Il peut être petit. Il peut même être négatif. Mais chacun a un patrimoine à gérer.Mieux vaut s'y mettre tôt que tard.

Mis à jour le 26 nov. 2018
Marc Tison LA PRESSE

Eh oui, on a tous un patrimoine, ne serait-il que génétique...

Voici la définition qu'en donne l'Office québécois de la langue française. Elle est toute fraîche : elle date de 2018.

Patrimoine : ensemble des biens, des dettes, des obligations et des charges d'une personne pouvant être évalués en termes pécuniaires.

Les biens forment l'élément positif du patrimoine, l'actif, et les dettes, les obligations et les charges forment l'élément négatif, le passif.

Source : Office québécois de la langue française

UN PEU D'ÉTYMOLOGIE

À l'origine, le patrimoine représentait l'ensemble des biens qu'on tient de ses ascendants : parents, grands-parents. Et qu'on transmet par conséquent à ses descendants.

Le mot est un emprunt au latin classique patrimonium, héritage du père - une autre époque.

Le patrimoine des Québécois

En 2016, le patrimoine moyen des ménages québécois (leurs actifs moins leurs dettes) atteignait 234 958 $. Il avait doublé depuis 2000, alors que le bilan moyen s'établissait à 110 334 $.

« Au fil des années, ceux qui étaient propriétaires ont énormément profité de la hausse des prix », observe Hélène Bégin, économiste principale chez Desjardins Études économiques. « Par contre, ceux qui sont locataires n'ont pas pu profiter de cette augmentation des actifs. »

En 2016, six ménages québécois sur dix étaient propriétaires de leur logement.

LES ACTIFS FINANCIERS DES MÉNAGES QUÉBÉCOIS (2016)

Total des placements du ménage        Répartition des ménages

Moins de 25 000 $                                55,8%

25 000 $ à moins de 50 000 $                9,6%

50 000 $ à moins de 100 000 $            10,2%

100 000 $ à moins de  200 000 $         10,3%

200 000 $ à moins de 350 000 $           7,0%

350 000 $ et plus                                 7,1%

Sources : Ipsos Reid et Desjardins, Études économiques         

LA PROPRIÉTÉ AU QUÉBEC

61,3 % DES MÉNAGES SONT PROPRIÉTAIRES

38,6 % SONT LOCATAIRES

Source : Statistique Canada, Recensement 2016

Mais être locataire n'est pas pour autant une calamité patrimoniale. « Il y en a beaucoup pour qui c'est un choix d'être locataire, commente Hélène Bégin. Il y en a qui arrivent à se dégager une bonne capacité d'épargne. Ils vont se bâtir un patrimoine avec d'autres choses qu'une résidence principale. »

LA VALEUR NETTE* MOYENNE DES MÉNAGES QUÉBÉCOIS

    Âge                            2000       2016

Moins de 35 ans          44 021 $        101 459 $

35 à 44 ans                93 721 $        209 823 $

45 à 54 ans              143 197 $        234 764 $

55 à 64 ans              215 957 $        290 641 $

65 ans et plus           131 368 $        310 496 $

                    

*Total des actifs moins total des dettes               

 Sources : Ipsos Reid et Desjardins, Études économiques                     

SOIGNER SON PATRIMOINE

Bref, si vous détenez quelque bien ou quelques sous, vous avez un patrimoine.

Il peut être petit, il peut même être négatif parce que grevé de dettes, mais il s'agit tout de même d'un patrimoine.

Or, petit patrimoine deviendra grand. C'est du moins ce qu'on souhaite.

La question est d'en prendre soin.

Il faut d'abord le créer.

« Notre premier patrimoine s'appelle le capital humain », souligne Daniel Laverdière, directeur principal au Centre d'expertise de Banque Nationale Gestion privée 1859.

