Êtes-vous de ces investisseurs qui se soucient de l’impact de leurs placements sur l’environnement ? Et sur la société en général, au-delà de la seule valorisation de leur portefeuille ? Si oui, vous avez sans doute déjà porté attention à l’évolution de concepts comme l’investissement responsable (I-R) et les normes ESG (environnement-société-gouvernance). Et peut-être même déjà modifié certains de vos objectifs et de vos priorités de placement en conséquence.

Martin Vallières Martin Vallières
La Presse

Chose certaine, après avoir conquis une bonne partie de l’énorme marché des investisseurs institutionnels, les notions d’investissement aux normes ESG et d’I-R se répandent à vue d’œil dans le marché des investisseurs.

Et de façon de plus en plus accessible, avec la multiplication et la croissance des fonds communs et des fonds négociés en Bourse (FNB) identifiés aux normes ESG et I-R.

De l’avis des analystes Daniel Straus, Tiffany Zhang et Linda Ma, de la Financière Banque Nationale (FBN), « le taux de création de FNB de type ESG et la croissance de leurs actifs semblent maintenant avoir passé un point d’inflexion », écrivent-ils dans un récent rapport sur le marché des FNB de type ESG préparé à l’intention de leurs clients-investisseurs.

« Le nombre de FNB de type ESG a bondi à près de 50 au Canada et à au moins 90 aux États-Unis. Aussi, leurs entrées de capitaux augmentent régulièrement au point d’atteindre des niveaux records jusqu’à maintenant en 2020. Et ce, en dépit du récent épisode de liquidation en Bourse lié à la pandémie, ce qui démontre que les placements aux normes ESG sont plus qu’une simple mode », indiquent les analystes de la FBN.

Entre autres, les analystes notent que « les entrées de capitaux dans les FNB de type ESG en Canada totalisent 1,2 milliard de dollars depuis le début de l’année, ce qui équivaut aux trois quarts du total des actifs investis jusqu’à maintenant dans ces FNB. »

De plus, notent-ils, « ces entrées de capitaux dans les FNB de type ESG représentent presque 5 % du total des entrées de capitaux dans tous les FNB au Canada jusqu’à maintenant en 2020 ; une proportion qui s’avère cinq fois plus élevée que la part d’à peine 1 % des actifs en FNB de type ESG par rapport à l’ensemble des actifs sous gestion dans tout le marché des FNB au Canada. »

« Déjà très répandue sinon exigée parmi notre clientèle d’investisseurs institutionnels, l’adhésion aux normes d’investissement ESG et responsable est de plus en plus appréciée parmi nos clients individuels en gestion privée. Ça devient aussi un avantage comparatif en notre faveur lors de nos propositions de services de gestion d’actifs en concurrence avec d’autres firmes », indique Sylvain Tremblay, vice-président à la gestion privée chez la firme montréalaise Optimum Gestion de placement, qui a 8 milliards en actifs sous gestion.

Par ailleurs, ajoute-t-il, « ce serait mal avisé de s’attendre à devoir “sacrifier” du rendement avec des placements gérés selon des normes bien établies en investissement responsable et ESG. En fait, c’est le contraire qui se produit avec l’attrait grandissant des placements homologués ESG parmi les investisseurs ».

PHOTO HUGO-SEBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Sylvain Tremblay, vice-président à la gestion privée chez Optimum Gestion de placement

Chez Optimum, par exemple, nous avons régulièrement un rendement très avantageux par rapport aux indices de référence avec nos principaux portefeuilles types en obligations vertes et en actions canadiennes que nous gérons depuis quelques années selon les normes internationales de PRI [Principles for Responsible Investment] qui sont supervisées par les Nations unies [ONU].

Sylvain Tremblay, vice-président à la gestion privée chez Optimum Gestion de placement

Attrait grandissant

Selon un sondage réalisé auprès de particuliers-investisseurs en début d’année par la firme BMO Gestion mondiale d’actifs, une division de la Banque de Montréal, un peu plus des trois quarts (78 %) des investisseurs à revenu et à valeur nette élevés ont déclaré un « penchant favorable » pour les placements aux normes ESG, et que près du quart (22 %) ont déjà investis en placements de type ESG.

De plus, les deux tiers des répondants (68 %) se disaient « fortement en accord » pour que les entreprises où ils sont investis ou envisagent de l’être soient tenues « responsables de la bonne gestion et des pratiques d’affaires durables » en fonction des principes ESG, tout en « ayant un impact positif sur la société et en réalisant des bénéfices ».

