Le Québec est l’un des meilleurs endroits au monde pour s’enrichir durant sa jeunesse et profiter de ses placements sa vie durant, clament deux nouveaux livres de Pierre-Yves McSween et Jean-Sébastien Pilotte.

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

Le refrain est connu : les impôts et les taxes sont si élevés au Québec qu’il est presque impossible de s’enrichir.

Le peu d’argent que les gouvernements laissent dans nos poches est vite aspiré par la hausse du prix du panier d’épicerie, du logement ou des paiements de véhicules.

Ces propos répétés partout semblent intuitivement vrais, mais sont rarement examinés. Deux nouveaux livres québécois, écrits par Pierre-Yves McSween et Jean-Sébastien Pilotte, les défont brique par brique.

Introspection

Les auteurs l’expliquent en termes clairs : ces maux sont auto-infligés. La majorité d’entre nous, avec un peu de planification, pourrait jouir d’une liberté incroyable bien avant 65 ans.

« Une fois passé le cap de la quarantaine, travailler devient facultatif pour la plupart des Québécois. Quoi, vous n’étiez pas au courant ? En fait, il s’agit du secret le mieux gardé de notre système économique. »

C’est avec ces phrases provocatrices que Jean-Sébastien Pilotte lance la charge dans son livre La retraite à 40 ans – Comment déjouer le système financier pour atteindre la liberté financière. L’auteur a pris sa retraite il y a trois ans, à 39 ans, sans gagner à la loterie ou vendre son entreprise à Tesla.

Sa carrière en marketing aura duré moins de 14 ans, au cours desquels il estime avoir touché un salaire moyen de 55 000 $ par année.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Jean-Sébastien Pilotte

Jean-Sébastien et sa conjointe ont épargné plus de 50 % de leurs revenus après impôts, et ont investi dans des actions de grandes entreprises et dans des Fonds négociés en bourse (FNB), des placements simples et diversifiés, avec des frais de gestion modiques. Ils y sont arrivés en achetant au comptant et en rénovant un petit condo bon marché, en cuisinant et ayant un mode de vie basé sur les activités sportives plutôt que sur les sorties dans les magasins, des forfaits de câble et de cellulaires coûteux et l’achat et l’entretien de véhicules qui envoient un message sur le statut social.

« Les gens se sentent pris à la gorge, mais en changeant un peu ses habitudes de consommation, surtout quand on est jeune, on peut changer sa vie et avoir le temps de faire ce qui nous passionne », dit en entrevue Jean-Sébastien Pilotte, qui revient tout juste d’un séjour de randonnée avec sa conjointe au parc national des Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie – alors que le terrain de camping était loin d’être bondé.

Le temps, ingrédient méconnu

Dans son nouveau livre, Liberté 45, Pierre-Yves McSween s’adresse aussi principalement aux jeunes : vous avez du temps devant vous, écrit-il, et le temps est l’un des ingrédients méconnus de l’enrichissement.

Comptable professionnel agréé, animateur et auteur du best-seller En as-tu vraiment besoin ?, écoulé à plus de 200 000 exemplaires, McSween ne prône pas nécessairement la retraite à 45 ans, mais dit qu’à cet âge, la personne qui aura épargné et accumulé des actifs jouira d’un niveau de liberté inimaginable pour celui ou celle qui passe sa vie à consommer et à s’endetter.

Pierre-Yves McSween dit que l’idée de son nouveau livre lui est en partie venue de son entourage.

« Chez les gens de mon âge, j’ai deux modèles, dit-il en entrevue. Le modèle de la consommation et le modèle de la gestion. Je vois l’écart monumental entre les deux, alors que ces gens sont sortis de l’école en même temps. Ça prend 20 ans pour percevoir l’écart. »

Le moment pour faire augmenter sa valeur, épargner massivement et investir intelligemment, plaide-t-il, c’est dans la vingtaine et la trentaine. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’à cet âge, on a 50 ou 60 ans devant soi pour voir nos placements grossir et profiter de l’effet multiplicateur des intérêts composés.

