Malgré la reprise difficile après le choc économique de la pandémie, la santé financière des travailleurs canadiens se porte mieux que l’an dernier, selon un sondage de l’Association canadienne de la paie (ACP) publié lundi. Or, si les travailleurs ont réussi à économiser plus qu’en 2019, ils sont financièrement plus stressés.

Isabelle Dubé Isabelle Dubé
La Presse

Le sondage révèle que 62 % des Canadiens réussissent à épargner actuellement plus de 5 % de leur paie, comparativement à 59 % en 2019. Les Québécois font encore mieux que la moyenne nationale avec 70 %. L’autre bonne nouvelle, c’est que la proportion de Canadiens et de Québécois qui affirment vivre dans la précarité a atteint son niveau le plus bas depuis 12 ans.

La majorité des répondants, soit 56 % de Canadiens et 60 % de Québécois, ont aussi affirmé que si leur paie était versée une semaine en retard, il serait tout de même facile pour eux de respecter leurs obligations financières.

Ces résultats semblent à première vue surprenants. Toutefois, il faut préciser que le sondage a été fait auprès de travailleurs et que les personnes ayant perdu leur emploi à cause de la COVID-19 n’ont pas été sondées.

Le nombre de travailleurs qui vivent d’un chèque à l’autre a diminué, parce que les gens ont réussi à se faire un petit coussin. On parle ici d’une paie, pas de six mois de salaire.

Christian Coutu, directeur du service de la paie chez Intact Corporation financière et membre du conseil d’administration de l’ACP

« Tous les programmes qui ont été offerts par les banques et le gouvernement, comme le report de paiement d’hypothèque ou l’aide au loyer, ont peut-être contribué à rassurer certaines personnes », avance le spécialiste.

Les hypothèses pour expliquer la hausse de l’épargne, mais qui n’ont pas été testées dans le sondage, sont variées : coût des transports pour se rendre au travail, frais de garde, repas au restaurant et voyages.

Plus d’argent, plus de stress

Les Canadiens sont significativement plus stressés financièrement qu’avant la pandémie. En 2019, 35 % se sentaient stressés contre 43 % en 2020.

L’an dernier, les craintes d’une récession, de l’inflation et de pertes d’emploi ne faisaient pas partie des préoccupations des travailleurs. On criait sur tous les toits qu’il y avait pénurie de main-d’œuvre, et les employés avaient le gros bout du bâton. Le portrait s’est noirci. « La crainte de la récession arrive au premier rang des préoccupations cette année, suivie par l’inflation et la perte d’emploi. Elles sont toutes reliées à la même chose, l’incertitude reliée à la COVID-19 », relate Christian Coutu.

Ce qui est surprenant, c’est qu’historiquement, quand les gens consacrent plus d’argent à l’épargne, leur stress relié aux finances diminue, soutient le spécialiste. Mais avec tout ce qui se passe actuellement, avec l’incertitude face à l’avenir, les gens sont stressés même s’ils sont plus économes.

Christian Coutu, directeur du service de la paie chez Intact Corporation financière et membre du conseil d’administration de l’ACP

La plus grande conséquence du stress financier est la chute de la motivation au travail, ressentie par 30 % des répondants.

À la lumière de ces résultats, l’Association canadienne de la paie suggère aux employeurs qui ne sont pas touchés par la pandémie de prendre du temps pour rassurer leurs employés. Elle conseille aux travailleurs d’avoir un comportement d’épargne et d’utiliser les économies faites en coûts de transport ou de frais de garde pour se créer un fonds d’urgence, et non pour acheter une nouvelle voiture ou rénover la cour.

Méthodologie

Le sondage a été mené en ligne du 26 mai au 3 juillet 2020 auprès de 4264 travailleurs canadiens, dont 88 % d’employés à temps plein issus du bassin de répondants de Framework Partners. La marge d’erreur de l’étude est de 1,5 %, 19 fois sur 20.