Et dans un contexte persistant de très faibles taux d’intérêt, quelle pertinence pour ces produits d’épargne constitués surtout de titres obligataires émis par le gouvernement du Québec ? À qui s’adresse Épargne Placements Québec ?

Martin Vallières Martin Vallières
La Presse

Parmi les planificateurs financiers, on estime que le principal avantage perçu des produits vendus par Épargne Placements Québec (EPQ) est la sûreté de la garantie financière du gouvernement du Québec. Cette sûreté est souvent recherchée parmi les épargnants plus âgés, plus préoccupés par la préservation de leur capital de retraite que par la possibilité de le maintenir à risque dans les marchés.

En contrepartie, les planificateurs financiers mettent en garde contre le coût de cette quête de sécurité, sur le plan du « sacrifice » de meilleurs rendements potentiels à moyen et à long termes.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

André Lacasse, planificateur financier et directeur chez Services financiers Lacasse

À vouloir être très sécuritaire avec ses placements à moyen et long termes, dans un contexte de très bas taux d’intérêt qui apparaît là pour durer, il y a un certain danger que le rendement sur le capital déposé dans de tels produits soit presque nul, sinon négatif en termes réels [après inflation].

André Lacasse, planificateur financier et directeur chez Services financiers Lacasse, à Brossard

« Donc, au lieu de s’enrichir à moyen et long termes, on risque en fait de s’appauvrir avec ce type de produits d’épargne réputés très sécurisés. Ce risque est d’autant plus important pour ceux qui ont encore plusieurs années devant eux pour bâtir leur patrimoine. »

« Vitrine » du ministère des Finances

Au ministère des Finances du Québec, on décrit EPQ comme une « vitrine commerciale » qui a pour objectif principal de rendre accessibles aux particuliers et aux PME des produits d’épargne basés sur des titres obligataires émis et garantis par le gouvernement du Québec.

Dans ce contexte, à qui peuvent servir les produits financiers proposés par EPQ ?

Ça m’apparaît surtout des produits d’épargne pour les particuliers et les PME qui ont une aversion presque totale au risque sur leur actif d’épargne et qui ne se soucient pas de sacrifier beaucoup de rendement potentiel à moyen et long termes.

Philippe D’Astous, professeur et chercheur en finances personnelles à HEC Montréal

« Donc, ça devrait intéresser surtout les épargnants aînés qui veulent d’abord préserver leur capital de retraite, ainsi que les particuliers et les PME qui épargnent pour un projet personnel dont les coûts et l’échéancier de réalisation sont déjà connus et planifiés », précise M. D’Astous.

« Mais pour les jeunes et les adultes qui ont un horizon de placement sur les 10 à 30 prochaines années, ils seraient mieux avisés de diriger leur capital vers la constitution d’un portefeuille équilibré à partir de produits d’investissement à faible coût, comme des fonds indiciels négociés en Bourse (FNB). »

Produits d’épargne

Les produits d’épargne d’EPQ sont relativement accessibles – en petits montants d’à peine 100 $ dans certains cas – et un minimum flexibles, note André Lacasse, sauf les produits « gelés » sur cinq ou dix ans.

« Ça pourrait être utile pour un plan d’épargne destiné à un projet personnel ou familial d’importance qui l’on prévoit se payer dans deux à trois ans, suggère le planificateur. Ou pour un épargnant d’âge avancé qui n’a plus aucune tolérance au risque de perte sur son capital. »

Pour le planificateur financier Antoine Chaume, de la firme Lafond & Associés, établie à Montréal et Laval, les petits épargnants ont intérêt à bien comparer les produits d’EPQ dans le marché très concurrentiel des produits d’épargne.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Antoine Chaume, planificateur financier pour la firme Lafond & Associés

Ils pourraient constater que des produits d’épargne à meilleur taux d’intérêt, plus flexibles et presque aussi sécurisés que les obligations gouvernementales du Québec sont disponibles auprès de la plupart des grandes banques et Desjardins, par exemple.

Antoine Chaume, planificateur financier pour la firme Lafond & Associés

« Ces institutions bancaires sont solides financièrement et très surveillées par les autorités financières. De plus, au Canada, les dépôts d’épargne des particuliers sont couverts jusqu’à hauteur de 100 000 $ par l’assurance-dépôts fédérale, ce qui m’apparaît supérieur au solde moyen des comptes clients chez EPQ. »

Frais de gestion

Parmi les professionnels en planification financière, on s’interroge aussi sur la divulgation et la répartition des frais de gestion dans la gamme de produits d’épargne offerts chez EPQ.