« C'est notre éducation, notre capacité à faire des choses. Et il faut le développer. Au début, tu investis dans tes études. Tu as l'impression de ne rien gagner, mais non : tu enrichis ton capital humain. »

Il trace un parallèle entre l'attention portée au patrimoine et la santé physique. « Il faut bien manger, il faut garder l'esprit alerte, il faut avoir un réseau d'amis, il faut faire de l'activité physique. »

De la même manière que le médecin de famille a une vision d'ensemble sur le bien-être de son patient, il faudra un regard d'ensemble sur tous les éléments de la santé financière personnelle.

« La gestion de notre patrimoine, c'est tout des petits gestes, un peu comme la gestion de notre santé. »

- Il faut l'assainir : réduire ses dettes

- Il faut le faire fructifier : faire des placements appropriés

- Il doit être équitablement imposé : planifier la fiscalité

- Il faut le protéger : assurer la sécurité financière

- Il faudra en profiter : décaisser durant la retraite

- Il faudra le transmettre : prévoir sa succession

« Il faut prendre soin de ce qu'on acquiert, exprime Daniel Laverdière. Autant on aimerait étirer notre espérance de vie, autant on aimerait étirer notre capital. »

- Daniel Laverdière, directeur principal au Centre d'expertise de Banque Nationale Gestion privée 1859

LA GESTION DE PATRIMOINE : POUR VOUS AUSSI

Ne vous laissez pas impressionner par l'étiquette « gestion de patrimoine ».

« La gestion de patrimoine, c'est un autre mot pour parler de planification financière », énonce Nathalie Bachand, planificatrice financière chez Bachand Lafleur, Groupe conseil. « Gérer son patrimoine, c'est planifier son avenir. D'autres termes sont utilisés par les institutions financières, mais dans les faits, c'est le même principe. »

Dans les deux cas, il s'agit « d'essayer de voir, dans l'ensemble des questions financières, comment tu vas te débrouiller pour atteindre tes objectifs, que ce soit gérer tes dettes, financer les études de tes enfants, organiser ta retraite ».

Seuls les nantis du cénacle ont accès aux services de gestion de portefeuille, croit-on souvent.

Erreur.

PETIT PATRIMOINE : LES BONNES HABITUDES

Il est possible et même nécessaire de faire de la gestion à petite échelle pour les patrimoines débutants. « Et c'est le plus facile à faire, parce qu'on n'a pas de mauvais pli, insiste Daniel Laverdière. Dès que tu as un premier dollar, tu peux prendre la bonne habitude de l'épargner. » 

Il sera plus difficile de s'astreindre tardivement à cette discipline si les réflexes n'ont pas été acquis suffisamment tôt.

« Les jeunes qui ont 35 ans, qui s'achètent une maison, qui ont des jeunes enfants, ont autant de questions, de choses à gérer et de réflexion à faire - sinon plus - que quelqu'un qui est rendu à 55 ans et qui a 2 millions. »

- Nathalie Bachand, planificatrice financière chez Bachand Lafleur, Groupe conseil

PLANIFICATEUR FINANCIER DE FAMILLE

Qui jouera le rôle de son médecin de famille dans la sphère financière ? 

« Si tu veux planifier et gérer ton patrimoine, tu vas voir un planificateur financier, qui va éventuellement te dire : pour telle question, tu vas aller voir tel spécialiste, indique Nathalie Bachand. C'est le planificateur financier qui est au centre de tout ça, qui dit ce que je dois faire et quand. C'est ça, de la gestion de patrimoine. »

On peut consulter un planificateur financier dans son institution financière sans nécessairement fréquenter ses étages supérieurs.

« Quand tu as moins de sous, tu as moins accès à des services dans les institutions financières, observe-t-elle. C'est très segmenté. Mais il y en a quand même. Tu n'as pas besoin d'avoir 3 millions pour gérer ton patrimoine. »

Nathalie Bachand, de Bachand Lafleur, Groupe Conseil Inc. Photo Patrick Sansfaçon, La Presse