplore la dame.

Pourtant, l’article 231 de la Loi sur la protection du consommateur (LPC) interdit à un commerçant d’annoncer un produit qu’il possède en quantité insuffisante, sauf si sa publicité indique que les quantités sont limitées et précise les quantités disponibles. Les mentions « quantité limitée » ou « jusqu’à épuisement des stocks » ne suffisent pas.

« La loi n’oblige pas le commerçant qui annonce un article en solde à remettre un coupon d’achat différé au consommateur en cas de rupture de stock. Il s’agit plutôt d’une pratique qui s’est répandue dans le marché, qui permettrait à un commerçant de présenter une défense au tribunal, si jamais il était poursuivi pour une infraction à l’article 231 », expose Charles Tanguay, porte-parole de l’Office de la protection du consommateur (OPC).

Metro assure que les ruptures de stock de produits en solde ne sont pas monnaie courante. « Pour nos promotions, on commande de très grandes quantités. On ne veut pas que le client se retrouve devant un rayon vide », dit la porte-parole, Geneviève Grégoire.

Par exemple, elle précise que Metro avait commandé une quantité astronomique de lave-glace. « Il en a manqué quelques caisses. Mais il n’y a pas eu de rupture de stock généralisée », dit-elle.

Dans ce cas précis, le détaillant n’avait pas de produit équivalent à offrir, ce qui peut être une solution de rechange satisfaisante pour le client. Normalement, le commerçant aurait dû offrir un bon d’achat différé.

Mais durant la pandémie, Metro a suspendu les coupons différés pour réduire les contacts manuels avec les clients et pour enlever de la pression sur la chaîne d’approvisionnement. « Mais on a remis les consignes en place au début du mois d’octobre », dit Mme Grégoire.

Ne vous gênez pas pour le demander partout où vous magasinez. C’est votre droit.

Report de la RRQ et de la PSV

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Beaucoup de travailleurs ont le réflexe de réclamer leurs rentes gouvernementales dès qu’ils y ont droit, mais pour beaucoup, il serait plus payant d’attendre.

Q. « Mon épouse et moi-même pensons sérieusement attendre 70 ans pour demander nos rentes, pour les bonifier au maximum. Si je décède à 69 ans alors que ma conjointe a 66 ans et qu’aucun de nous n’a encore demandé ni la RRQ ni la PSV, qu’arrive-t-il exactement ? » — Gilles

« Si ma conjointe choisit de demander sa RRQ à 60 ans tout en continuant de travailler deux jours par semaine, va-t-elle continuer à y contribuer ? Si oui, ces contributions vont-elles être ajoutées aux montants qu’elle recevra par la suite ? » — Marc

R. Beaucoup de travailleurs ont le réflexe de réclamer leurs rentes gouvernementales dès qu’ils y ont droit, soit à 60 ans pour le Régime de rentes du Québec (RRQ) et à 65 ans pour la pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV).

Mais pour beaucoup, il serait plus payant d’attendre. Ceux qui patientent jusqu’à 70 ans verront leur RRQ bonifiée de 42 % et leur PSV de 36 %, par rapport à ceux qui les auront demandées à 65 ans.

Mais cette décision mérite réflexion. Pour aider les gens à s’y retrouver, Retraite Québec a ajouté sur son site web une liste de facteurs à considérer. Son outil SimulR permet aussi de faire différents scénarios.

> Consultez le site de Retraite Québec

> Utilisez SimulR

Évidemment, si on meurt très jeune, la bonification n’aura pas été payante.

Prenons le cas de Gilles. S’il décède avant d’avoir commencé à toucher sa RRQ, sa conjointe recevra une rente de conjoint survivant dont le montant peut atteindre 60 % de la rente de retraite acquise par Gilles. « Ce montant n’est pas modifié en raison du report de la rente de retraite de Gilles », explique Frédéric Lizotte, porte-parole de Retraite Québec.

Toutefois, sa rente de conjointe survivante risque de baisser lorsqu’elle demandera le versement de sa propre rente de retraite. En fait, le montant des rentes combinées ne peut pas dépasser le plafond de la rente individuelle. Ainsi, une femme qui a déjà droit à la rente maximale (ex. : 1673 $ en attendant à 70 ans) parce qu’elle a travaillé toute sa vie ne touchera rien de plus après le décès de son conjoint.

Parlons maintenant de la conjointe de Marc qui songe à demander sa RRQ dès 60 ans tout en continuant de travailler à temps partiel.

Si ses revenus sont supérieurs à l’exemption de base de 3500 $, elle devra cotiser 5,7 % de son salaire au RRQ, jusqu’à un maximum de 3146 $ par année. Mais cette cotisation permettra de bonifier sa rente.

« Pour les cotisations versées en 2020, le supplément sera égal à 0,548 % des gains sur lesquels la personne a cotisé. En raison de la bonification graduelle du RRQ débutée le 1er janvier 2019, le supplément de rente de retraite augmentera jusqu’à 0,66 % des gains cotisés en 2023 et après », précise M. Lizotte.

Ainsi, une personne qui gagne 20 000 $ en 2020 aura droit à un supplément de 90 $ par année à partir de 2021. Ça fait 7,50 $ pas mois. Vaudrait-il mieux reporter sa rente ? Comme chaque cas est unique, l’idéal reste de consulter un planificateur pour la guider à ce moment charnière de sa vie financière.