En pleine période des régimes enregistrés d'épargne retraite, les fameux REER, l'épargnant y perd parfois son latin... Petit tour d'horizon des REEE, REEP, REEI et RAP. Suivez le guide!

Publié le 24 févr. 2016
Simon Lord et Didier Bert LA PRESSE

TIRER LE MAXIMUM POUR VOS ENFANTS

Vous comptez financer les études de vos enfants ? Considérez alors l'idée d'épargner au moyen d'un régime enregistré d'épargne-études (REEE). Le gouvernement pourrait ainsi vous donner jusqu'à 10 800 $ en subventions. Voici comment en tirer le maximum.

SUBVENTION FÉDÉRALE

Pourquoi épargner dans un REEE plutôt que dans un compte chèque ou des placements standards ?

« L'avantage mentionné le plus souvent, c'est que le gouvernement bonifie les sommes que l'on cotise », explique Boyan Ivanov, planificateur financier chez BMO.

Au fédéral, il y a la Subvention canadienne pour l'épargne-études (SCEE). Elle est accordée de la naissance de l'enfant jusqu'à son 17e anniversaire.

Le gouvernement ajoute 20 % à la première tranche de 2500 $ que l'on dépose annuellement, jusqu'à un maximum de 500 $ par année.

Au total, chaque enfant peut aller chercher jusqu'à 7200 $, le plafond à vie de la subvention.

SUBVENTION PROVINCIALE

Québec bonifie également la somme que l'on dépose dans un REEE.

La subvention s'appelle « Incitatif québécois à l'épargne-études » (IQEE).

« Elle correspond à 10 % des cotisations annuelles que l'on verse au REEE », dit Boyan Ivanov. Le gouvernement verse au plus 250 $ par année et 3600 $ à vie par enfant.

Si on investit annuellement pendant 17 ans les quelque 2200 $ nécessaires pour obtenir les subventions fédérale et provinciale maximales de 7200 $ et 3600 $ respectivement, il est donc possible d'aller chercher jusqu'à 10 800 $ des poches du gouvernement.

BONIFICATION

Une famille à plus faible revenu peut aller chercher un soutien financier encore plus grand pour chaque dollar investi, explique Boyan Ivanov. C'est vrai autant pour la SCEE, la subvention fédérale, que pour l'IQEE, la subvention provinciale.

Dans le cas de la SCEE, les familles qui ont un revenu inférieur à environ 45 000 $ tirent par exemple une subvention bonifiée sur la première tranche de 500 $ investis dans le REER. Elle est de 40 % plutôt que de 20 %.

Ce sont donc 100 $ additionnels par année pour cette tranche d'épargne, soit plus de 1700 $ après 17 ans.

INVESTIR D'UN SEUL COUP

Les familles à revenu élevé ont aussi moyen de maximiser leurs gains dans le cadre du REEE.

Comme il existe un plafond de cotisations de 50 000 $ à vie par enfant, la question se pose : si on a le choix, vaut-il mieux verser chaque année les sommes maximales annuelles, pour obtenir toutes les subventions, ou investir 50 000 $ au départ pour profiter des intérêts composés ?

« Si on est capable d'obtenir un bon rendement, ce sera alors plus avantageux d'investir 50 000 $ tout de suite », dit Boyan Ivanov.

UNE TROISIÈME SUBVENTION

Il existe une troisième subvention. Elle s'adresse toutefois seulement aux familles à faible revenu, soit celles qui reçoivent le supplément de la Prestation nationale pour enfants. Il s'agit du Bon d'études canadien.

Le gouvernement fédéral donne 500 $ à l'ouverture du compte. Il ajoute ensuite 100 $ par année pendant un maximum de 15 ans.

Au total, c'est donc une somme de 2000 $ qu'il est possible d'aller chercher.

« On n'a même pas besoin de faire de contribution, dit Boyan Ivanov. C'est comme un cadeau. »

COMMENCER TÔT

Le meilleur moment pour commencer, comme pour tout investissement, c'est le plus tôt possible.

Puisque la période d'épargne est allongée, on va chercher davantage d'argent en termes de rendement parce que les sommes ont fructifié pendant plus longtemps.

« Par ailleurs, plus on commence tôt, plus on a la possibilité d'obtenir des subventions », explique Véronique Guimond, coordonnatrice au développement des ventes chez Universitas.

Comme la loi permet de rattraper deux années en une, il faut toutefois commencer au plus tard quand l'enfant a 9 ans si l'on désire tirer le maximum des subventions.

À L'ABRI DE L'IMPÔT

Épargner dans un REEE présente un autre avantage : l'argent croît à l'abri de l'impôt.

« Le rendement est non imposable, explique Boyan Ivanov, de BMO. Mais quand on retire de l'argent du REEE, la part de subventions et de croissance est imposable pour l'étudiant. »

En réalité, l'étudiant évitera souvent d'être imposé parce que son revenu sera faible.