« Il y a trop peu de transparence sur les frais de gestion et d’administration chez EPQ par rapport aux produits d’épargne comparables disponibles dans les institutions financières du secteur privé, et qu’elles sont d’ailleurs tenues d’expliquer à leurs clients », soutient le planificateur financier André Lacasse.

Le professeur Philippe D’Astous cite en exemple l’apparente absence de frais de gestion pour les obligations boursières commercialisées par EPQ, c’est-à-dire à capital garanti et à rendement calqué sur l’indice Québec 30 à la Bourse de Toronto.

« Mais quand on y regarde de plus près, on constate qu’EPQ semble se rattraper en frais de gestion en excluant les revenus en dividendes des 30 titres de cet indice Québec 30 du rendement total attribué à ces obligations boursières », souligne M. D’Astous.

« Or, c’est le contraire de ce que font les autres émetteurs de ce type d’obligations boursières basées sur des indices, dont les banques et Desjardins. »

Au ministère des Finances du Québec, on refuse de préciser le budget de fonctionnement d’EPQ sous prétexte qu’il s’agit d’informations de « nature concurrentielle ».

Quant à l’impact de ces coûts de gestion sur le rendement offert sur ses produits, on explique qu’ils se reflètent dans le « taux d’intérêt un peu plus faible » des produits vendus aux particuliers par rapport aux taux comparables pour les investisseurs institutionnels.

En bref

Le mandat

Au ministère des Finances du Québec, on attribue à sa division Épargne Placements Québec (EPQ) la responsabilité de la « mise en marché des produits d’épargne (publics) émis et garantis par le gouvernement du Québec ». EPQ a aussi un rôle d’accessoire aux principaux outils de gestion des émissions de titres de dette par le gouvernement du Québec. Dans sa documentation promotionnelle, EPQ indique qu’elle « vise à favoriser la sécurité financière des Québécoises et des Québécois en leur offrant une gamme de produits d’épargne et de retraite avantageux et pleinement garantis par le gouvernement du Québec ». EPQ soutient aussi que ces produits d’épargne permettent à ses clients « de contribuer, par leur épargne, au développement de la collectivité québécoise ».

Le montant d’encours

Au 31 mars dernier, l’encours financier qui est géré par EPQ était comptabilisé à hauteur de 11,28 milliards, en hausse annuelle de 4 % en moyenne depuis cinq ans, et de 5,7 % sur dix ans. Cet encours constitué de titres de dette obligataire émis dans le marché public par le gouvernement du Québec était réparti parmi 170 226 épargnants. L’encours géré par EPQ représente environ 5 % de tout l’encours d’environ 200 milliards en titres de dettes émis par le gouvernement du Québec, et destinés surtout aux marchés des investisseurs institutionnels.

Le marché cible

Dans sa documentation promotionnelle, EPQ indique que ses produits financiers sont offerts « aux personnes physiques, aux sociétés ou personnes morales, aux successions, aux fondations et aux fiducies qui sont domiciliées au Québec ». On promeut aussi leur grande accessibilité – dépôt minimal de 10 $ à 100 $ selon le produit – ainsi que la sécurité du capital découlant de la garantie financière du gouvernement du Québec. EPQ indique aussi que « la plupart de ces produits sont admissibles en compte d’épargne non enregistré, en compte d’épargne libre d’impôt (CELI), en régime enregistré d’épargne-retraite (REER), en fonds enregistré de revenu de retraite (FERR), en compte de retraite immobilisé (CRI) et en fonds de revenu viager (FRV) ».

La gamme de produits

EPQ gère une gamme de 10 produits d’épargne de type « obligations » ou « plans d’épargne », qui sont classés dans trois catégories.

Parmi les « produits à terme » échelonnés de 1 à 15 ans, on retrouve cinq types d’obligations : à taux progressif et rachetables annuellement, à taux fixe, « vertes » à taux fixe, à escompte (de prix d’achat) et de type Sécuri+ avec taux ajustable tous les six mois.

Dans la catégorie des « produits à indice boursier », EPQ offre une seule « obligation boursière » à capital garanti dont le rendement potentiel est calqué sur l’Indice Québec 30 des plus grandes entreprises à siège social au Québec et cotées à la Bourse de Toronto.

Enfin, parmi les « produits encaissables en tout temps », EPQ offre une obligation d’épargne et trois produits d’épargne : le compte Flexi-Plus à taux d’intérêt bonifié et deux plans « Épargne périodique » par des prélèvements sur un compte bancaire ou sur le salaire.

> Consultez la description détaillée des produits d’Épargne Placements Québec