Un jeune couple. Bientôt un premier enfant. Une hypothèque importante. Des conditions d'emploi très différentes. Ils sont engagés dans la course de la vie et ils veulent prendre la bonne direction.

Mis à jour le 28 janv. 2019
MARC TISON LA PRESSE

LA SITUATION

Mélissa et Simon veulent s'assurer de la bonne trajectoire.

On les comprend.

« On attend un enfant », a confié Mélissa, à la fin novembre. « C'est un bébé de Noël, la naissance est prévue le 24 décembre. »

Elle a 32 ans, et son conjoint, 35 ans.

Mélissa, employée du secteur public, gagne un salaire de 60 000 $. Elle jouit donc d'un régime de retraite, ce qui ne l'empêche pas de cotiser régulièrement à son REER, à raison de 100 $ toutes les deux semaines, au rythme de ses paies.

Simon touche un excellent revenu, mais n'a aucun régime de retraite. Il verse 280 $ toutes les deux semaines dans son REER.

Ils n'ont qu'une seule voiture, celle que son employeur fournit à Simon.

« Nous nous questionnons souvent à savoir si nos stratégies financières tiennent la route », indique Mélissa.

Le couple a acquis sa maison en 2017. Le solde hypothécaire s'établit à 464 000 $, sous l'effet d'un taux d'intérêt de 2,49 % fixé jusqu'en 2022.

La mensualité prescrite est de 2183 $, mais avec des versements à intervalle de deux semaines, le couple réalise en fait un paiement hypothécaire équivalant à 2513 $ par mois.

« La maison aura besoin d'amour au courant des prochaines années afin d'être remise au goût du jour », précise Mélissa.

Les travaux, répartis sur 10 ans, pourraient totaliser de 100 000 à 200 000 $.

« Nous trouvons difficile d'y voir clair ! explique Mélissa. Quelle stratégie devons-nous privilégier ? Rembourser l'hypothèque le plus rapidement possible ou mettre de l'argent de côté pour les rénovations ? Ou encore, favoriser l'épargne pour nos retraites ou les études de notre enfant ? »

Le couple a préparé une petite feuille de calcul, qui résume les grands traits de son budget. Les dépenses du couple totalisent 5650 $ par mois, plus 1060 $ d'épargne enregistrée.

« Bref, ce sont les questionnements qui habitent nos dimanches matin », résume Mélissa.

« Elle est où, la priorité ? On jongle un peu avec tout ça... »

LES CHIFFRES



Mélissa, 32 ans

Revenu annuel 60 000 $

Régime de retraite à prestations déterminées

REER 10 500 $

CELI 2500 $

RAP à rembourser 5000 $

Aucune autre dette

Simon, 35 ans

Revenu annuel 105 000 $

Aucun régime de retraite

REER 32 000 $

CELI 3500 $

RAP à rembourser 25 000 $

Propriété

Valeur 525 000 $

Solde hypothécaire 464 000 $

LA RÉPONSE

Il s'agit d'établir les priorités, mais avec quels surplus ?

Le budget présenté par Mélissa montre un excédent des revenus sur les dépenses d'approximativement 1730 $ par mois.

Cette somme est-elle vraiment épargnée ? s'est enquise la planificatrice financière Nathalie Bachand, du cabinet Bachand Lafleur Groupe conseil.

« Dans les deux dernières années, nous avons utilisé l'argent restant pour payer des rénovations dans la maison et aussi pour des dépenses discrétionnaires, principalement pour des loisirs et sorties », a répondu Mélissa.

On ne connaît donc pas leur véritable coût de vie : « Je ne pense pas qu'ils le sachent, eux non plus », souligne Nathalie Bachand.

Sur les 1730 $ de surplus budgétaire, risquons un chiffre pour les loisirs et les vacances pour lesquelles aucun poste n'est prévu au budget : 350 $ par mois.

L'excédent se réduit à 1380 $ par mois, soit 16 560 $ par année.

À quoi l'utiliser ?