« Dès que l'enfant a 17 ans, je commence à retirer des montants. À cet âge, il est probablement au cégep et il a peu de revenus. Dans 99 % des cas, ce n'est pas imposé. »

CE TROP MÉCONNU REEI

Créé en 2008, le régime enregistré d'épargne-invalidité (REEI) demeure peu utilisé. Pourtant, il présente des avantages sonnants et trébuchants. Quatre mots pour comprendre le REEI.

HANDICAP

Le REEI vise à aider les parents et les proches d'une personne handicapée à épargner en sa faveur. Celle-ci doit être admissible au crédit d'impôt pour personnes handicapées (CIPH). Elle doit être âgée de moins de 60 ans, détenir un numéro d'assurance sociale et être résidante du Canada.

« Le REEI est similaire au régime enregistré d'épargne-études [REEE] », observe Angela Iermieri, planificatrice financière au Mouvement Desjardins. Les cotisations ne sont pas déductibles, les revenus s'accumulent à l'abri de l'impôt, les retraits sont imposables.

On peut cotiser autant que souhaité chaque année, avec une limite cumulative de 200 000 $ à vie.

SUBVENTION

Un atout essentiel du REEI est que le gouvernement fédéral ajoute de 1 à 3 $ pour chaque dollar déposé avant que le bénéficiaire, la personne handicapée, atteigne l'âge de 50 ans. Ces subventions sont limitées à 1 $ par dollar déposé si le revenu net familial est supérieur à 89 401 $ pour l'année 2015. « Le revenu pris en compte est celui de la personne handicapée adulte ou celui de ses parents si elle est mineure », précise Angela Iermieri.

Les subventions peuvent s'élever jusqu'à un maximum de 3500 $ par année, pour un plafond de 70 000 $ à vie.

TRANSFERT

Des parents peuvent avoir commencé à verser des sommes dans un régime enregistré d'épargne-études (REEE) avant de constater que leur enfant ne pourra pas poursuivre ses études, note Angela Iermieri. Depuis 2014, ils peuvent transférer les sommes accumulées dans le REEE vers le REEI de leur enfant. Ce versement bénéficiera des subventions d'épargne-invalidité.

SUCCESSION

Un REEI peut être alimenté par un REER. La formule est d'autant plus intéressante pour les parents et les grands-parents d'une personne handicapée, qui peuvent ainsi bénéficier des avantages du REER tout en planifiant leur succession. Ils peuvent prévoir dans leur testament que leur REER sera versé comme une cotisation au REEI de leur enfant ou de leur petit-enfant.

Ce versement ne doit pas occasionner le dépassement du plafond du REEI, soit 200 000 $. L'avantage de cette opération est que la liquidation du REER ne sera pas imposée. Cependant, le REEI ne bénéficiera pas de subvention pour un tel transfert.

SAVEZ-VOUS BIEN « RAPPER »?

Le régime d'accession à la propriété (RAP) est désormais un outil populaire auprès des épargnants. Mais cela n'empêche pas que certaines possibilités et certains inconvénients demeurent parfois insoupçonnés.

FACILITER LA PROPRIÉTÉ

Le RAP vous permet de retirer sans pénalité 25 000 $ de votre REER lorsque vous achetez un logement admissible, c'est-à-dire une habitation située au Canada qui sera utilisée comme résidence principale, sans que l'un des acquéreurs ait été propriétaire de sa résidence au cours de l'année en cours et des quatre années précédentes.

Un outil précieux pour les acheteurs qui se qualifient. « Mais le RAP ne devrait pas servir à acheter une maison au-dessus de ses possibilités de remboursement hypothécaire », avertit Guylaine Dufresne, directrice principale, Investissement et Planification financière, à la Banque Laurentienne.

LE COÛT D'UN RAP

Le RAP, une bonne nouvelle en soi ? Ce n'est pas l'avis de Mme Dufresne. « Le RAP a un coût, souligne-t-elle. Si vous retirez 25 000 $ de votre REER, cela vous coûte le rendement que vous n'aurez pas jusqu'à ce que vous remboursiez votre REER. » Et comme l'épargnant dispose de 15 ans pour remettre la totalité de la somme retirée dans son REER, le manque à gagner peut devenir important.

Bien entendu, vous êtes tenu de rembourser partiellement chaque année, ce qui limite la perte de rendement. Mais on a souvent tendance à oublier cet aspect, souligne Guylaine Dufresne.

UN REMBOURSEMENT À NE PAS OUBLIER

Si le RAP permet d'emprunter une somme dans son propre REER, il faut penser à rembourser ce prêt... même s'il s'agit finalement d'un prêt à soi-même. En effet, vous devez remettre chaque année le quinzième de la somme retirée de votre REER.