De l’avis de Kevin Gopaul, chef de la division des FNB chez BMO Gestion mondiale d’actifs, les résultats de ce sondage « montrent que les investisseurs reconnaissent l’avantage financier d’investir dans une optique ESG, et qu’ils recherchent de plus en plus des solutions qui correspondent à leurs valeurs financières et sociales ».

D’ailleurs, au huitième mois de leur cotation en Bourse, les sept FNB de type ESG lancés en janvier par BMO Gestion mondiale d’actifs cumulent déjà 90 millions en actifs sous gestion, dont 20 millions pour chacun des deux FNB ESG dirigés vers les actions mondiales ou les actions américaines.

« Il faut se méfier des seules étiquettes. Ce n’est pas parce qu’un fonds ou un service d’investissement s’affiche ESG ou I-R [investissement responsable] que ça garantit que tous les titres ou les entreprises où il investit sont bien gérés en fonction des normes ESG », signale Pierre-Olivier Langevin, associé, gestionnaire de portefeuilles, firme GPS Medici de Saint-Bruno, avec 800 millions en actifs sous gestion.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Pierre-Olivier Langevin, associé, gestionnaire de portefeuilles, firme GPS Medici

Comme gestionnaire de placements, nous préférons intégrer les normes ESG et I-R dans l’ensemble de nos facteurs d’analyse de la bonne gestion des entreprises et de leur potentiel de rendement à moyen et long terme pour nos clients-investisseurs, au lieu de les considérer comme des critères à cocher sur une liste.

Pierre-Olivier Langevin, associé, gestionnaire de portefeuilles, firme GPS Medici

Desjardins, RBC

N’empêche. Chez Desjardins, les neuf FNB identifiés à l’investissement responsable (I-R) qui ont été lancés par étapes depuis septembre 2018 cumulent pour 720 millions en actifs sous gestion.

Fait à souligner : près du tiers (233 millions) de ce montant se retrouve dans le FNB d’actions d’entreprises canadiennes à faibles émissions de gaz polluant CO2 et conformes aux normes ESG.

Parmi les principaux investissements de ce FNB, au 31 juillet dernier, on notait le gros opérateur de pipelines et de gazoduc Enbridge, les sociétés d’informatique CGI et OpenText, ainsi que les grandes entreprises de services financiers comme la Banque Royale et les assureurs Great West Lifeco et Intact.

Par ailleurs, une autre portion de 122 millions de l’actif total des FNB I-R/ESG chez Desjardins se retrouve dans son FNB d’actions d’entreprises à faibles émissions de CO2 en marchés émergents, et 94 millions dans le FNB des actions d’entreprises américaines aux mêmes caractéristiques ESG.

Parmi les principaux investissements du FNB des marchés émergents, au 31 juillet dernier, on voit les entreprises chinoises NetEase Games, Baidu et Tencent, ainsi que Taiwan Semiconductors et les sud-coréennes Samsung Electronics et Naver.

Quant aux principaux investissements du FNB en actions américaines à faibles émissions de CO2, on remarque surtout des entreprises technologiques comme Texas Instruments, Electronic Arts et eBay, ainsi que les Qualcomm, Intel et Cognizant.

Chez la firme concurrente RBC Gestion mondiale d’actifs, une division de la Banque Royale, les six FNB de type ESG introduits en Bourse il y a un peu plus d’un an avec la division des FNB iShares de la firme d’investissement BlackRock cumulent pour 161 millions en actifs sous gestion.

« Les Canadiens sont de plus en plus nombreux à vouloir intégrer les critères environnement, société et gouvernance (ESG) à leurs portefeuilles », avait prédit Doug Coulter, président de RBC Gestion mondiale d’actifs, lors du lancement de ces FNB de type ESG.

« L’investissement ESG gagne rapidement en importance, car les investisseurs souhaitent constituer leurs portefeuilles en misant davantage sur des solutions qui leur permettent d’investir en respectant leurs convictions », avait indiqué Pat Chiefalo, directeur général et chef des FNB iShares chez BlackRock Canada.

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> Consulter le rapport annuel 2020 sur les principaux enjeux de gestion d’investissement aux normes ESG et I-R préparé par la firme-conseil montréalaise Groupe Investissement Responsable (GIR)

> Apprenez-en plus sur l’homologation PRI (en anglais)