« Un, les études des enfants, avise Nathalie Bachand. Il est difficile de passer à côté du REEE, où il y a une subvention de 30 %. »

La planificatrice suggère d'y consacrer 2500 $ par année. Elle suppose en outre qu'avec l'arrivée d'un enfant et en tenant compte des prestations familiales, 5000 $ supplémentaires s'ajouteront chaque année aux dépenses. Voilà 7500 $ casés. Il reste 9000 $.

Les deux conjoints n'ont pas prévu le remboursement de leur RAP respectif, qui doit débuter en 2019, dans la deuxième année suivant l'année du retrait. À raison du minimum de 1/15 du retrait pendant 15 ans, ils devront y consacrer 2000 $ par année.

De l'excédent budgétaire de 16 560 $, il demeure donc 7000 $.

Hypothèque ou REER ?

Avec cette somme, faut-il augmenter les cotisations aux REER ? Accélérer le remboursement de l'hypothèque, dont le taux d'intérêt est fixé à 2,49 % pour trois ans encore ?

« La probabilité qu'ils fassent un rendement plus élevé que 2,5 % est quand même grande, souligne la planificatrice. J'aurais donc tendance à maximiser les REER annuellement. »

D'autant plus que le remboursement, déjà accéléré, sera bouclé en 19 ans.

Mais Mélissa et Simon prévoient également des rénovations d'au moins 10 000 $ par année pendant 10 ans.

REER ou réno ? Un peu des deux.

Faisons le test en réservant 5000 $ pour les rénovations. Les 2000 $ restants s'ajouteront aux 10 000 $ que les deux conjoints consacrent actuellement à leur REER, soit une enveloppe de 12 000 $.

« En considérant le remboursement d'impôt sur les cotisations REER, ils pourraient verser environ 20 000 $ par année aux REER », avise la planificatrice. Le coût net, après remboursement d'impôt, équivaudrait à cette enveloppe de 12 000 $.

À ce rythme, avec un rendement de 4 % et en accroissant chaque année les cotisations de 2 % pour tenir compte de l'inflation, le couple détiendrait environ 1,5 million en REER quand Mélissa atteindra 60 ans (l'équivalent de 885 000 $ en dollars d'aujourd'hui).

Par acquit de conscience professionnelle, la planificatrice a vérifié quelles seraient les conditions de retraite.

L'hypothèque sera remboursée. L'épargne ne sera plus nécessaire. Sur la base des dépenses actuelles, en ajoutant les 350 $ dévolus aux vacances et aux loisirs, le budget s'établit alors à un minimum de 42 000 $.

À 60 ans, Mélissa aura droit à une rente de retraite d'approximativement 43 000 $ (en dollars d'aujourd'hui), qui sera ramenée à 30 000 $ à 65 ans, pour se coordonner avec le versement de la RRQ.

Avec la RRQ et la prestation de la Sécurité de la vieillesse, « leurs revenus de retraite avant impôt, sans compter les REER, sont de 80 000 $ à 65 ans », calcule-t-elle.

Il faudra cependant traverser cette période de cinq ans avec des revenus réduits qui sépare les 60e et 65e anniversaires de Mélissa.

Les épargnes REER y suffiront amplement. Elles semblent considérables ? Bien des événements (et des modifications aux régimes publics !) peuvent se produire au cours des 28 prochaines années, rappelle la planificatrice. Pourquoi ne pas viser large au départ, et se garder la possibilité d'ajuster le tir ?

Rénos...

Reprenons les 5000 $ dévolus aux rénovations. On les ajoute aux CELI, où le couple verse déjà 2900 $ par année. Nous en sommes à près de 8000 $ par année pour les rénovations.

« S'ils ont une grosse rénovation à faire dans deux ans, ils n'auront pas le choix d'emprunter, observe Nathalie Bachand. Mais si c'est graduel sur 10 ans, ils sont probablement capables d'inclure les travaux dans leur coût de vie. Quitte à baisser les épargnes actuelles et payer les rénos au fur et à mesure. »

Ils pourront redoubler d'efforts d'épargne à la fin des travaux. « Sur le long terme, ils n'auront pas de problèmes », conclut-elle.

Dernier détail : le bébé est né au début décembre, quelque peu en avance. Une fille.

Tout va bien.

Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse

Nathalie Bachand, planificatrice financière chez Bachand Lafleur Groupe conseil