Vous oubliez, ou vous êtes dans l'incapacité de rembourser ? Alors, non seulement vous paierez de l'impôt sur le montant manquant, mais vous perdez définitivement le montant équivalent en droits de cotisation à votre REER.

LE RVER AU SECOURS DU RAP

Votre employeur met en place un régime volontaire d'épargne-retraite (RVER) ? Sachez que les sommes que vous cotiserez à ce régime pourront être considérées comme des remboursements de votre RAP, même si c'était bien une somme de votre REER que vous aviez « rappée ».

Vous ne pourrez pas utiliser directement les cotisations à votre RVER pour faire votre RAP. Mais vous pourrez toujours transférer une somme de votre RVER vers votre REER, avant de faire votre RAP sur ce dernier, suggère Guylaine Dufresne. Attention : vous pouvez transférer uniquement vos propres cotisations au RVER, pas celles de votre employeur.

« RAPPER » PLUS D'UNE FOIS

Quand le RAP a été créé, il était possible de « rapper » une seule fois dans sa vie. Depuis, les règles ont changé. Vous pouvez faire appel au RAP dès que vous avez achevé de rembourser votre retrait précédent... et si vous remplissez de nouveau les conditions du RAP.

Attention : votre nouveau retrait sera possible si votre conjoint et vous-même n'avez pas été propriétaires de votre résidence principale depuis cinq ans.

« RAPPER » POUR LA DÉDUCTION REER

Pour pouvoir « rapper », les sommes utilisées doivent avoir être présentes dans votre REER depuis 90 jours et plus. Cette contrainte pour certains est une occasion pour ceux, comme les jeunes adultes, qui ont encore peu cotisé à leur REER. En effet, vous pourriez emprunter 25 000 $ et les déposer dans votre REER, avant de les « rapper » trois mois plus tard. Vous bénéficiez ainsi d'une déduction sur votre revenu imposable de l'année, sous la forme d'un remboursement d'impôt qui vous permet de payer les intérêts de votre emprunt... voire d'augmenter votre mise de fonds, explique Guylaine Dufresne.

UTILISER SON REER POUR RETOURNER AUX ÉTUDES



Meilleur salaire, meilleur horaire, horreur d'être précaire : vous songez à un diplôme supplémentaire ? Vous pourriez utiliser votre REER pour financer un retour aux études. Cinq mots pour décrire le régime d'encouragement à l'éducation permanente (REEP).

FONCTIONNEMENT

Le REEP est similaire au RAP, le régime d'accession à la propriété. Les deux régimes permettent de sortir de l'argent de son REER sans être imposé sur ce retrait.

On peut aussi financer les études d'un conjoint, explique Sylvain B. Tremblay, vice-président du conseil d'administration de l'Institut québécois de planification financière. « Par contre, on ne peut pas l'utiliser pour payer l'éducation de ses enfants. »

PLAFOND

Une personne peut retirer jusqu'à 10 000 $ de son REER par an et 20 000 $ au total.

« Dans un couple, on pourrait retirer chacun 20 000 $ pour permettre à un des deux conjoints de retourner aux études », explique Guylaine Dufresne, directrice principale de l'investissement et de la planification financière à la Banque Laurentienne.

Les fonds retirés du REER peuvent ensuite être utilisés à n'importe quelle fin, pas seulement pour rembourser les droits de scolarité.

REMBOURSEMENT

Pour se servir du REEP, il faut ainsi être inscrit à temps plein dans un établissement d'enseignement agréé et étudier dans un programme de formation admissible.

« On doit également rembourser les montants retirés du REER sur une période de 10 ans », dit Sylvain B. Tremblay.

Généralement, il faut rembourser chaque année un dixième du montant total. La période de remboursement débute entre un et cinq ans après que vous avez fait le retrait de votre REER.

PLANIFICATION

Retirer de l'argent de son REER dans le cadre du REEP implique un coût d'opportunité.

Si on retire 20 000 $ d'un REER pour étudier alors qu'on aurait pu obtenir un rendement de 5 %, on vient alors de priver notre épargne-retraite de 16 000 $ au bout de 15 ans, calcule Guylaine Dufresne.

Selon elle, il faut donc planifier et se demander si le coût de ce retour aux études améliorera suffisamment notre situation et notre salaire pour en valoir la peine.

SPÉCIALISATION

Le REEP est aussi utile pour les gens qui désirent obtenir de meilleures qualifications pour progresser dans leur carrière.

« En finance, par exemple, les gens font un baccalauréat, puis une maîtrise, dit Sylvain B. Tremblay. Ils obtiennent ensuite leur titre de CFA. »

Ils procèdent par étapes, diplôme par diplôme, avec des périodes de travail entre les formations.