Plus le compte Instagram est beau à 30 ans, plus on ampute la marge de manœuvre future et la capacité d’épargner et investir.

Pierre-Yves McSween

Le problème, c’est que les jeunes, et ça inclut les jeunes qui gagnent bien leur vie, ne pensent pas à épargner. Ils veulent souvent avoir un accès immédiat aux produits luxueux que la société fait miroiter.

Mais la personne de 25 ans et la personne de 60 ans qui achètent le même véhicule ou qui mangent le même repas au même restaurant paient en réalité des prix bien différents, dit McSween.

« À 25 ans, acheter une voiture implique un coût de renonciation, car tu dépenses de l’argent qui pourrait travailler pour toi toute ta vie. Quand tu as 40 ans, le coût de renonciation est fiscal : pour payer 1 $, il faut que tu en gagnes 2. Quand tu as 60 ans, tu peux payer ta voiture avec ton CELI, sans impôt. C’est de l’argent qui a travaillé dans le temps. La même voiture a trois coûts différents. »

Dans La retraite à 40 ans, Jean-Sébastien Pilotte illustre cette réalité avec un calcul plutôt troublant.

L’auteur a déterminé que conduire le véhicule le plus vendu au Québec – une camionnette Ford F-150 – renouvelé tous les cinq ans durant sa vie active inflige un appauvrissement de plus de 1,5 million de dollars à celui qui en assume les frais.

En consacrant 12 700 $ par année à faire rouler un F-150, à l’entretenir et à en assumer la dépréciation (selon le CAA), son propriétaire renonce à la richesse que pourrait générer cette somme si elle était investie, notamment dans des FNB.

Il dilapide dans les faits une somme qui pourrait faire boule de neige et lui permettre de quitter son emploi des années plus tôt, ou de faire face sans stress à une perte d’emploi. Bref, sans le réaliser, on échange les meilleures années de sa vie pour de la tôle et un moteur.

L’idée n’est pas de ne plus vivre, disent McSween et Pilotte, mais bien de choisir ses batailles et d’analyser chaque dépense comme le PDG d’une entreprise analyserait la note de frais d’un subordonné.

On pense souvent qu’il faut se priver pour s’enrichir. Jean-Sébastien Pilotte, qui est derrière le blogue « Jeune retraité », dit que c’est faux.

Nous avons visité une quarantaine de pays avant notre retraite. Quand on est jeune, avec les auberges de jeunesse, voyager ne coûte pas cher.

Jean-Sébastien Pilotte

Cela vous semble inatteignable ?

« Ce que vous percevez actuellement comme l’Everest n’est en fait que le mont Tremblant, écrit Jean-Sébastien Pilotte. À mesure que vous gravirez cette montagne, vous comprendrez que son sommet est à votre portée. »

Le système fiscal québécois est extrêmement généreux avec les gens qui ont accumulé d’importants placements, mais qui n’en décaissent qu’une mince tranche chaque année, comme on peut le faire à partir de 45 ans, dit Pierre-Yves McSween.

« Les autorités fiscales sont obsédées par l’imposition de nos revenus, mais elles oublient nos actifs tant et aussi longtemps qu’ils dorment, écrit-il. […] Grouille-toi pour générer des actifs à l’abri de l’impôt pendant ta jeunesse. »

IMAGE FOURNIE PAR L’ÉDITEUR

Liberté 45, de Pierre-Yves McSween

Liberté 45
Pierre-Yves McSween
Guy Saint-Jean Éditeur
291 pages

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La retraite à 40 ans – Comment déjouer le système financier pour atteindre la liberté financière, de Jean-Sébastien Pilotte

La retraite à 40 ans – Comment déjouer le système financier pour atteindre la liberté financière
Jean-Sébastien Pilotte
Éditions de l’Homme
216 pages